‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 158 sur 266 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

lonne insurrectionnelle, forte de 2,000 hommes, s’empara par surprise de la maison de | ville à Chambéry ; mais, au bruit du tocsin, les paysans accoururent au secours de la garde nationale, et, après un combat très-court, ils reprirent la ville.

L’expédition des corps-francs allemands, entrés dans le grand-duché de Bade ne fut ni mieux concertée ni plus heureuse. Les concessions que le grand-duc avait faites, dès la première nouvelle de la révolution de Paris, à l’esprit très-démocratique qui régnait dans ses Etats, l’abolition des droits féodaux, la liberté de la presse, l’accession au parlement allemand, etc., décrétées le 4 mars, avaient satisfait l’opinion. Dans le grand-duché de Bade, comme dans toute l’Allemagne, on attendait de ce prochain parlement le salut du pays, et la proclamation à main armée de la république, dans un pareil moment, était l’acte le plus intempestif qui pût se faire.

La faiblesse dont le ministre de l’intérieur avait fait preuve dans cette circonstance porta aussi une première atteinte à sa considération. Pendant que Caussidière et les clubs l’accusaient de déloyauté, les hommes politiques apercevaient dans ces entreprises, faites en quelque sorte avec lui, malgré lui, l’irrésolution de son caractère et cette absence d’autorité dont j’ai parlé plus haut, qui le condamnaient, en dépit de sa passion révolutionnaire et de ses talents, à ne jamais rien dominer ni conduire.

Ces premiers échecs faciles à prévoir, ces tentatives qui vinrent étourdiment se jeter à ’ la traverse du mouvement spontané des natio- | nalités, furent extrêmement nuisibles à la ré- j volution elle-même. Elles fournirent aux princes étrangers des arguments tout-puis- | sants sur la fierté offensée des peuples et furent

eus, écrit l’ambassadeur de Sardaigne au ministre des affaires étrangères, que le gouvernement de 'a République française n’a pas excité ce mouvement, et que s’il avait voulu interve- j venir, même indirectement, la lutte aurait été bien autrement j sérieuse. » (Voir le discours de M. de Lamartine à l’Assem- ] blée constituante, séance du 23 mai 1848.)

partout le signal, contre la France, d’une réaction dont les partis monarchiques profitèrent avec une grande habileté. Plus la mission de la République française était grande en Europe, plus il convenait d’y apporter de prudence.

A l’extérieur comme à l’intérieur, cette mission pouvait se résumer dans un même mot qui est la formule du progrès démocratique : Association.

Association des citoyens libres au sein de

l’Etat français ; confédération ou association des gouvernements libres par groupes naturels au sein de l’Etat européen, c’était, au fond, pour elle, un principe et un but identiques. Mais, pour apercevoir ce but et pour s’en rapprocher, il fallait tout à la fois une vue philosophique très-étendue et une action politique très -mesurée. Si la philosophie compte par siècles, la politique compte par jours. Ce que l’une prévoit, l’autre le prépare. S’il avait eu cette conscience des nécessités du présent et des besoins de l’avenir qui fait le jugement des hommes d'Etat, le gouvernement de la République aurait pu ébaucher le plan et commencer peut-être la réalisation d’une œuvre d’unité européenne, analogue à l’œuvre d’unité nationale accomplie par la monarchie sur le sol divisé des Gaules. Mais Ja révolution de 1848 ne devait porter au pouvoir ni ses philosophes ni ses politiques. L’esprit de parti s’empara d’elle et voulut la conduire. Or, l’esprit de parti, qui ne prévoit ni ne prépare rien, est ce qu’il y a dans le monde de plus opposé à la philosophie aussi bien qu’à la politique.

On l’a déjà vu dans ce qui précède, on ]■■? verra mieux encore dans les événements qui vont suivre, l’esprit de parti, en se jetant tête baissée dans des voies sans issues, brouilla tout, compromit tout; il rendit pour longtemps irréconciliables les hommes de spéculation et les hommes de pratique, dont l’action commune pouvait seule amener, dans l’État français et dans l’État européen, un progrès naturel et durable.

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