CHAPITRE XXXII
Étal moral de la population. — Inquiétudes dans Paris, — 'l' roubles dans les départements. — Les ateliers nationaux. — Al. Pierre Leroux. — AI. de Falloux. — Décret de la commission exécutive. — Protestation des ouvriers. — Le lieutenant PujoletM. Alarie. — On décide la résistance à main armée.
Toutes ces rivalités d’ambition, toutes ces intrigues de coterie, n’étaient pas de nature à améliorer l'état moral de la population; bien au contraire. A la grande surprise des esprits honnêtes, qui avaient attendu de la réunion d’une Assemblée nationale le retour à l’ordre et la sécurité, tout allait empirant de jour en jour. Le malaise et l’inquiétude étaient universels. Les propriétés territoriales n’avaient plus de valeur appréciable ; le cours de la rente 5 pour 100 ne pouvait s’élever au-dessus de 69 ; le 3 pour 100 restait à 46. La bour geoisie et le prolétariat se plaignaient également de la stagnation des affaires. Quoique les motifs de leur mécontentement fussent opposés, ils s’entendaient pour accuser de tout le mal le mauvais esprit de la commission exécutive et l’inaction de l’Assemblée. Ce dernier reproche, assez motivé si l’on considérait k résultat des délibérations, cessait d'être équitable dès qu'on l’adressait aux intentions de la majorité
J'ai montré de quel bon vouloir elle était animée au commencement de la session; elle avait le ferme dessein de travailler, de travailler sans relâche au bien public. Afin de mettre plus d’ordre et d’apporter plus d’activité dans ses travaux, elle avait adopté l’usage des anciennes assemblées, et s'était divisée, non-seulement en bureaux, où les représensentants se trouvaient périodiquement appelés par la voie du sort, mais en comités spéciaux, correspondant aux différentes branches du service administratif, où chacun se faisait inscrire conformément à ses aptitudes particulières, Ce mode, excellent en lui-même, tourna cependant, par l’effet des circonstances, au détriment des intérêts démocratiques. Il devint \ beaucoup i)lus facile aux représentants de la i,' minorité, dans ces fractions de l’Assemblée, i
dans ces comités, qui ressemblaient à des cerdes intimes, d’émettre des opinions qu’ils ||
n’auraient osé hasarder à la tribune, en pré- i| sence d’une majorité imposante. Du moment ji surtout qu’ils se virent conseillés et guidés par |l
M. Thiers, ils profitèrent de tous les avantages |î
que leur donnaient la vieille habitude de la !? discussion, la pratique des affaires, et, ga- ^
gnant peu à peu du terrain dans les comités #
importants, particulièrement dans le comité | du travail et dans celui des finances, ils pu- | rent, sans se déceler encore à l’Assemblée, h qui n’aurait pas souffert leurs prétentions, pa- * ralyser l’élan républicain et miner à sa base l’établissement des lois démocratiques.
Du 4 mai au 20 juin, époque à laquelle nous voici parvenus, on avait perdu en discussions assez vaines un temps précieux, et rien ne s’était fait pour améliorer la condition du peuple. Cependant l’Assemblée, en diverses occasions, même après l’émeute du 15 mai, avait encore témoigné de ses sympathies pour les classes laborieuses. Le 21 mai, elle écoutait et renvoyait aux trois comités des finances, de l’agriculture et de la législation, une proposition tendant à créer une banque hypothécaire, qui rappelait les plans d’institutions économiques de l’école phalansté- j
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