‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 94 sur 266 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

LES TROUPES FUATERNTSENT AVEC LE rEVPLE Î42).

bon. Des esprits peu judicieux pouvaient seuls concevoir cette crainte en rapprochant des dates aussi différentes que 1792 et 1848,

En 1792, l’esprit monarchique et théocratique régnait encore dans toute sa vigueur sur les Etats du continent. Les souverains croyaient d’une foi sincère à leur droit. Unis par des alliances intimes et par une diplomatie dont les fils secrets échappaient à l’œil le plus pénétrant, ils formaient tous ensemble comme une famille sacrée que les rivalités d’ambitions territoriales venaient bien troubler temporairement, mais sans altérer dans son principe

ce sentiment de race qui en rendait les membres solidaires. Les peuples, au contraire, s’ignorant Tun l’autre, sans communication, sans échange de pensées, demeuraient livrée isolément au bon plaisir des rois. La démocratie n’avait pas conscience d’elle-même ; elle ne s’était pas encore nommée par son nom. Elle ne se connaissait ni droit ni Dieu. La Providence était encore avec les princes. Ils gouvernaient en son nom, par son ordre, avec son appui rendu sensible dans les prières du sacerdoce et dans les serments chevaleresques de la noblesse.

D. STF.aX

Mais depuis un demi-siècle combien l’état de l’Europe avait changé! Les armées royales battues par nos volontaires républicains ; une archiduchesse d’Autriche menée dans un triomphe insolent de Vienne à Paris jusqu’au lit du grand parvenu de la Révolution française, et même après la défaite, nos soldats, vaincus sur le sol étranger, y laissant après eux je ne sais quel ferment de liberté qui troublait la victoire ; les esprits gagnés à mesure que les batailles étaient perdues; Paris occupé, humiliant ses vainqueurs par le spectacle de sa grandeur morale; les routes, les canaux, les voies de fer enrichissant les peuples à mesure que les finances royales s’épuisaient par la. permanence des armées, et portant bientôt jusqu’au cœur des nations les plus lointaines, avec les produits de l’industrie, les agitations de la pensée du siècle; un doute salutaire, précurseur de la foi nouvelle, inquiétant les consciences ; la science interrogeant la révélation ; la philosophie refaisant l’histoire ; la Germanie des Niebelungen devenue l’Allemagne de Faust; enfin l’émigration polonaise, plus funeste au despotisme que l’émigration française ne s’était montrée jadis hostile à la liberté, propageant partout sur son passage la fièvre de l’indépendance : tel était l’ensemble des faits, des idées, des progrès accomplis au sein de la société européenne. Et cette révolution morale mettait les monarques, abandonnés de l’opinion, dans l’incapacité d’entreprendre quoique ce fût contre la France et sa révolution politique.

Que si de ces généralités de l’état social nous passons à l’état particulier, national ou territorial des puissances européennes ; si nous nous plaçons au point de vue diplomatique de ce qu’on a nommé l’équilibre européen, l’impossibilité d’attaquer la République devient encore plus manifeste.

Les traités de 1815 ont réduit la France à des limites trop resserrées pour que les rivalités les plus ombrageuses puissent sans folie rêver de les resserrer encore, tandis qu’aux premières hostilités l’occasion des conquêtes

s’offrirait de tous cotés à notre ambition. Les deux grandes puissances allemandes poursuivent, d’ailleurs, chez elles, depuis la fin de la guerre continentale, un but qui les absorbe tout entières en les faisant ennemies. La prépondérance prussienne ou la domination autrichienne en Allemagne, c’est là entre elles l’objet d’une lutte opiniâtre, et les embarras intérieurs les plus graves compliquent encore les difficultés de leur situation respective.

L’empire d’Autriche, sur le point d’être démembré après la mort de Charles VI, n’est parvenu depuis lors à retarder l’explosion des haines qu’il inspire à ses sujets de races étrangères, qu’en fomentant les rivalités nationales d’État à État, les animosités de classe à classe dans chaque État séparé. Tour à tour centralisateur et décentralisateur, éteignant ou attisant le sentiment patriotique , excitant les passions subversives ou étouffant l’esprit de liberté, captant la noblesse ou provoquant les jacqueries, flattant tous les vices aussi bien du peuple que des grands, se jouant de la foi jurée et violant sans pudeur les droits les plus manifestes, le gouvernement autrichien s’est usé lui-même dans ce travail désorganisateur. En ces années dernières , la décadence avait été rapide. Sous la conduite d’un vieux ministre sans passions et sans principes, le gouvernement impérial voyait ses finances délabrées, son crédit ruiné, son autorité affaiblie. Pressentant l’appui dont il aurait besoin pour écraser des peuples qu’il n’avait pas su gouverner, inquiet de voir le goût des libertés constitutionnelles pénétrer jusque dans l’armée, il se tournait vers son éternelle ennemie historique, vej's une rivale astucieuse qui épiait avec joie les progrès de son mal : il recherchait l’alliance de la Russie et livrait ainsi le secret de son impuissance.

Bien que la Prusse semble, à ne considérer que ses finances et son administration, dans un état assez prospère pour expliquer jusqu’à un certain point l’esprit d’ambition qui l’agite, cependant, en 1848, elle n’était pas plus que l’Autriche en état de rien entreprendre contre

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