II
inentaires dans l’ancienne Chambre, où il avait brillaminent débuté par un discours sur le mandat impératif auquel M. Guizot avait répondu, M. de Falloux, que sa naissance et ses idées rendaient hostile au gouvernement du justemilieu, comprit tout de suite l’avantage que donnerait à son parti la liberté absolue de discussion et de presse, proclamée par le gouvernement provisoire.' Aussi, dans les réunions électorales de son département, ' donna-t-il des éloges immodérés à ce gouvernement, parlant en toutes circonstances, avec une chaleur qui ressemblait à l’enthousiasme, de la liberté et des droits ehi peuple Il aHait jusqu’à proclamer, dans un-discoui-s prononcé à Angers, en mars 1848, que la révolution ayant emporté ce qu'on appelait les botUevards de la société, ce qu'il appelait, lui, ses garde-fous, la société ne pouvait désormais être sauvée que par la liberté*. i
Dans l’embarras où se trouvaient les partis monarchiques en face d’une révolution dont ils ne pouvaient triompher que par la ruse, M. de Falloux, avec sdn esprit pénétrant et ses aptitudes à l’intrigue, était assurément le guide le plus habile. Lui-méme se sentait appelé à ce réle.’
A son arrivée à Paris, il déploya, malgré sa santé débile, imc activité extrême. Se hâtant de reconnaître le terrain üù il allait prendre ses dispositions, il observa avec attention les hommes sur lesquels il serait utile d’e.xercer de
' Ijti 3 luiuii, il écrivuit dans une, k'tln; citée par VUnhiers : « I.c!< lustincts du peuple de l’aris sont d'une généi'osité, d’une délicatesse qui surpassent celles de beaucoup de corps poliliqnes qui ont dninini’ la Franc»' depuis soixante ans. On peut dire ipie les conibaltants, les armes à la main, dans la double ivresse du danger et du triomphe, ont donné tous les eseinpl»» sur lesquels n ont plus qu’à s»; régler aujourd'hui les hommes de sang-froid; ils ont donne à leur victoire un caractère sacré, n
* On raconte qu’aprés le coup d’Élat iln 3 décembre. M. de Falloux changeait d'avis. Visité au mont Valéricn par M. de Persigny, il le félicitait de son heureuse audace. « Je l’avoue tout l as, à cause de ini*s collègues, disait le gi-and politique, mais, au fond, je pense «pie von." avez bien fait. *
l’influence. Ses premiers empressements furent pour M. de Lamartine, le seul membre du gouvernement qui, par ses relations, tint à l’ancieDne société légitimiste, et qui, par sa femme, très-fervente catholique, n’était pas sans rapport avec le parti clérical; mais, tout en cultivant M. de Lamartine, il ne négligeait pa^ M. Marrast. A peine eut-il entrevu les chances politiques du général Cavaignac, qu’il se tourna de son côté. En même temps, il flattait, en la personne de M. Pierre Leroux, Icsocialisme^etdèslcs premières manifestations favorables au prince Louis Bonaparte, il se rapprochait de M. de Persigny. 11 jouait avec une facilité merveilleuse ue personnage multiple, en gardant toujours, dans son langage sobre et contenu, dans ses manières pleines de réseiTe, une sorte de dignité modeste qui cachait à tous les yeux son ambition et ses haines profondes.
Ce fut lui qui, à l’ouverture de l’Assemblee, décida son parti à porter au fauteuil M. Bûchez, dont les idées révolutiounaires, singulièrement rattachées au' dogme catholique, convenaient mieux à sa politique que le républicanisme rationnel et übéral de la majorité. Il tâcha de se faire nommer membre de tous les comités importants. Il sut prendre de l’ascendant dans le comité du travail et dans la commission des ateliers nationaux; il y accusa, sans ménagements, le pouvoir exécutif, et particulièrement le ministre des travaux publics; il peignit les ateliers nationaux sous les couleurs les plus effrayantes. Du moment que M. de Falloux fut nommé rapporteur de la commission, la dissolution immédiate fut assurée. Cependant, comme il craignait toujours un retour de l’opinion, il se hâta, pensant ainsi engager ses collègues, d’annoncer au dehore une résolution qui n’était pas encore prise; il dit partout que la dissolution était prononcée *.
Dans le môme temps, sur l’ordre de la (commission exécutive, le ministre des travaux publics signait, le 21 juin,
• Elle ne le lut qu’après l’insiitTwlion, rtans la srnuce du ‘28 juin, par l’Assemblée nationale.
un arrêté qui invitait tous les ouvriers de dix-huit à vingtcinq ans à s’eimMer iniinédiatement dans l’armée, ou bien à se tenir prêts à partir pour aller faire, dans les départements qui leur seraient désignés, des travaux de terrassements à la tâche. Le lendemain, 22, un premier convoi d’ouvriers partait pour la Sologne. ,
Cette mesure était dure à l’excès et d’autant plus insupportable qu’il était impossible d’y reconnaître autre chose qu’un expédient pour se débarrasser, à Paris, d’une force à laquelle on ne savait pas trouver d’emploi.
Cette espèce de recrutement arbitraire et superflu, dans un temps où l’on déclarait hautement ne vouloir pas la guerre ; ces travaux de terrassements assignés à des hommes appliqués jusque-lâ à des industries délicates ; CÆtte première désignation d’un pays insalubre, ce n’était pas l’acte d’un gouvernement prévoyant, d’une République qui avait exalté au suprême degré, chez les prolétaires, le sentiment de l’honneur, l’orgueil individuel, le désir des grandes entreprises.
A la lecture de l’arrêt, l’indignation éclata dans les ateliers nationaux. Déjà, lorsqu’ils avaient vu le rapport de la commission confié à un homme dont les opinions royalistes l(!ur étaient connues, les ouvriers étaient entrés en défiance; maintenant, leurs soupçons semblaient confirmés.
Le soir même, plusieui-s rassemblements se fonnent sui' la place publique. « Ou veut nous envoyer mourir de la fièvre, se disent les ouvriers l’un à l’autre; on veut, sous prétexte de défrichements dans un pays qui ne saurait rien produire, nous réduire à gagner 15 sous par jour; on nous proscrit; on a juré notre mort, la ruine de nos familles... Nous ne partirons pas. » Et, comme pour faire connaître celte résolution, ils parcourent les rues par bandes, en chantant la Mai-seillaise. Entre chaque strophe, quelques hommes en. blouse crient : Vive Napoléon! Dans la nuit, les délégués des ateliers et les délégués du Luxembourg se
réunissent et décident de faire une protestation en masse. On se donne rendez-vous sur la place du Panthéon pour neuf heures du matin.
Le 22, à neuf heures, douze à quinze cents ouvriers des ateliei’S nationaux et des corporations, portant leurs bannières, se dirigeaient vei’s le Panthéon. Sur la route, ils rencontrent un de lem-s lieutenants, nommé Pujol; celui-ci les arrête; il leur dit qu’ils se trompent, que ce n’est paS au Panthéon qu'il faut aller, mais au siège môme du gouveruement, an Luxembourg. A cette proposition, on bat des mains ; Pujol se place à la tête de la colonne ; on se remet en mai che. Depuis un certain temps, cet homme exerce sur les ouvriers uu ascendant extraordinaire. Il est doué d’une sorte d’éloquence naturelle, à laquelle Usait donner un tour mystique, qui répond à la disposition générale des esprits, accoutumés dans les clubs et dans les banquets à entendre les orateurs socialistes emprunter leurs textes et leurs métaphores aux Écritures. Généralement le peuple était comparé, dans ces harangues, au Christ flagellé, ouli agé, crucilié par les grands de la terre ; et jamais cette image, quoique incessamment répétée, ne manquait de produire un grand effet. A là réouverture du club de Blanqui, le 15 juin, on applaudissait avec frénésie le président Ksquiros, qui représentait l’Assemblée nationale et la commission exécutive souffletant tour à tour le peuple couronné d’épines, en lui (Tiant : a Devine qui t'a frappé? »
Pujol était l’auteui' d’un pastiche des Paroles d'vn croyant, intitulé la Prophétie des jours sanglants, où il mêlait le plus bizarrement du monde, le vent de la colère de Dieu avec la griffe de Tarquin ; le sang d’Abel et le baiser de Judas avec les mousquets, les baïonnettes et les cavernes mystérieuses de la royauté.
La dernière strophe de ce dithyrambe politique faisait un appel direct aux ressentiments qui couvaient dans le cœur du peuple.
« Ils espèrent réserver les jours d’agonie pour le peuple,
y disait le Prophète des jours sanglants, en parlant des hommes qui gouvernaient la République, et garder pour eux les fêtes et l’ivresse de l’or. »
Ces sortes de déclamations remuent fortement les esprits incultes. Pujol était devenu le harangueur favori des ateliei's nationaux. En cette circonstance solennelle, où il s’agissait de porter devant le conseil du pouvoir exécutif la parole du peuple, on s’estima heureux d'avoir pour soi un orateur dont l’éloquence paraissait irrésistible.
Ce futM. Marie qui reçut Pujol, que suivaient quqtre délégués choisis par les ouvriers la masse attendait sur la place la réponse du conseil. Le rassemblement était en grande fermentation : « Nous ne partirons pas, répétaient les ouvriers; mieux vaut être tué d’une balle à Paris que d’aller mourir en Sologne, de la fièvre ou de la faim, loin de nos familles. » On entendait des murmures contre Lamartine, contre Marie, contre Thiers, contre l’Assemblée, contre les riches; le nom de Napoléon était fréquemment prononcé par ceux qui semblaient les meneurs , et le terrible mot : U faut en finir, résumait énergiquement toutes ces colères. Pujol, introduit devant M. Marie, l’aborde d’un ton hautain.
« Citoyen, dit-il, avant la révolution de Février... — Pardon, interrompt M. Marie, mais il me semble que vous remontez un peu haut; souvenez-vous que je n’ai pas de temps à perdre. — Votre temps n’est pas à vous, citoyen, il est au peuple, dont vous êtes le représentant...
— Citoyen Pujol, dit M. Marie, avec un geste de menace, nous vous connaissons depuis longtemps; nous avons l'œil sur vous. Ce n’est pas la première fois que nous nous rencontrons; vous avez parlementé avec moi, le 15 mai, après avoir, mi des premiers, franclii la grille de l’Assemblée.
— Soit ! dit Pujol, mais sachez que du jour où je me suis voué à la défense des libertés du peuple, j’ai pris, vis-à-vis de moi-même, l’engagement de ne reculer devant aucune menace; vous me menacez donc inutilement. »
M. Marie, SC tournant alors vers .Tun des délégués qui accompagnaient Pujol : < Je ne puis, dit-il, reconnaître un organe du peuple dans un homme qui a fait partie de l’insurrection du 15 mai ; parlez, vous, exposez vos griefs, je vous écoute.
— Nul ici ne parlera avant moi, dit Pujol, en étendant le bras entre M. Marie et les délégués.
— Non, non ! s’écrient-ils.
— Êtes-vous donc les esclaves de cet honune ? jd reprend .M. Marie, avec indignation.
Un murmure prolongé accueille ce mot.
« Vous insultez les délégués du peuple, s’écrie Pujol.
— Savez-vous, lui dit M. Marie eu le saisissant par le bras, que vous parlez à un membre du pouvoir exécutif?
— Je le sais, dit Pujol eu dégageant son bras,maisje sais aussi que vous me devez du respect; car si vous êtes membre du pouvoir exécutif, je suis, moi, délégué du peuple. »
En ce moment, plusieurs officiers qui étaient dans la salle voisine, entendant ce bruit de voix, entrèrent et entourèrent les délégués en silence.
« Puisque vous ne voulez pas nous entendre, dit Pujol à M. Marie, en les voyant entrer, nous nous relirons.
— Puisque vous voilà, parlez, dit M. Marie,
— Citoyen représentant, reprit Pujol avec beaucoup d'assurance, avant la révolution de Février , le peuple des travailleurs subissait la funeste influence du c,apital. Poui' se soustraire à l'exploitation de ses maîtres, il fit des barricades, et ne déposa les armesqu’après avoir proclamé la République' démocratique et sociale, qui devait pour toujours le soustraire à la servitude. Aujourd’hui, les travailleurs s’aperçoivent qu’ils ont été indignement trompés ; c'est vous dire qu’ils sont prêts à faire tous les sacrifices, môme celui de leur vie, pour le maintien de leui-s libertés.
— Je vous comprends, dit M. Marie, eb bien! écoutez : si les ouvriers ne veulent pas partir pour la province, nous les y contraindrons parla force; par la force, entendez-vous?
— Par la force, c’est bien ; nous savons maintenant ce que nous voulions savoir.
— Et que vouliez-vous savoir?
— Que la commission exécutive n’a jamais voulu sincèrement l’orfranisation du travail. Adieu, citoyen. »
A ces mots, Pujol, suivi des délégués, s’éloigne; il redescend sur la place. L’impatience y était grande; déjà l’on commençait à dire qu’il était retenu prisonnier. Quand on l’aperçoit, il se fait une explosion de joie dans la foule ; on se précipite à sa rencontre, on le suit jusqu’à la place Saint-Sulpice, où, étant monté sur le rebord de la fontaine, Pujol commence à haranguer le peuple, et rend compte de sa mission. A mesure qu’il parle, les délégués attestent par signes la vérité de son récit, ou répètent ce que l’éloignement et le bruit des cloches empêchent d'entendre.
C’est le 22 juin, on célèbre la Fête-Dieu ; la foule est à l’église, en prières.
Quelques ouvriers montent dans le clocher et font taire la sonnerie qui les gêne. Pujol reprend son discours; l’effet en est immense. 11 le termine en convoquant ses hommes, pour six heures du soir, sur la place du Panthéon. On se disperse aux cris de: Vive Barbés! Vive Napoléon! Vive Pujol! et cette masse tumultueuse, divisée en plusieurs colonnes, se répand sur les quais, sur la place de Grève, dans le faubourg Saint-Antoine; elle jette l’effroi dans Paris; la physionomie des ouvrière est sinistre ; leur attitude les montre résolus à tout.
A six heures du soir, cinq ou six mille hommes sont rassemblés sur la place du Panthéon. Pujol arrive ; il monte sur le bord de la grille et s’écrie : « Citoyens, êtesvous fidèles au saint drapeau de la Hépublique? — Oui ! répondent, comme une seule voix, les voix de ces six mille prolétaires. — Eh bien ! gloire à vous, enfants de Paris ! vous allez donner à la France un exemple de votre patriotisme et de voire courage. Unissons-nous, et que ce cri retentisse
aux oreilles de nos persécuteui's ; Du travail on du pain! S’ils sont sourds à la voix du peuple, malheur à eux! Vous avez promis trois mois de misère à la République, mais vous saurez vous venger de trois mois de trahison. En avant ! » [^es ouvriers se forment en colonne, Pujol les conduit; il descend avec eux la rue Saint-Jacques, traverse la Seine, parcourt le faubourg Saint-Antoine, recrute en chemin trois à quatre mille hommes, et revient à huit heures sur la place du Panthéon. Cette promenade, à laquelle beaucoup de femmes viennent se joindre, exalte encore les esprits. « Mes amis, dit Pujol, je déclare au nom des vrais républicains, que vous avez bien mérité de la patrie; vous avez, en tSSOeten 1848, versé votre sang pour la conquête de vos droits, vous saurez les faire respecter. — Oui ! oui ! crient à la fois plus de dix mille voix. — .Vux promesses , continue Pujol, vous avez accordé la confiance, aux erreurs le pardon; mais, aujourd’hui, l’on nous trahit, et il faut que la trahison s’éteigne dans le sang de nos ennemis ; elle s’y éteindra, je vous le jure! — Nous le jurons! répond la foule. — A demain, à six heures, dit Pujol. » Les torches s’éteignent et tout rentre dans le silence.
Je me suis étendu à dessein sur ce premier ébranlement donné la masse des ateliers nationaux. J’insiste sur ce point de départ de l’insurrection, parce qu’il en marque à mes yeux le véritable sens et qu’il en détermine le caractère. Les prolétaires, insurgés en juin, ne formaient pas, comme l’esprit de parti l’a osé dire, le rebut de l’espèce humaine; ce n’étaient pas cent mille forcenés se ruant tout à coup, dans un accès de cupidité brutale, sur les riches pour les égorger; nulle part non plus on n’a vu, que je sache, ces misérables aux gages des factions, signalés paiune presse envenimée, et auxquels on payait, à raison de tant par heure, le salaire d’une besogne de meurtre, deviol et d’incendie. S’il en eiltété ainsi, une telle bande de malfaiteurs, en la supposant plus nombreuse encore, n’aurait pas tenu un seul jour, à la clarté des cieux, contre l’art et la
discipline d'une année, contre l’horreur et l’exécration de la population entière.
Ce qui fit la puissance de l’insurrection de juin et son incroyable durée, bien qu’elle n’eiU jamais ni plan, ni chef, c’est qu’elle avait à son origine, et qu’elle conserva jusqu’à la fin, dans l’esprit d’un grand nombre, le caractère d’une juste protestation contre la viol^iou d’mi droit; c'est qu’il y avait ainsi en elle, malgré les éléments impurs qui la corrompirent, malgré les violences qu’elle commit, un principe moral, un principe égaré, mais vrai, d’enthousiasme, de dévouement, d'héroïsme : un mont sacré intérieur où le peuple sentait le droit.
L’insurgé de juin, ne l’oublions pas, c’est le combattant de février, le pi’olélaire triomphant, à qui un gouvernement, proclamé par lui -même, assure solennellement, à la face du pays qui ne proteste pas, le fruit modeste de sa conquête : le travail pour récompense de sa misère, le travail comme prix du combat.
Kl ce prolétaire, à qui l’on c,onfie en tremblant les embarras de la République, ajourne l’exécution de la promesse; il se montre désintéressé, patient; il donne du temps à l’État qui s’est reconnu son débiteur; il offre trois mois lie misère à. la patrie.
Trois mois sont écoulés.
Le prolétaire confiant vient réclamer sou droit au travail ; mais qu’entend-il alors? que rencontre-t-il? quelle réponse et quel accueil? Les mêmes hommes qui ont débattu avec lui, d'égal à égal, les conditions d’un pacte qu’ils ont ratifié, lui enjoignent, par un commandement subit et inexpliqué, de quitter sa famille, sa demeure, la ville où il est né, le séjour qui a vu ses triomphes, pour s’enrôler dans une armée qui n’ira pas, il le sait bien, au secours des peuples dont il souhaite la délivrance; et, s’il refuse de devenir soldat, ces hommes, portés par lui au pouvoir suprême, le condamnent à gagner loin de leurs yeux, par des travaux insalubres qui ne sont pas de son choix, auxquels il n’est pas
propre, un salaire dérisoire qui ne saurait suflire à la plus humble existence.
La simple exposition de ces faits inouïs, le seul rapprochement de ces deux dates; 28 février — 22 juin, me dispensent de réflexions plus longues. Le lecteur ne doit point perdre de vue ces dates, s’il vent apprécier avec équité les tragiques, les néfastes jours de juin; s’il veut comprendre cette insurrection formidable, où le peuple de Paris, qu’on venait de voir si généreux, si plein de douceur et de sagesse, se jeta d’une aveugle furie dans une mêlée barbare; noya dans son sang, dans le sang de ses fils et de ses frères, la liberté qu’il avait voulu fonder sur la raison, et porta à la République, pour laquelle il croyait une seconde fois donner sa vie, une atteinte mortelle.