‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 4)Chapitre 33 sur 61 · I. A n K ACTION · texte numérisé non relu

I. A n K ACTION

Ici s’arrête, à proprement parler, le mouvement révolutionnaire de 1848 et la tâche que j’ai entreprise de rechercher, jusque dans ses moindres oscillations, jusque dans ses manifestations les plus éphémères, son caractère essentiel.

La victoire remportée par le général Cavaignac sur l’insurrection de juin est le dernier terme de ce mouvement complexe, provoqué par l'action commune du prolétariat et de la boui’geoisie, auquel l’instinct populaire donnait, le 24 février 1848, le nom de révolution politique et sociale.

Par cette victoire, la scission à peine sensible au sein du gouvernement provisoire, mais toujours croissante depuis l’ouverture de l’Assemblée entre la révolution sociale et la révolution politique est 'consommée. Le prolétariat, qui a attenté deux fois au principe de la souveraineté du peuple, est châtié sévèrement et disparait de la scène ; désormais le mouvement appartient exclusivement à la bourgeoisie.

Sous le gouvernement des républicains auxquels elle en remet la direction, il demeure un moment comme suspendu entre le flux et le reflux de l’opinion, entre la révolution et la réaction. Mais bientôt le courant naturel de l’opinion qui, laissé à lui-même, s’airêterait à la République tempé-

rée, grossit et déborde sous l’action des partis. Les hommes d État des anciennes dynasties se croyant près de ressaisir le pouvoir poussent au renversement des institutions républicaines. De la réaction contre la révolution sociale la bourgeoisie se laisse emporter jusqu’à la réaction contre la révolution politique. Les républicains modérés sont écartés, après qu’ils ont servi à mettre hors de cause les socialistes et les radicaux. Tout recule-, tout se précipite en arriére; la société semble disposée à rentrer dans les formes qu’elle vient de détruire, quand un nom surgit tout à coup, dont la fascination attire et arrête à soi les courants les plus opposés de l’opinion, et, s’imposant avec une puissance inouïe à la révolution chancelante, lui annonce et promet de lui donner une forme, une impulsion, une existence nouvelle.

Le moment n’est pas venu encore d’écrire l’histoire circonstanciée de cette nouvelle phase du mouvement démocratique qui commence à l’élection de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence de la République; moins qu’à tout autre, d’ailleurs, il m’appartiendrait de le tenter.

Profondément convaincue de l’excellence des institutions libres et certaine que la démocratie, le jour où elle aura une parfaite conscience d’elle-même, de ses principes, de ses besoins moraux et matériels, ne leur trouvera pas d’expression supérieure et rentrera dans les conditions rationnelles du progrès, j’expliquerais mal certaines crises de son développement, inévitables peut-être, mais bien douloureuses, puisqu’elles semblent exclure la liberté. Je me bornerai donc ici, afin d’éclairer encore de quelque reflet l’histoire qu’on vient de lire, à rapporter succinctement les principaux actes politiques du général Cavaignac et la fin rapide d’un gouvernement qui emporta dans sa chute le dernier simulacre de pouvoir resté encore à la bourgeoisie républicaine.

Certes, ce n’est point une exagération de dire que, après l’insurrection de juin, la société tout entière, qui demeurait.

malgré sa ^^ctoire, en proie à un sentiment de terreur auquel on ne saurait rien comparer depuis l’invasion de Rome par les barbares, salua son libérateur d’une acclamation unanime et lui remit, dans un véritable transport de reconnaissance, le soin de la conduire et de la préserver de nouveaux périls.

Depuis longtemps prévue, souhaitée par l’opinion, nécessitée enfin par l’événement, l’élévation du général Cavaignac avait un sens profond, auquel peut-être on n’a pas donné jusqu’ici une attention suffisante.

Pour la troisième fois depuis le renversement du trône de juillet, ce qu’on appelle la force des choses, c’est-à-dire cette voix latente qui se dégage à certains moments décisifs dans la vie des peuples de l’état général des idées et des mœurs, se prononçait et proclamait la République; pour la troisième fois aussi, et à chaque fois d’un accent moins équivoque, elle marquait le caractère démocratique, mais le mouvement tempéré que le pays entendait donner au gouvernement républicain.

Le nom de M. de Lamartine au gouvernement provisoire, la popularité passionnée qui l’entoura et qui ne voulut voir que lui, même en ces heures d’ivresse où l’élément populaire débordé semblait assigner à quelques-uns de ses collègues le rôle principal, furent une première indication, mais déjà très-précise, des limites tracées à la révolution par le commun instinct ; les élections pour l’Assemblée constituante en furent un autre. Ces élections, aussi générales, aussi libres qu’il était possible de les concevoir, donnèrent à l’état républicain sa sanction, en même temps que son interprétation la plus large et la plus modérée. ,

Aussi, quand l’Assemblée constituante, en se réunissant, fit retentir le cri de : « Vive la Itépubliquc! » ne parut-elle à personne ni hypocrite ni téméraire, car chacun sentait en elle et souhaitait qu’elle exprimât dans les lois l’esprit de liberté, d’égalité , de fraternité qui éclairait visible-

ment aloi-s la raison et qui remuait les entrailles de la France.

J’ai tâché d’expliquer, en retraçant les fautes politiques des partis qui se formèrent au sein de l’Assemblée, comment s’opéra la scission entre les deux classes qui, dans Paris, avaient fait la révolution, si ce n’est de concert, du moins ensemble.

Cette scission funeste, née dans le cerveau malade de quelques fanatiques, rendue plus profonde par l’inaction du gouvernement, par les excitations des factieux et les prédications des sectaires, cet antagonisme plus factice que réel, entre la république politique et la république sociale, entre la bourgeoisie et le prolétariat, aboutit, * comme nous venons de le voir, par une logique rapide à la révolte et à la défaite des prolétaires.

La victoire que l’Assemblée nationale remporta sur l’insurrection fut applaudie par la France et par l’Europe, comme une victoire de l’ordre sur l’anarchie. Cette appréciation était juste, mais incomplète. Réprimer une révolte contre la souveraineté nationale, c’était assurément rétablir l’ordre, mais non pas seulement un ordre apparent et tout matériel, tel que le concevait la peur du vulgaire, ou tel que le voulait, en attendant autre chose, l’hypocrisie des partis, c’était surtout rétablir cet ordre moral autant que politique, qui nait, dans une société libre, de la soumission des esprits à des institutions conformes à l’état des mœurs.

C’est ainsi que le comprit l’Assemblée constituante lorsqu’elle conféra le pouvoir suprême à un homme dont le nom et l’épée étaient tout à la fois un symbole et un gage de l’ordre républicain. De son aveu, de l’aveu du peuple qu’elle représentait, l’idée républicaine se concentra dans un homme, comme pour se rendre plus sensible. Afin d’imposer mieux à ses ennemis le sentiment de sa force, elle se personnifia dans un soldat.

En présence de ce grand fait, la société préservée de

l’anarchîe par les républicains, aucune opposition sérieuse à la République n’était plus possible. L’élévation du général Cavaignac, comme l’État républicain lui-même qu’il venait de sauver et qu’il était chargé de raffermir, avait un caractère de nécessité qui, sans en diminuer l’éclat, en doublait la force et devant lequel tous les partis rentraient dans le silence. Jamais plus soudaine élévation ne s’était produite avec moins de part de la personne exaltée. Le général Cavaignac n’avait pas été libre de la vouloir ou de ne la pas vouloir; la convoiter ou la repousser, lui eût été presque également impossible. Son absence prolongée do la France et la trempe de son caractère, en le rendant étranger aux partis qui se disputaient la conduite des affaires, étaient une cause principale, mais toute négative de sa fortune. Plus sa personne restait inconnue, mieux la double idée qui s’attachait à son nom républicain et à sa profession de soldat devait apparaître à l’heure où le besoin de contenir la révolution et l’impossibililé de fonder, en dehors de cette révolution même, une autorité capable de la dominer, éclataient à la fois de toutes parts et s’imposaient à la conscience publique.

C’est le propre des civilisations avancées fpi’elles se soustraient davantage, dans leur marche plus compliquée et plus savante, aux influences personnelles, à ce qu’on pourrait appeler l’accident, le hasard. Les idées y engendrent plus manifestement les faits. Les événements semblent s’y ranger sous une loi supérieure que trouble de moins en moins l’action des volontés particulières. Par une contradiction qui n’est qu’apparente, plus la liberté humaine croit en puissance, plus aussi elle s’ordonne et se soumet à cette nécessité divine, à cette invisible souveraineté qui gouverne le monde. Aussi voyons-nous dans la suite des histoires qui transmettent d’une génération à l’autre les révolutions des empires, la tâche du narrateur s’amoindrir à mesure que s’étend celle du philosophe. Les aventures perdent leur vraisemblance, les faits

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ne s’expliquent plus par le caprice du sort ; les héros même ne sauraient plus nous intéresser si l’on ne sait nous montrer en eux l’expression vivante d’un temps et le génie d’un peuple.

C’est ce genre d’intérêt et d’instruction sévère, mais supérieure, qu’offre à un haut degré, selon moi, la révolution de 184i8. Le mouvement général des idées y est tout; la valeur relative et passagère de .certains hommes que ce mouvement amène au premier rang y est peu de chose. Nous l’avons vu dans la popularité si instantanée et si vite évanouie de M. de Lamartine; l’élévation et la chute du général Cavaignac en seront un nouvel exemple; plus tard, l’exemple deviendra plus frappant encore dans la fortune prodigieuse du nom de Louis Bonaparte.

11 n’est presque personne en France qui ne crût, après l’insurrection de juin, le gouvernement républicain raffermi pour un long espace de temps. En voyant l’Assemblée nationale et le général Cavaignac, en parfait accord d’intentions, préparer ce gouvernement régulier, ce pouvoir constitutionnel après lequel chacun soupirait, on ne ' metlait plus guère en doute la possibilité de combiner, dans des institutions durables, la liberté et l’autorité dont on éprouvait un égal besoin.

La force mutuelle que se prêtaient en ce moment le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif en paraissait un présage certain; toutes les difficultés de la situation politique semblaient aplanies. Le socialisme et ses exigences outrées pour longtemps hors de cause; la majorité républicaine dans l’Assemblée, désormais confiante dans ses propres forces, mais disposée à suivre l’impulsion du chef qu’elle s’est donné; les partis royalistes réduits, une seconde fois, par la grandeur de l’événement, à feindre l’acquiescement à la République ; l'armée rétablie dans Paris ; des généraux victorieux qui ne réclament rien, après le péril de l’honneur du succès et se rangent avec déférence derrière celui auquel ils commandaient encore la veille; la révolution,

bien que domptée au dedans, assez puissante au dehors pour que les souverains ne puissent susciter à la France aucun embarras : tel était l’ensemble des faits qui créaient au général Cavaignac une situation plus grande et plus forte, en apparence, que ne l’avait eue, depuis longtemps, aucun des hommes qui avaient possédé le pouvoir. Mais si la situation d’un homme lui est faite le plus souvent par des circonstances où il n’a que peu ou point de part, l’avantage qu’il tire de celte situation est toujours son œuvre personnelle.

Ce fut un malheur pour la France que le général Cavaignac ne joignit pas au sentiment du bien, du beau, du juste, qui était eu lui et qui le plaçait au niveau des situations les plus élevées, cette pénétration do l’intelligence qui les comprend tout entières et cette spontanéité d’action qui les domine. Si son génie lui eût révélé la triple force qui s’attachait à son nom, à son épée, à sa situation, il eût accompli une phase décisive de la révolution française, en fondant, pour une longue période de temps, le gouverneraent républicain. Mais, ainsi qu’ont pu le faire pressentir quelques traits esquissés précédemment, le général Cavaignac ne devait compi-endre sa lâche et son rôle que d’une manière incomplète. Tout au contraire de M. de Lamartine, qui, pour s’être formé un idéal trop vaste de la révolution, négligea de pourvoir à l’établissement de la République, le général Cavaignac, s’embarrassant dans une application scrupuleuse, défiante et timide du gouvernement républicain, ferma son esprit aux inspirations hardies de la révolution. Ces deux hommes, semblables en courage et en noblesse d’âme, mais qui formaient par d’autres côtés de leur nature un contraste très-accusé, devaient avoir une même fin politique. Lamartine, à force de rêver la gloire, laissa échapper l’autorité ; Cavaignac, occupé à défendre son autorité et surtout à préserver son honneur, ne connut pas ces élans vers la gloire qui entraînent les hommes. L’un et l’autre, en présence d’une Assemblée qui ne de^

mandait qu'à être dirigée, ne surent ou ne voulurent exercer sur elle aucune action; Lamartine, parce qu’il la dédaignait un peu ; Cavaignac, parce qu’il la respectait trop. Tous deux se perdirent et perdirent la révolution ; l’un, parce qu’il la croyait accomplie déjà; l’autre, parce qu’il la jugeait impossible.

J’ai dit qu’au moment où le général Cavaignac prit en main la conduite des aiïaires, la société tout entière s’abandomiait à un sentiment de terreur rétrospective qui survécut longtemps au danger qu’elle avait couru. Le combat acharné qu’on s’était livré pendant quatre jours laissait dans les imaginations une impression profonde que l’aspect de Paris ravivait à toute heure. La vaste étendue du champ de bataille dont chacun, pendant le combat, n’avait mesuré qu’un point circonscrit, étonnait la pensée. Sur un espace de plusieurs lieues et qui comprend plus de la moitié de la ville, le boulet, l’obus, la mitraille, le ctinon, la sape et la mine n’ont pas cessé, pendant près de cent heures, d’exercer leurs ravages. Les colonnades, les frontons des palais et des églises sont mutilés, des façades entières de maisons ont disparu. Des bivacs, des parcs d’artillerie, sont établis sur les places publiques; on voit passer des chariots remplis d’armes enlevées aux vaincus*. De longs convois de prisonniers s’acheminent vers les forts; les prisons sont encombrées; les arrestations sont faites par masses. Un assure que dans le premier moment il n’y en a pas eu moins de vingt-cinq mille. Bien des haines personnelles, bien des rivalités de professions ont saisi l’occasion inespérée de se satisfaire en paraissant servir la chose publique; les délations anonymes sont innombrables. Les enfants de la garde mobile, qui se considèrent comme les vainqueurs de Paris et qu’on ne parvient pas à faire rentrer sous la discipline, plus de cent mille gardes nationaux, accourus de tous les points de la France cl qui n’ont pas

* On a compté plus de cent mille fusils saisis dans les quartiers insurpés.

pris part au combat, amusent leur désœuvrement et signalent leur zèle par des perquisitions et des arrestations, dont leur caprice est la seule règle et l’unique prétexte. Au bout de quelques jours, l'autorité est si embarrassée de ses prisonniers, le danger de pareilles agglomérations d’hommes dans des espaces étroits et insalubres devient tel, qu’elle en fait relâcher, sans examen, plus de la moitié

On craignait aussi, malheurcuseinent ce n’était pas sans raison, que les ressentiments de la garde nationale ne la portassent à de tristes excès. Les factionnaires en sentinelle devant le caveau de la terrasse du bord de l’eau, dans le jardin des Tuileries, où quinze cents personnes sont entassées dans une boue fétide, ont tiré sur ces malheureux qui se disputaient les places voisines des soupiraux par lesquels leur venait un peu d’air et de lumière. Pour coii!tenir les gardes mobiles, quelques officiers leur ont laissé entendre que l’on procéderait incessamment à des fusillades en masse*. La peur inouïe qu’inspiraient aux bour- > >

H* Selon le rapport de la commission d’enquête, sur vingt-cinq mille personnes arrêtées pendant i'insuiTection et immédialemcnt après, on ii’cn garda, au Ixiut de quelques jours, que onze mille cinquante-sept.

* On a parle beaucoup de fusillades qui auraient eu lieu apres le combat; aucun des récils que J’ai entendus n'établit à cet égariLde faits positifs. Selon les témoignages les plus dignes de foi, on compterait environ cent cinquante insurgi's fusillés par la ti'oupeou la garde mobile. M. Louis Blanc, qui n’est pas suspect d’indulgence pour les vainqueurs de juin, a constate en termes énergiques le caractère purement individuel de quelques actes odieux. « Pas de responsabilité collective, pas d’accusations généralisées, s’écrie-t-il ; grâce au ciel, il n’est pas de classe en France à qui Fou puisse légitimement imputer de tels excès ; ils furent l’œuvre de forcenés, dignes d’être reniés par tous les partis, maisà qui, malheureusement, l’état de siège, la stupeur publique, la colère et la peur des uns, la douleur des autres, livrèrent une odieuse puissance. » {Nouveau Monde, n° 6, l"marsl831). Nulle part, quoiqu’on en ait dit, ces exécutions ne se firent sur l’ordre, ni même avec la tolérance des chefs. Le général Bedeau, M. Guinard et d’autres ofiiciei's supérieurs firent des efforts inou’is. pour sauver les prisonniers. Sur la place de l’Hôtel de Ville, MM. Marrast et Edmond Adam luttèrent avec les gardes mobiles pour leur arracher leurs victimes.

geois de Paris les insurgés vaincus, tolérait, encourageait en quelque sorte les mauvais traitements auxquels ils étaient en butte. Pendant plus d’un mois après l’insurrection, l’annonce de quelque événement impossible venait chaque jour jeter l’alarme dans la population. Tantôt les insurgés, cachés dans les catacombes, allaient faire sauter en l’air le faubourg Saint-Germain; tantôt ils devaient couper tous les conduits de gaz et se livrer dans les ténèbres à un immense massacre. Le soir, on prétendait apercevoir des signaux qui se répondaient de maison en maison; on entendait dans les caves des bruits inexplicables; les orgues de Barbarie jouaient des refrains mystérieux. Les imaginations troublées attribuaient aux insultés une volonté et une puissance du mal véritablement satanique ‘. Le spectacle que présentaient les hôpitaux était navrant. Pendant les premiers jours, l’affluence y avait été si grande que, malgré le dévouement des médecins, on n’était parvenu à donner à tous les blessés que les premiei's soins indispensables *. En dépit de la surveillance des gardiens, les

* L’ autorité fut obligée de donner quelque satisfaction à ces frayeurs alwurdes. On fit des fouilles aux flambeaux dans les catacombes et des perquisitions dans les maisons signalées. Ces fouilles et ces perquisitions n’amenèrent aucun résultat. Les reflets de la lune sur le pavillon vitré d’un daguerréotypeiir, la chandelle d’une pauvre ouvrière restée à son ouvrage très-avant dans la nuit, le [)iaflément des chevaux dans des écuries souterraines, avaient causé ces incroyables alarmes. Voir, aux Documents historiques, à la fin du volume, n° 19, la proclamation de M. Ducoux, aux habitants de Paris, le ‘26 juillet.

* Voici le relevé général des blessés reçus pendant les quatre joui's de l’insuiTecUon dans les princiiiaux hôpitaux de Paris :

Charité l‘20

Val-de-Gràce 190

Hôtel-Dieu 451

Hôpital Dubois 90

Clinique 78

Saint-Lazare 75

Saint-Louis.. . 560

Beaiijon 110

Bon-Secours 16

Saint-Merry 47

iSi

fîardes nationaux, les gardes mobiles, les insurgés, qui gisaient là, dans les mêmes salles, dans les mêmes rangs, s’insultaient, se menaçaient d’un lit à l’autre. Ceux-ci gardent à leur chevet le drapeau qu’ils ont enlevé sur la barricade; ceux-là disent tout haut qu’ils ne tarderont pas à prendre leur revanche; quelques-uns trouvent dans le délire de la fièvre la force de se lever et se jettent avec rage sur le malheureux dont le lit est le plus voisin. D’affreux accidents nerxeux, des folies furieuses se déclarent*. On est obligé de mettre la camisole de force à plusieurs blessés; la sentinelle présente la baïonnette en allant et en venant dans les couloirs.

La mortalité dépasse toute proportion. Dans le seul hôpital Saint-Louis, elle est d’un blessé sur quinze pour les militaires; d’un sur six pour les insurgés*.

Pitié 98

Saint' Antoine 60

Loui'cine Il

Bicétre 9

Cocliin ti

Incural)les 85

Ilétel-Üicu (annexe) 61

Hôpital Necker ■ . 11

Hôpital (lu Midi 4

Tuileries 78

Ambulances connues 304

Total général 2,5'2U

* ün a constaté que la plupart des folies furent', chez les insurges, des folies d’orgueil. Presque tous se croyaient de grands hommes et des réformateurs. Ils dictaient des constitutions, aholis-saient l’esclavage et la misère. Chez les femmes, c’était l’inquiétude pour leurs maris ou leurs enfants qui produisait généralement l’aliénation mentale. Malgré les accidents nombreux qui suivirent l'insurrection, le chiffre total des aliénations mentales, en 1848, ne dépas.sa que de Ires-peu le chiffre ordinaire. L(» révolutions (pii multiplient certaines causes d’aliénations en font disparaître d’autres. Les événements de la vie privée perdent de l’importance à mesure (jue ceux de la vie publique en prennent davantage.

* Voir les journaux de médecine : la Gazette de» hôpitaux, l'Union médicale, etc.'

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