‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 4)Chapitre 38 sur 61 · W HISTOIRE · texte numérisé non relu

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dans son sein, de tout niveler sous sa muette et formidable bi.

L’élection de Louis-Napoléon Bonaparte, cette résurrec. tion du pouvoir impérial par l’évocation populaire, n’a pas d’autre sens. Le 10 décembres, comme le 24 février, relativement aux classes inférieures, . le caractère d’une émancipation légale venue par la faute des classes dirigeantes avant l'émancipation intellectuelle, et qui tourne, à cause de cela môme, contre la liberté.

La démocratie du dix-neuvième siècleserait-elle réservée, comme on l’a dit, au triste sort de la plèbe romaine? Incapable de s’élever à la liberté, n’aurait-elle d’autre idéal que le pain et les spectacles, d’autre fin que l’invasion des barbares ?

Trop de présages certains, trop de signes, trop d’évidences rationnelles sont là qui répondent à ces questions et dissipent ces craintes. Sans parler des vicissitudes politiques qui peuvent surgir dans un avenir non éloigné, une vue générale de la société et de son développement nous enseigne l’espérance.

La démocratie moderne n’est pas soumise à la loi du destin anti(|ue. Le. christianisme dont elle est issue, la philosophie qui l'adopte, lui ont révélé le principe et lui préparent les voies d’unprogrès indéfini. Ce n’est pas une aveugle énergie qui la pousse, c’est une force organique qui l’anime; une force qui cherche la forme et la loi d'une civilisation plus vaste et plus parfaite. Au sein de ce qui peut paraître uné dissolution momentanée, ou du moins le retour à une sorte de barbarie relative, puisque c’est le triomphe de la masse sur l’élite, de l’instinct sur l’intelligence, on sent fermenter des germes puissants. Un progrès mystérieux se réalise par des moyens qui confondent notre esprit. De masse voici déjà le peuple devenu nombre. Dans le grand acte auquel il vient d’être appelé, on l’a compté, il s’est compté lui-même. Désormais il se connaît; il a acquis, avec le sentiment de sa force, la conscience de son droit; et dans les

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lemps modernes, l’idée de droit engendre nécessairement le besoin et finit par produire la capacité de la liberté. Déjà nous voyons l’instinct social du peuple et la science politique des classes lettrées, tout en cherchant encore à se combattre parce qu’ils se croient ennemis, se pénétrer en quelque sorte malgré eux, dans la lutte qui les rapproche et les met en présence. Bientôt, réconciliés et se fortifîant l’un par l’autre, dans le mouvement ascendant d'une civilisation plus générale, ils institueront de concert les lois de la société nouvelle, .\lors seulement, mais certainement alors, le génie de la France se réveillera ; les mœurs et les institutions se retrouveront dans un accord dont le brisement se fait aujourd'hui sentir par de vives souffrances. Le règne de la démocratie sera fondé. La Révolution française, qui est devenue la révolution européenne, c’est-à-dire la plus vaste des révolutions sociales depuis l’établissement du christianisme, sera accomplie.

Al’ LECTEIR

« Certains auteurs, parlant de leurs ouvrages, disent : mon livre, mon commentaire, mon histoire. Ils sentent leurs bourgeois qui ont pignon sur rue et toujours un chez moi à la bouche. Us feraient mieux de dire : notre livre, notre commentaire, notre histoire, vu que d’ordinaire il y a plus en cela du bien d’autrui que du leur. >

Que de fois, durant le cours de cette publication, ne me suis-je pas rappelé le conseil du moraliste, en pensant qu’il s’adressait à moi plus qu’à tout autre. L’Histoire de la Hdvolution de 1848, si imparfaite qu’elle reste encore, n’aurait jamais pu être acbevée, en effet, sans le concours d’un très-grand nombre de personnes, dont les récits, le témoignage, les avis et les confidences m’ont rendu plus faciles l’exactitude et l’impartialité qu’on a bien voulu reconnaître dans mon travail, et qui en font à peu près tout le mérite. L’Histoire de la Révolution de 1 848 est donc, en ce sens, une œuvre collective plutôt qu'une œuvre individuelle ; mais, bien que mon amour-propre n’ait pas à s’en féliciter, je considère cette condition, généralement incompatible avec la perfection d’une œuvre d'art, comme favorable, en ce cas particulier, au succès que j’ambitionne. J’ose espérer qu’un livre où l’auteur disparaît complètement pour laisser parler les faits eux-méines n’en sera que plus propre à ré-

pandre certaines vérités queje crois utiles, et qu’il réalisera ainsi, mieux peut-être qu’un outrage moins défectueux et plus personnel, la pensée heureuse de Voltaire, qui dit : « Il en est des livres comme de nos foyers. On va prendre ce feu chez son voisin, on l’allume chez soi, on le communique à d’autres, etil appartient à tous. t.

Ce feu que je souhaiterais de voir se propager, c’est une foi dans l’avenir, ardente et profonde, que les événements les plus inattendus ravivent chaque jour dans mon cœur. Puisse cette foi se communiquer à tous ceux qui daigneront me lire! Puisse-t-elle les soutenir dans les épreuves que les amis de la liberté auront encore à supporter et les préserver de ce triste, de cet injuste et pernicieux esprit d’indifférence ou de réaction, que les maux inséparables des révolutions les plus légitimes font naître dans l'opinion publique! S’il en pouvait être ainsi, j’aurais atteint mon but; aucun succès ne me paraîtrait plus envialile ; les sévérités de la critique ne me causeraient nul déplaisir ; mon ambition serait satisfaite.

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DOCUMENTS HISTORIQUES

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