II
566 DOCUMENTS HISTORIQUES
4 avril. Députalion des Délégués du 18* bataillon de la garde ria*
liouale mobile.
— des Commis vendeurs de la Vallée.
— — du Club des ouvriei'S de la Fralernilé.
— — des Élèves de l'école préparatbire d’Alfort.
— — des Délégués de l’atelier du citoyen Piet, mécanicien.
— — des Huissiers, Garçons de bureau de l’Hôtel de Ville.
— — des Délégués des raaîires d'études du lycée Monge.
— — des Ouvriers de la Salpêtrière.
— des Ouvriers marbriers des trois cimetières.
— — de la Fabrique de crayons du citoyen Guyot (maison
Taillefer et C').
5 evril. — de Saint-Gaudeiis.
— — de la Société des hommes lettrés.
— — du faubourg Saint-.Anloiue.
— — des Militaires de la classe de 1841.
— — des Délégués des commis, ouvriers, ingénieurs des
chemins de fer de Saint-Germain et de Versailles.
^ — des Ouvriers de la maison Maldant.
— — des Marchands de charbons des divers arrondissements
de Paris.
— — des Marchandes des marchés.
— — des Gardiens et Gardeuses des halles et marchés.
— — des Allumeui's au gaz de la compagnie la Carrière.
6 avril. — des Délégués des administrateurs des omnibus spéciaux
des chemins de fer du Nord et d'Orléans.
— — du Lycée Charlemagne.
- — — des Cochers de la compagnie de l’Union.
9 avril. — du Clergé et des Membres de la fabrique de la paroisse
de Saint-Pierre de Cliaillot.
— — du 2* escadron de la garde du peuple.
10 avril — des Délégués des Bons-Co4sins Charbonniers.
— — de la 7' compagnie du 2' bataillon de la 2* légion.
— — des Ouvriers distillateurs.
— — des Blanchisseuses du port Saint-Paul.
— — de la Société fraternelle des Mécaniciens français.
— — des Délégués de vidanges de Paris.
— -- d’un Bataillon de la Garde mobile.
— — des Lyonnais.
11 avril. — des Délégués des citoyens employés à des services pu-
blics et demandant le renvoi des étrangers.
— des Membres de la fabrique de l’église Saint-Laurent.
— — des Vignerons de la commune de Sèvres.
— — des Communes de Vanves, Issy et Clamart.
— — des Fabricants de sucre des départements du Nord et du
Pas-de-Calais.
— — des. Délégués des Auvergnats industriels.
DOCUMENTS HISTORIQUES
12 avril. Di'piilatinii du Club du Bien-Public.
— — du Club répuldicain de la Fraternité.
— — des Citoyens de Beaugency.
15 avril. — de la Société des Sauveteurs de la Seine.
— — des Ateliei’s de l’eulrcprisc des messageries Caillard.
— — des Employés et Courtiers des diverses maisons de rou-
lage de Paris et de la banlieue.
— — des Élèves internes des divers lycées de Paris et de Ver-
sailles.
— — des Délégués de la Société dijonuaiso.
— — de la Cor[>oration d«s Bonnetiei’s.
— — des Ouvriers de la maison Taconnet.
— — des Ouvriers bitumiers.
— — des Ouvriers et Employés du commerce des huiles ( la
Villclte).
— — des Ouvriers brasseurs de Paris et de la banlieue.
— — des Ouvriers de l’usine à gaz de la compagnie du Nord.
— — dos Ouvriers et Ouvrières de l’imprimerie nationale.
— — des Ouvriers de l'atelier des Pompes funèbres.
— — de 1200 Tonneliers de Bercy.
— — des Délégués de toutes des Écoles militaires, civiles et
artistiques de Paris.
— — des Ouvriers du canal Saint-Martin.
— — des Espagnols résidant à Paris.
— — des Piqueurs des 3", 4* et 5* divisions du pavé de Paris.
. — — des Em[iloyés et Ouvriers du chemin de fer du Nord.
— — des Ouvriers et Employés de la fonderie en cuivre de
la maison Thiébault.
— — des Ouvriers de la Compagnie française pour l’éclairage
au gaz.
— — des Commis et Garçons du chantier de la Râpée.
— — des Ouvriers et Ouvrières composant les ateliers de la
capsulerie de guerre.
— — des Ouvriers boulonniers en métal.
— — des Facteurs de la poste aux lettres.
— — des Travailleurs de la fabrique de caoutchouc des
Thernes.
1 4 avril. — de la (iori)oration des ouvriers boulangers.
— — des Marchands des quatre saisons du 12' arrondisse-
ment.
15 avril. — de la 5' compagnie du 2' bataillon de la l” légion.
— — des Délégués du Club des Vieux-Augustins.
— — des Délégués de l’Association des sciences médicales et
naturelles.
— — des Agents du service municipal des eaux de la ville de
Paris.
— — des Jardiniers du departement de la Seine.
508 DOCUMENTS HISTORIQUES
15 avril. Députation des Ouvrière, Architecte et Propriétaire de la maison en construction, rue Pigale, 65.
— — du Commandant, des Orilciere et Soldats du 2* bataillon
de la Gai'de mobile.
-16 avril. — desaniiens Militaires résidant à Paris et dans les arrondissements de Sceaux et de Saint-Denis.
— — du Club des Provençaux.
— — des Pécheurs de l’ile Saint-Denis.
— — des Employés de la Garantie de Paris.
— — des Français résidant à Madrid.
— — du Club des Quinze -Vingls.
— — des Ouvriers tailleurs de pierre.
— des Ouvriers carriers de Paris et de la banlieue.
18 avril. — des Délégués de toutes les communes qui composent rarrondissement de Corlicil.
— — des Délégués des ouvriers des corporations de Paris.
20 avril. — du Club démocratique de la 0' légion.
— — des Élaliers et Garçons d'étal de la bouctierie de Paris.
— — des Enfants de l'Asile, Ecole Fénelon.
— — du Club de l'Union Fraternelle.
— — des Habitants de Montreuil.
— — des Marchands des quatre saisons.
— — des Ouvriers travaillant à la salle provisoire destinée A
l’Assemblée nationale.
22 avril. — de la Garde mobile demandant un drapeau.
— — du !•' bataillon de la Garde nationale mobile.
— — des diverses Sociétés de secours mutuels israéliles de
Paris.
— — des Socialistes fraternels de la Grande-Bretagne.
23 avril. — du Club des défenseurs de la liberté.
— — des Entrepreneurs de bâtiments.
— — des Vétérans de la liberté (12* arrondbsement).
28 avril — de la Garde nationale de Melun.
DéCLAHATIOX DSS DHOITS DE I.A FEHUE, PAR OLTNPE DE GODGES.
{Extraits.)
La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. Les distinctions sociales nepeuventélre fondées que sur l’utilité commune.
le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de la femme et de l'homme : ces droits
J. Digilizedij «raiBi
DOCUMENTS HISTORIQUES. 569
sont la liberté, la propriété, la sûreté, et surtout la résistance à l'oppression.
Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation qui n’est que la réunion de la femme et de l’iiorame. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’auiorité qui n’en émane cxpresséiuent.
La liberté et la justice consistent à rendre tout ce qui appartient à autrui. Ainsi, l’exercice des droits naturels de la femme n’a de bornes que la tyrannie perpétuelle que l’homme lui oppose. Ces bornes doivent être réformées par les lois de la nature et de la raison La loi doit être l’expression de la volonté générale: toutes les citoyennes comme tous les citoyens doivent concourir personnellement, ou par leurs représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour tous. Toutes les citoyennes et tous les citoyens, étant égaux à ses yeux, doivent être également admissibles à toutes les dignités, places et emplois publics, selon leurs capacités, et sans autres distinctions que celles de leurs vertus'et de leurs talents...
La femme a le droit de monter à l’échafaud; elle doit avoir également celui de monter à la tribune.
I a garantie des droits de la femme est pour l’utilité de tous, et non pour l’avantage pai ticulier de celles a qui elle est accordée.
La femme concourt ainsi que l’homme à l’impôt public; elle a le droit, ainsi que lui, de demander compte à tout agent public de son adininislralion.
Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la garantie des pouvoirs déterminée, n’a point de constitution. La constitution est nulle, si la majorité des individus qui composent la nation n’a pas coopéré à sa rédaction.
Femmes, réveillez-vous, le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers! Le puissant empire de la nature n’est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonge. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l’usurpation. O femmes, femmes 1 quand cesserez-vous d’être aveugles? Que's sont les avantages que vous avez recueillis dans la Révolution? Un mépris plus marqué, un dédain plus s gnalé. Dans les siècles de corruption, vous n’avez régné que sur la faiblesse des hommes. Votre empire est détruit. Que vous resle-t-il donc? la conviction des injustices de l’homme... Réunissez-vous sous les étendards de la philosophie; opposez la force de la raison à la force matérielle, et vous verrez bientôt ces orgueilleux non pas ramper à vos pieds comme de serviles adorateurs, mais fiers de partager avec vous les trésors de l’Êtve suprême.
DOCÜMENTS HISTORIQUES.
EXTRAIT d’üSE LETTRE DE M. LORIS DLANC.
Je ne sais vraiment pas où Garnier-Pagès a vu que je soutenais le sys'.èmc des associatiom forcées. Dans la réunion chez M. Marie, qu’il mentionne (t. IV, p. 89 - 9i), la question ne porta point du tout sur le choix à faire entre les associations forcées et les associtüims litres ou volontaires. La question était celle-ci ; MM. Corbon, Marie, Garnier- Pagès, Marrast étaient d’avis qu’on encourageât les ouvriers qui voudraient se former en associations, mais en -ayant grand soin de renfermer l’encouragement dans le cercle des efforts privés et en repoussant toute intervention bienveillante de l’État. Moi, au contraire, je prétendais que si le principe d’association est reconnu salutaire, propre à élever le moral du travailleur et à influer heureusement sur l’activité sociale, il n’y a pas de raison pour que l’État, en tant qu’il repré^-ente la société, soit condamné à se croiser les bras là où l’initiative de M. tel ou tel est invoquée. Donc, sans repousser en aucune sorte l’initiative individuelle, je demandais que l’initiative sociale ne fût point exclue.
Autre question : Ces messieurs voulaient que l’appui donné aux associations lût inconditionnel et sans rapport avec un but général à atteindre. Moi, au contraire, je disais : « S’il est Lon que l’application du principe d’association soit encouragé, ce n’est point parce qu’il en peut résulter un accroissement de bien-être pour tels ou tels ouvriers en particulier, mais bien parce que l’association est un moyen pour la classe ouvrière en d’arriver graduellement à s’aflrau-
chir. Si tels et tels ouvriers se forment en association, ici ou là, dans l’unnpie but de grossir leure petits iiroCts particuliers, sauf, quand ils seront i-ichcs, s’ils le deviennent, à prendre eux-mèmes à leur service des ouvriers et à se faire bourgeois, qu’y aura-t-il de gagné? A cùté de certaines associations qui se seront ruinées, quelques autres auront réussi peut être, comme il y a aujourd’hui des bouti<iues qui pi ospèrenl â côté d’autres qui succombent. Les plus habiles ou les plus heureux auront trouvé moyen de passer d’uiic classe dans une classe siqiérieure, du haut de laquelle ils mépriseront d’autant ceux qui seront restés en bas, selon l’usage presque invariable des parvenus. Et la société n’aura pas fait un pas en avant. La grande question est donc, tout en encourageant les essais partiels il’associaliou, d’aviser à un moyen de rendre général le cai’actére de ces essais partiels; la grande question est de faire que chaque association se considère comme partie d’un tout, et ne soit pointpoussée par l’égoïsme à séparer son intérêt de celui de la masse des travailleurs. Pour cela, que faiit-
DOCUMEMS HISTORIQUES. &7i
il? Il faut se garder de donner à telle ou telle réunion d'ouvriers désirant s'associer un appui aveugle et inconditionnel; il faut leur bien faire entendre qu’il ne s'agit pas de ressusciter les corporations, de revenir au régime des jurandes et des maîtrises; il faut mettre pour condition, aux secours qu’on leur donnera, l'obligation par eux, de tenir ouvertes à ceux du dehors tes portes de leur association, une fois formée, de telle sorte qu’elle aille toujours s’agrandissant : résultat facile à obtenir par la création d’un fonds social au moyen d’une retenue annuelle sur les bénéfices, et par l’application de ce fonds à l’élargissement graduel du cercle primitivement tracé. Ajoutez à cela l’oi'ganisation de rapports fraternels entre les diverses associations; et alors, au lieu d’une société qui ne fait que tourner sur ellemême, vous aurez une société qui avance. Quand l'Etat donne une concession de chemin de fer, quand il autorise le creusement d’un canal ou l’exploitation d'une mine, est-ce que la concession ou l’autorisation n’est pas toujours conditionnelle? Est -ce qu’elle n’est pas subordonnée à l’acceptation de certaines clauses stipulées dans l’intérêt général? Eh bien, il en doit être de même quand l’Etat olfre d’aider par des avances une association d’ouvriers. Comme son motif en cela est, non de favoriser quelques intérêts individuels aux dépens des autres, mais de pous,«er à la réalisation d'une grande expérience sociale, il doit stipuler aussi dans l’intérêt général; il doit mettre un prix à la protection qu’il accorde, et ce prix doit se rapporter à l'ainéîioraiion morale et physique de la classe ouvrière tout entière, comme dans une concession de chemins de fer, de canaux, de mines, le prix attaché & la concession se rapporte à des considérations d’intérêts général. Ce n’est point du tout là entrer dans un système A'associatUnu forcées, car on ne force personne à accepter le régime d’association si cela ne lui convient pas; mais c’est mettre à une faveur, une condition qui l’empêche d’être un privilège. Libre à vous de vous associer ou de ne pas vous associer; mais, si désirant vous associer, vous voulez de noire appui, nous ne le donnons qu'à des conditions calculées de manière à le rendre fructueux pour tous; car c’est en vue du bien de tous que nous le donnons. Qu’y a-t-il là qui justifie l’emploi du mot association forcée. Autant vaudrait dire qu’une compagnie de chemin de fer est une compagnie forcée parce qu’elle a à se soumettre à un cahier des charges! t Telle fut la question débattue. Si MM. Goudehaux, Marie, Corbon, Gamier-l’agés, ne furent pas de mon avis, ce liit précisément A cause de la portée qu’avait ma façon d’envisager les choses. Ils voulaient un petit semblant de palliai if où je voulais un remède; ils voulaient montrer de la bonne volonté aux classes ouvrières où je voulais travailler en grand à leur émancipation. Voilà le point sur lequel nous ne nous eiilendîmes pas. Mais, ce que M. Garnier-Pagès a oublié do dire, c’est qu’il y avait dans celte réunion un certain nombre d’ouvriers, et qu’à l’exception de ceux (pie le National avait enrégimentés par Vatelier et M. Corbon, tous les ouvriers présents furent pour moi.
DOCUMENTS HISTORIQUES
PKOCLMIATIOII DU CODVF.B^EIIE^tT l-ROVI'OIRE.
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
UBEHTé, ÉCAUTf, FBATEBNtTÉ.
U gouvernement provisoire au peuple fhmçait.
CiTOTENS,
A tous les grands actes du la vie d'uii peuple, le gouvemenu-nt a le devoir de faire entendre sa voix à la nation.
Vous allez accomplir le plus grand acte de la vie d’un peuple : élire les représentants du pays, faire sortir de vos consciences et de vi s suffrages, non plus un gouvernement seulement, mais un pouvoir social, mais une constitution tout entière! Vous allez organiser la République.
Nous n’avons fait, nous, que la proclamer; portés d'acclamation au pouvoir pendant rinterrègne du peuple, nous n’avons voulu et nous ne voulons d’autre i ictature que celle de l’absolue nécessité. Si nous avions repoussé le poste du péril, nous aurions été des lâches. Si nous y restions une heure de plus que la nécessité ne le commande, nous serions des usurpateurs.
Vous étez forts I
Nous comptons les jours. Nous avons hâte de remettre la République à lu nation.
La loi électorale provisoire que nous avons faite est la plus large qui, chez aucun peuple de la terre, ait jamais convoqué le peuple à l’exercice du suprême droit de l’homme, sa propre souveraineté.
L’élection appartient à tous sans exception.
A dater de cette loi, il n’y a plus de prolétaires en France.
Tout Français en âge viril est citoyen politique. Tout citoyen est électeur. Tout électeur est souverain. Le droit est égal et absolu pour tous. 11 n’y a pas un citoyen qui puisse dire à l’autre ; < Tu es plus souverain que moi ! a Contemplez votre puissance, préparez-vous à l’exercer, et soyez dignes d’entrer en possession de votre règne!
Le règne du peuple s’appelle République.
Si vous nous demandez quelle République nous entendons par ce mot, et quels principes, quelle politique, quelle vertu nous souhaitons aux républicains que vous allez élire, nous vous répondrons ; « Regardez le peuple de Paris et de la France depuis la proclamation de la République! »
Le peuple a combattu avec héroïsme.
DOCUMENTS HISTORIQUES. S75
Le peuple a triomplié avec humanité.
Le peuple a réprimé l’anarchie dès la première heure.
Le peuple a brisé de lui-mème, aussit&l après le combat, l’arme de sa juste colère. Il a brûlé l’échafaud. Il a proclamé l'abolition de la peine de mort contre ses ennemis.
Il a respecté la libellé individuelle en ne proscrivant personne.
Il a respecté la conscience dans la religion, qu’il veut libre, mais qu’il vent sans inégalité et sans (iriviléges.
Il a respecté la propriété.
Il a poussé la probité jusqu’à ces désintéressements sublimes qui font l’admiration et l’attendrissement de l'histoire.
Il a choisi, pour les mettre à sa tète, partout les noms des hommes les plus honnêtes et les plus fermes qui soient tombés sous sa main. Il n’a pas poussé un cri de haine ou d’envie contre les fortunes.
Pas un cri de vengeance contre les personnes.
Il a fait, en un mot, du nom de peuple le nom du courage, delà clémence et de la vertu.
Nous n’avons qu’une seule instruction à vous donner : Inspirez-vous du peuple, imitez-lel Pensez, sentez, votez, agissez comme luil
Le gouvernement provisoire, lui, ii’imitcra pas les gouvernements usurpateurs de la souveraineté du peuple, qui corrompaient les électeurs et qui achetaient à prix immoral la conscience du pays.
A quoi bon succéder à ces gouvernements, si c’est pour leur ressembler ! A quoi bon avoir créé et adoré la République, si la République doit entrer dès le premier jour dans les ornières de la royauté abolie I Il considère comme un de ses devoirs de répandre sur les opérations électorales celte lumière qui éclaire -les consciences sans peser sur elles. Il se borne à neutraliser l’inlliience hostile de l’administration ancienne, qui a perverti et dénaturé l’élection.
Le gouvernement provisoire veut que la conscience publique règne I Il ne s’inquiète pas des vieux partis : les vieux partis ont'vieilli d’un siècle en trois jours I La République les convaincra, si elle est sûre et juste pour eux. La nécessité est un grand maître. La République, sachez-le bien, a le bonheur d’être un gouvernement de nécessité. La réflexion est pour nous. On ne peut pas remonter aux royautés impossibles; on ne veut pas descendre aux anarchies inconnues ; on sera républicain par raison. Donnez seulement sûreté, liberté, respect à tous. Assurez aux autres l’indépendance des suffrages que vous voulez pour vous. Ne regardez pas quel nom ceux que vous croyez vos ennemis écrivent sur leur bulletin, et soyez sûrs d’avance qu’ils écrivent le seul nom qui peut les sauver, c’est-à-dire celui d’un républicain capable et probe.
Sûreté, liberté, respect aux consciences de tous les citoyens électeurs; voilà l’intention du gouvernement républicain, voilà son devoir, voilà le vôtre, voilà le salut du peuple I Ayez confiance dans le bon sens du pays, il aura confiance eu vous; donnez-lui la liberté, et il vous renverra la République.
574 documents HISTORIQUES.
Citoyens, la France tente en ce moment, au milicn de quelques difficultés financières léguées par la royauté, mais sous les auspices providentiels, la plus gi'aiidc œuvre des temps modernes : la fondation du gouvernement du peuple tout entier, l’organisation de la démocratie, la République de tous les droits, de tous les intérêts, de toutes les intelligences et de toutes les vertus I
Les circonstances sont propices. La paix est possible. L'idée nouvelle peut prendre sa place en Europe sans autre perturbation que celle des préjugés qu’on avait contre elle. 11 n’y a point de colère dans l’&me du peuple. Si la royauté fugitive n’a pas emporté avec elle tous les ennemis de la République, elle les a laissés impuissants; et quoiqu’ils soient investis de tous les droits (jue la République garantit aux minorités, leur intérêt et leur prudence nous assurent qu’ils ne voudront pas eux-mêmes troubler la fondation paisible de la constitution populaire.
En trois jours, cette œuvre, que l’on croyait reléguée dans le lointain du temps, s’est accomplie sans qu’une goutte de sang ait été versée en France, sans qu’un autre cri que celui de l’admiration ait retenti dans nos départements et sur nos frontières. Ne perdons pas cette occasion unique dans l’Iiistoire; n’abdiquons pas la plus grande force de l’idée nouvelle, la sécurité qu’elle inspire aux citoyens, l’étonnement qu’elle inspire au monde.
Encore ((uelques jours de magnanimité, de dévouement, de patience, et l’Assemblée nationale recevra de nos mains la République naissante. De ce jour-là tout sera sauvé I Quand la nation, par les mains de ses représentants, aura saisi la République, la République sera forte et granrie comme la nation, sainte comme l’idée du peuple,
’ impérissable comme la patrie.
Us membres du gouvernement prâvisoire,
Dopoxt (ne l’Edbe), Lahabtine, Mabbast, GABsiEB-PAcfis, Albebt, Mabie, Ledbd-Rollin, Fuhx»(, Cbémiedx, Loois Blaxc, Abago.
• U secrétaire général du gouvernement provisoire,
Pacxebbe.
SEBHEXT d’aBD-FI.-KADEB.
I/nianges à Dieu I rien n’est durable si ce n’est son règne.
Aux appuis solides de la République.
Après la manifestation de mes sentiments d’admiration pour vos
DOCUMENTS HISTORIQUES. 576
pei’sonnes, je vous dirai que j'ai revu le citoyen Ollivier, et que j’a i eu avec lui un long entretien dont il vous fera part.
Je viens vous donner une parole sacrée, et qui ne doit après elle laisser aucun doute dans votre esprit ; savoir ;
Que je ne m’occuperai jamais plus de fomenter des troubles contre' les Français, ni par moi-même en personne, ni par mes paroles, ni par mes écrits, ni par aucun des miens, et cela pendant toute ma vie.
Je fais le serinent devant Dieu, par Muliammed, Abraham, Moïse et Jésus-Christ, par le Tourat, l'Évangile, le Zabour et le Coran, par la Mecque et Médine, par la Terre-Sainte (Kodss;; je le jure par le Bokhari et le Mosslciii et par ce que nous avons de i>lus cher; je le jure par le cœur et par la langue; je renonce entièrement à m’occuper des affaires des Français.
Tous mes compagnons font le même serment, ceux qui signent ciaprès, aussi bien que ceux qui ne signent point ne sachant point écrire, tous au nombre d’environ cent. Salut.
Signé : Add-el-Kaoer bbx Mehbedoix.
En date du 10 Reb'ia sani 1264 (15 mars 1848).
Suivent les signatures.
AUD-EL-KiDER AU GODVEIINEMEXT PROVISOIIIE.
Louanges à Dieu seul et unique; rien n’est durable si ce n’est son règne.
Aux appuis solides de la République qui gouvernent loute la France, et qui sont à son égard ce que les yeux et les bras' sont au corps. Par eux le corps est mis en mouvemcnl, et par eux aussi il reçoit ce qui lui convient, et est garanti de ce ejui lui est nuisible.
Salut à ceux que Dieu a rendus honorables, et qui a voulu que leurs actions respirent le bien et le bonheur pour tous, qui les a doués du pouvoir d’être utiles au fort et au faible. Us empêchent les forts de coinmciire l’injustice et de faire peser leur grandeur sur les faibles; c’est un bien qui est tout à l’avantage des forts, et qu’au jour de l’éternité seulement, et devant Dieu, ils pourront reconnaître et apprécier ; ils protègent les faibles qui, dans ce monde, n'oiit point d’appui, et ils les préservent des injustices des grands.
Le citoyen Ollivier, votre délégué, est venu me voir hier, et ni’a informé que les Français sont tous unis pour un seul et même but cl qu’ils ont aboli la royauté pour que la France soit gouvernée par la République.
J’ai été réjoui en apprenant celle nouvelle, parce que j’ai lu dans les livres qu'un lel état de choses est convenable aux peuples, puis» qu'il anéantit l'injustice et empêche le fort d'opprimer le faible, que
DOCUMENTS II ISTOUIQUES.
par conséquent tous deviennent frères, et que par cette raison nul frèi’C ne peut s’élever sur son frère.
Les anciens juges ont dit ; «Quiconque veut s’agrandir s'aLaissera. »
Vous avea fait dans ce monde ce qui sera dans l’éternité pour tous les mortels devant le Tout-Puissant. Tous les hommes sont fils d’Adam, et Adam est né du limon. La nation qui est unie, et dont les intérêts sont soumis à l’examen et à l’opinion de tous, est celle qui sans contredit est la plus forte, parce que, par les conseils donnés par tous, il est rare de faillir, tandis que le conseil d'un seul entraîne souvent l’erreur.
Les anciens sages ont dit : « Celui qui ne consulte que son opinion glisse et tombe. »
Dieu, dans le sublime livre du Coran, a chéri les hommes qui sont doués de tels sentiments; il a dit : < Leurs actions doivent êti'c toujours conformes à leur.-s opinions prises en masse. »
Aujourd’hui vous êtes des hommes de grand cœur, compatissants; vous aimez le bien et ne jugez que par la légalité. Dieu vous a placés où vous vous trouvez pour être les protecteurs de l’infortune et des affligés : Je suis un de ceux-ci, et je suis malheureux, et je demande de vous et de votre justice d'arracher l affliction qui m’oppresse.
Si je n’ai point obtenu justice par le pas.‘^é, je dois l’obtenir maintenant, puisque vous êtes les auteurs de l'état de choses qui ne veut plus ni injustice ni oppression.
Je n’ai rien fait qui puisse être blâmé par des hommes sages comme vous l’êtes.
J’ai défendu mon pays par tous mes moyens; j’ai la conviction que par cette raison vous m’estimez. Quand j’ai été vaincu et que Dieu ne m’a pas donné l’avantage, j’ai songé à tranquilliser mon àme en renonçant aux choses de ce monde; et quoiqu’il me fû^ossible de me rendre dans le pays des Berabers (Maroc) ou dans le l^hara, j’ai préféré pour mon âme sa remise entre les mains des Français. Je désirai être envoyé par les Français dans le pays que je choisirais; dans mon esprit, cl parmi toutes les nations musulmanes et chrclicimes, j’ai donné à la nation française la préférence pour l’inviolabilité d’une parole donnée.
J’ai demandé au général Lamoricière de me faire transporter à Alexandrie, pour de là me rendre à la Mecque et à Médine; je l’avais prié de ne pas me faire passer ni par Oran ou Alger, ni par Toulon ou tout autre port de France; je lui avais demandé de m’embarquer à Djemà Ghaiaouat pour me rendre directement à Alexandrie, et, pour l’accomplissement de ces demandes, je demandai une parole françaine; c’es ce «ju’il a fait en m’adi c.^sant un écrit en arabe qu’il a signé en Irançais et revêtu de son cacliet écrit de la même langue.
Quand cet écrit m’est parvenu, et dans la conviciion que la parole des Français est inviolable, je me suis rendu à lui. S’il m’avait dit: Je ne puis pas vous promettre ce que vous me demandez, je ne me serais point rendu.
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DOCUMENTS HISTORIQUES
J’avais la certitude que la parole Irançaise est une parole solide, fût-elle donnée même par un simple soldat, et qn'il était impossible de la violer.
Aujourd’hui, les choses ne sont plus les mêmes pour moi, et cette conviction s’est évanouie en moi : je v<ms demande et vous supplie de me rendre justice, en rendant jilus vaste ce qui est restreint pour moi, et en transformant ma tristesse en joie et Imnbeur.
Vous avez aujourd'hui oi>éré et fait une œuvre grande et qui réjouit tout le monde. Si vous réjouissez tout le monde et que vous me laissiez dans l'allliction, je vous en demanderai compte devant le Tout-Puissant 1
Vous êtes l'es Ulémas (savants) et savez bien ce qui nous convient.
Nous ne pouvons pas vivre dans un pays dont les vêtements, le langage, la nourriture et tout, en général, diffèrent entièrement des nôlr*«.
Je me disais toujours que, quand bien même je serais pris par les Français par la force, je n’aurais que du bien à recevoir chez eux, parce que ce sont des hommes de cœur et d'honneur, et qu’ils savent rendre mérite au vainqueur aussi bien qu’au vaincu.
Je n’ai point été pris les armes à la main; je suis venu aux Français volontairement et parce tpie je l’ai bien voulu : si j’avais pensé trouver chez eux quelque chose qui pût me déplaire, je ne serais point venu à eux.
Je crains que quelques-uns de vous puissent dire qu’en retournant aux choses de ce monde et en revenant en Algérie, j'y ferai renaître des troubles; c’est une chose impossible, et qui ne pourra jamais arriver : n’ayez aucun doute sur moi à cet égard, pas plus que vous n’en auriez en pareille circonstance de la part d’un individu qui est mort, car je me place au nombre des morts : mon seul ilésir est de me rendre à l^Necquc et à Médine pour y étudier et adorer Dieu jusqu'à mon dernier jour.
Salut,
De la part de Abd-el-Kader des Mehheodis, infortuné dans le pays des Français.
En date du 9 Reb'ia sani 1204 (15 mars 1818).
LETTI'.K DU GÉSêBAL CïV.MGXAC.
Alger, 27 mars 1818.
Morsiedr le prlsidext.
Je trauve insérée, au Moniteur officiel de la République, ma nomination au ministère de la guerre. J’ai à regretter que le gouveme-
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DOCDHEKTS UISTORIQDBS.
ment proiÆsoire n’ait pas vniilu accueillir la cominanicatioii si positive qui lui a élé faite. J’ai à regretter qu’en ne m'inteiTOgeant pas, le gniivernement m’oblige à décliner un honneur que je n’ai point recherché, au-devant duquel j’aurais élé s'il eût été convenable de le faire. •
Je ii’acceptc point le ministère de la guerre.
Il me reste à en faire connaître le motif.
.\u jour même d'une révolution lorsqvi’il n’est question que d’une chose, de donner au gouvernement nouveau un gage de dévouement absolu, le nom d’un bon citoyen appartient à la nation; elle en dispose suivant sa volonté. Si donc, le 24 février au soir, mon nom eût figuré au nombre des ministres, j'eusse accepté cette désignation comme j’ai accepté celle qui m’a placé où je .suis.
Aujourd’hui, la Républi(|uc n’a pas besoin d’un sacrifice semblable, et pour entrer dans son gouvernement, il devient utile, nécessaire, que celui qui, par exemple, acceptera le ministère de ta gnerre, connaisse la volonté du gouvernement, soit éclairé sur scs vues. En un mot, les hommes qui sont appelés à composer à l’avenir le ministère de la République, doivent s'être interrogés et rester convaincus qu’ils veulent servir la République de le même manière. Dans les circonstances présentes, si j'avais à enti er au ministère, j'anrais avant tout à savoir quel doit être l’avenir de l’année dont on me confierait le commandement.
Comme soldat, je serai toujours prêt à verser mon sang pour la République, de quelque manière et en quelque temps qu’elle l’exige.
Comme lionimc poliibiue, si j'étais condamné ù le devenir, je ne sacrifierais jamais mes convictions de soldat déjà avancé dans sa carrière ; la République a besoin de son armée. Loin de mon pays, j’ignore aujourd’hui ce qu’e.sl l’armée, où elle est; mais ce que je sais, c’est que si malheureusement elle était profonéément atteinte dans ses conditions d’existence, il faudrait la réorganiser; si clic était inquiète, il faudrait la rassurer; si sa tête était inclinée, il faudra!^ la relever! Voilà mes convictions.
Comme homme politique, je Sais quels .sont les liommes avec qui je voudrais seulement marclicr; mais ceux-là mêmes, s’ils veulent atteindre l’armée, s’ils ne veulent lui rendre, ce qui seul la fera vivre, le sentiment de sa dignité, de son rôle dans tout pays vivant entouré de nations armées elles-mêmes, ceux-là mêmes, je le déclare, ne me compteront pas dans leurs rangs.
Ainsi, jwur être ministre, j’ai besoin de connaître la pensée, la volonté de la Réjuil lique; j’ai Ixssoin d’être certain que je n’aurai pas à mutiler l’armée que je connais depuis bientôt trente ans, de la même main qui a soutenu avec elle la même épée.
Rien ne coûte à dire quand on n’a rien à cacher. Je n’éprouve donc point d’embarras à parler nettement; je ne puis donc être ministre tant que la pensée de la nation ne sc sera point fait connaître.
Et, d’ailleurs, au moment où l’Assemblée nationale va sc réunir»
Dr'
DOCDMENTS HlSTORIQüES.
arriverais i Paris. Pourquoi? pour y résigner un pouvoir qu’il ne me reste pas le temps d’aller prendre. Je dois donc, je le répète, ne point accepter la désignation dont je suis l’objet.
PKTITIOS DES ODVniF.n.s.
Citoyens, la réaction lève la tète; la calomnie, cette arme favorite des liomnies sans principes et sans honneur, déverse de tous côtés son venin contagieux sur les véritables amis du peuple. C'est à nous, hommes de la révolution, hommes d'action et de dévouement, qu’il appartient de déclarer au gouvernement provisoire que le peuple veut la République démocratique; que le peuple veut l'abolition de l'exploitation de l’homme par l'homme; que le peuple veut l'organisation du travail par l’association.
Fine la République! vive le Gouvernement provieoire!