‹ Histoire de la révolution de 1848; (volume 5)Chapitre 31 sur 51 · EXTRAIT D'USE LETT11E DE M. LOUIS BLANC · texte numérisé non relu

EXTRAIT D'USE LETT11E DE M. LOUIS BLANC

Je ne sais vraiment pas où Garnier-Pagès a vu que je soutenais le système des associations forcées. Dans la réunion chez M. Marie, qu'il mentionne (t. IV, p. 89- 94), la question ne porta point du tout sur le choix à faire entre les associations forcées et les associations libres ou volontaires. La question était celle-ci : MM. Corbon, Marie, Garnier- Pagès, Marrast étaient d'avis qu'on encourageât les ouvriers qui voudraient se former en associations, mais en ayant grand soin de renfermer l'encouragement dans le cercle des efforis privés et en repoussant toute intervention bienveillante de l'État. Moi, au contraire, je prétendais que si le principe d'association est reconnu salutaire, propre à élever le moral du travailleur et à influer heureusement sur l'activité sociale, il n'y a pas de raison pour que l'État, en tant qu'il représente la société, soit condamné à se croiser les bras là où l'initiative de M. tel ou tel est invoquée. Donc, sans repousser en aucune sorte l'initiative individuelle, je demandais que l'initiative sociale ne fût point exclue.

Autre question : Ces messieurs voulaient que l'appui donné aux associations lût incondilionnel et sans rapport avec un but général à atteindre. Moi, au contraire, je disais : « S'il est bon que l'application du principe d'association soit encouragé, ce n'est point parce qu'il en peut résulter un accroissement de bien-être pour tels ou tels ouvriers en particulier, mais bien parce que l'association est un moyen pour la classe ouvrière en général d'arriver graduellement à s'affranchir. Si tels et tels ouvriers se forment en association, ici ou là, dans l'unique but de grossir leurs petits profits particuliers, sauf, quand ils seront riches, s'ils le deviennent, à prendre eux-mêmes à leur service des ouvriers et à se faire bourgeois, qu'y aura-t-il de gagné? A côté de certaines associations qui se seront ruinées, quelques autres auront réussi peut-être, comme il y a aujourd'hui des boutiques qui prospèrent à côté d'autres qui succombent. Les plus habiles ou les plus heureux auront trouvé moyen de passer d'une classe dans une classe supérieure, du haut de laquelle ils mépriseront d'autant ceux qui seront restés en bas, selon l'usage presque invariable des parvenus. Et la société n'aura pas fait un pas en avant. La grande question est donc, tout en encourageant les essais partiels d'association, d'aviser à un moyen de rendre général le caractère de ces essais partiels; la grande question est de faire que chaque association se considère comme partie d'un tout, et ne soit point poussée par l'égoïsme à séparer son intérêt de celui de la masse des travailleurs. Pour cela, que faut-

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il? Il faut se garder de donner à telle ou telle réunion d'ouvriers désirant s'associer un appui aveugle et inconditionnel; il faut leur bien faire entendre qu'il ne s'agit pas de ressusciter les corporations, de revenir au régime des jurandes et des maîtrises ; il faut mettre pour condition, aux secours qu'on leur donnera, l'obligation par eux, de tenir ouvertes à ceux du dehors les portes de leur association, une fois formée, de telle sorte qu'elle aille toujours s'agrandissant : résultat facile à obtenir par la création d'un fonds social au moyen d'une retenue annuelle sur les bénéfices, et par l'application de ce fonds à l'élargissement graduel du cercle primitivement tracé. Ajoutez à cela l'organisation de rapports fraternels entre les diverses associations; et alors, au lieu d'une société qui ne fait que tourner sur ellemême, vous aurez une société qui avance. Quand l'État donne une concession de chemin de fer, quand il autorise le creusement d'un canal ou l'exploitation d'une mine, est-ce que la concession ou l'autorisation n'est pî.s. toujours conditionnelle? Est-ce qu'elle n'est pas subordonnée à l'acceptation de certaines clauses stipulées dans l'intérêt général? Eh bien, il en doit être de même quand l'État offre d'aider par des avances une association d'ouvriers. Comme son motif en cela est; non de favoriser quelques intérêts individuels aux dépens des autres, mais de pousser à la réalisation d une grande expérience sociale, il doit stipuler aussi dans l'intérêt général ; il doit mettre un prix à la protection qu'il accorde, et ce prix doit se rapporter à l'amélioration morale et physique de la classe ouvrière tout entière, comme dans une concession de chemins de fer, de canaux, de mines, le prix attaché à la concession se rapporte à des considérations d'intérêts général. Ce n'est point du tout là entrer dans un système à'associatiens forcées, car on ne force personne à accepter le régime d'association si cela ne lui convient pas; mais c'est mettre à une faveur, une condition qui l'empêche d'être un privilège. Libre à vous de vous associer ou de ne pas vous associer; mais, si désirant vous associer, vous voulez de notre appui, nous ne le donnons qu'à des conditions calculées de manière à le rendre fructueux pour tous; car c'est en vue du bien de tous que nous le donnons. Qu'y a- 1— il là qui justifie l'emploi du mot association forcée. Autant vaudrait dire qu'une compagnie de chemin de fer est une compagnie forcée parce qu'elle a à se soumettre à un cahier des charges ! »

Telle fut la question débattue. Si MM. Goudchaux, Marie, Corbon, Garnier-ragès, ne furent pas de mon avis, ce fut précisément à cause de la portée qu'avait ma façon d'envisager les choses. Ils voulaient un petit semblant de palliatif où je voulais un remède; ils voulaient montrer de la bonne volonté aux classes ouvrières où je voulais travailler en grand à leur émancipation. Voilà le point sur lequel nous ne nous entendîmes pas. Mais, ce que M. Garnier-Pagès a oublié de dire, c'est qu'il y avait dans celte réunion un certain nombre d'ouvriers, et qu'à l'exception de ceux que le National avait enrégimentés par Y atelier et M. Corbon, tous les ouvriers présents furent pour moi.

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PROCLAMATION DU GOUVERNEMENT l'ROVFOIRE.

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

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