PROJBT DE PROCLAMATION PRÉSENTÉ PAR V. CONSIDÉRANT
L'Assemblée nationale aux ouvriers de Paris.
Ouvriers nos frères î
Une affreuse collision vient d'ensanglanter les rues de la capitale. Une partie dV-ntre vous ont contraint le gouvernement, pour sauver la République, de tourner contre eux des armes français s.
Des républicains, des frères ont versé le sang de leur frères 1
Au nom de la patrie, au nom de la Révolution qui doit vous émanciper, au nom de l'humanité dont nous voulons tous assurer et organiser les droits sacrés, jetez, jetez ces armes fratricides.
Est-ce pour nous entre-déchirer que nous avons conquis la République? que nous avons proclamé la loi démocratique du Christ, la sainte fraternité?
Frères, écoutez-nous, écoutez la voix des représentants de la France entière : Vous êtes victimes d'un malentendu fatal!
Pourquoi vous êtes-vous soulevés? Les souffrances que nous ont léguées dix-huit mois de crise industrielle et dix-sept années de corruption monarchique n'atteignent-elles pas toutes les classes?
Écoutez-nous : Ici ce sont des chefs d'industrie qui accusent les ouvriers et les ateliers nationaux de la ruine des affaires; là,- des ouvriers accusent les chefs d'industrie de leur détresse.
Cette accusation réciproque n'est-elle pas une erreur funeste? Pourquoi accuser les hommes et les classes? pourquoi nous accuser les uns les autres de souffrances engendrées par la fatalité des choses; de souffrances, héritage d'un passé que tous nous voulons transformer?
Est-ce en nous massacrant que nous nous enrichirons? Est-ce en nous égorgeant que nous fonderons l'ère de la fraternité? Depuis quand la haine et la guerre civile sont-elles productives et fécondes? Où sera le travail si l'émeute agite incessamment Paris? Où sera le pain pour tous, si toutes les industries sont arrêtées par la terreur sanglante de la rue?
Ouvriers nos frères, nous vous le répétons, vous êtes victimes d'un malentendu fatal 1
Ouvriers, on vous trompe, on vous inspire contre nous le doute, la défiance et la haine ! On vous dit que nous n'avons pas au cœur le saint amour du peuple; que nous n'avons pas de sollicitude pour votre sort; que nous voulons étouffer les développements légitimes du prin-
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cipe social de la révolution de Février : on vous trompe, frères, on vous trompe 1
Sachez-le, sachez-le bien : Dans son âme et dans sa conscience, devant Dieu et devant l'humanité, l'Assemblée nationale vous le déclare : elle veut travailler sans relâche à la constitution défini: ive de la fraternité sociale.
L'Assemblée nationale veut consacrer et développer par tous les moyens possibles et pratiques le droit légitime du peuple , le droit qu'a tout homme venant au monde de vivre en travaillant.
L'Assemblée nationale veut consacrer et développer, par des subventions et des encouragements de toutes sortes, ce grand principe de l'association destiné à unir librement tous les intérêts, tous les droits.
L'Assemblée nationale veut, comme vous, tout ce qui peut améliorer le sort du peuple dont elle émane; relever la dignité du travailleur; rapprocher fraternellement tous les membres du grand corps national.
Frères I frères f laissez à vos représentants le temps d'étudier les problèmes, de vaincre les obstacles, de reconstruire démocratiquement tout un ordre politique et social renversé en trois jours par une victoire héroïque; et cessez, oh! cessez de déchirer par des collisions sanglantes les entrailles de la patrie!
l'assemblée nationale a la garde nationale.
Gardes nationaux !
Vous avez donné hier, vous ne cessez de donner des preuves éclatantes de votre dévouement à la République.
Si Ton a pu se demander un moment quelle est la cause de l'émeute qui ensanglante nos rues, et qui tant de fois, depuis huit je ure, a changé de prétexte et de drapeau, aucun doute ne peut plus rester aujourd'hui, quand déjà l'incendie désole la cité, quand les formules du communisme et les excitations au pillage se produisent audacieuscment sur les barricades.
Sans doute la faim, la misère, le manque de travail sont venus en aide à l'émeute.
Mais, s'il y a dans les insurgés beaucoup de malheureux qu'on égare, le crime de ceux qui les entraînent et le but qu'ils se proposent sont aujourd'hui mis à découvert.
Ils ne demandent pas la République. Elle est proclamée.
lie suffrage universel. Il a été pleinement admis.
Que veulent-ils donc? On le sait maintenant : ils veulent l'anarchie, l'incendie, le pillage.
Gardes natiouauxl unissons-nous tous pour défendre et sauver notre admirable capitale. v
L'Assemblée nationale s'est déclarée en permanence. Elle a concentré
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dans la main du brave général Cavaignac tous les pouvoirs nécessaires pour la défense de la République.
De nombreux représentants revêtent leurs insignes pour aller se mêler dans vos rangs et combattre avec vous.
L'Assemblée n'a reculé, elle ne reculera devant aucun effort pour remplir la grande mission qui lui a é'é confiée. Elle fera son devoir comme vous laites le vôtre.
Gardes nationaux! comptez sur elle comme elle compte sur vous.
Vive la République!
Le président de l'Assemblée nationale, Sfxard.
Le 24 juin 1848.