INTRODUCTION. XVII
brasser dans son ensemble et juger selon les règles d'une saine et calme critique la métamorphose qui s'accomplit en France depuis un siècle, et dont la révolution de 1848, bien que ses effets immédiats n'aient point paru répondre à ses promesses, demeure à mes yeux l'une des phases les plus importantes et les plus décisives.
L'état républicain démocratique, proclamé le 24 février par l'accord spontané et en quelque sorte involontaire du peuple et de la bourgeoisie *, n'était point,comme on l'a trop répété, le résultat d'un accident et d'une surprise, d'un coup de main que le hasard avait bien servi. 11 était la conséquence naturelle de cette double initiative du dix-huitième siècle, qui conquit à la fois pour les classes lettrées la liberté de penser et pour les classes laborieuses la liberté d'agir. 11 était le terme où devait aboutir, dans un temps plus ou moins proche, le mouvement philosophique, critique, rationnel, libéral ou révolutionnaire, comme on voudra le nommer, qui, parti des hauteurs de la société, avait ébranlé une à une toutes les croyances sur lesquelles s'appuyait l'autorité de droit divin dans l'état féodal catholique et monarchique. On le peut considérer en même temps comme la manifestation la plus complète jusqu'ici de ce mouvement instinctif qui, agitant confusément les masses populaires, s'ef-
1 . Je me sers à regret de ces deux termes dans le sens étroit et inexact qu'on leur a donné- en 1848, estimant qu'on ne pourrait les remplacer par des termes plus justes sans ôter en quelque sorte Taccent vrai du temps où ils étaient dans toutes les bouches.
XVIII liNTRODUCTION. *
force, depuis 1789, de les faire entrer dans la vie politique, de procurer par l'association libre des citoyens un ordre égalitaire capable de suppléer l'ancienne' hiérarchie féodale, de reconstituer au moyen ^u suffrage universel l'autorité sur la raison commune, de substituer au droit divin le droit humain, en un mot, d'organiser la démocratie.
Ce serait un travail trop étendu et qui m'entraîne- . rait hors de mon sujet, de rechercher par quelle relation secrète, par quelle nécessité cachée les attaques répétées de la philosophie du xvni° siècle contre l'institution de l'Église chrétienne atteignaient à leur insu l'institution politique; comment la négation de la révélation, du péché originel, de l'expiation, de la rédemption par les souffrances d'un Dieu entraînaient à des négations de même nature dans l'ordre social, et devaient offenser, jusque dans le principe même de son existence, une société qui n'était pas même imaginable sans la souffrance et la résignation du plus grand nombre. Il serait intéressant, à coup sûr, de montrer comment des hauteurs de la spéculation métaphysique l'esprit des encyclopédistes descendit dans la réalité, pénétra nos assemblées politiques et par suite toutes les classes de la société française ; mais sans rattacher ainsi le mouvement de 1848 à ses causes les plus éloignées, il suffira, pour s'en former une idée juste, d'expliquer ses causes prochaines et de rappeler dans son caractère général le règne du roi
Louis-Philippe.
L'avènement de la branche cadette des Bourbons»