‹ Histoire de la révolution de 1848Chapitre 21 sur 81 · CXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CXVI INTRODUCTION

tige perdu de la gloire militaire : certes, c'était là une tâche assez haute et faite pour tenter une ambition vraiment royale . Louis-Philippe ne semble pas Tavoir entrevue *. Il s'en est donné une autre inférieure, ingrate, impossible, et qui, pour lui avoir été trop facile en apparence, tournera dans l'histoir eà sa confusion. Il a voulu retenir une nation magnanime au niveau d'une bourgeoisie parvenue, qui, dans ce qu'elle avait de plus étroit et de plus égoïste, lui fournissait le type

1. Le règne de Louis-Philippe ne vit pas même importer en France et accommoder à nos mœurs d'excellentes institutions en pleine vigueur chez d'autres peuples : la Justice grati^ite pour*les pauvres établie en Piémont, les banques agricoles de rAllemagne, les cités ouvrières, etc. Il a été constaté que, de 1830 à 1848, tout l'effort du gouvernement pour résoudre les questions d'amélioration sociale s'est borné à trois circulaires relatives au paupérisme, adressées par le ministre de l'intérieur aux préfets et restées dans les cartons de l'administration.

Quant à la loi sur l'enseignement primaire, promulguée sous le ministère de M. Guizot et si vantée à son apparition, elle parait ■bien timide et bien insuffisante si on la rapproche des livres de ■Condorcet et des idées émises au. sein de la Convention (voirie rapport de Lakanal^ 26 juin 1793). En ne là donnant pas gratuite et en ne la rendant pas obligatoire, M. Guizot réduisait à bien peu de chose en pratique cette éducation populaire dont il posait le principe avec solennité. Les instituteurs primaires, rejetés en dehors de la hiérarchie universitaire, à peine rétribués, sans aucun avancement, sans retraite assurée, se voyaient pla- ■cés dans des conditions si infimes qu'il leur devenait impossible d'exercer Tinfluence et de remplir la mission auxquelles on semblait les appeler. Dans la discussion à la Chambre des députés, M. Salverte fit sentir une autre lacune de cette loi en demandant qu'on ajoutât au programme de l'instruction primaire la connaissance des droits et des devoirs du citoyen; Pour les écoles de filles, la loi, comme on Ta «reconnu plus tard, laissait tout à faire.

INTRODUCTIOiN. XXVIf

et, pour ainsi parler, la matière de son gouvernements On a reproché à ce prince d'avoir manqué de grandeur; mais ce n'est point assez : l'histoire sévère doit l'accuser aussi d'avoir manqué d'amour. Non assurément qu'il ne fût porté par nature à la bonté, à la tolérance, à une sagesse toujours inclinant au pardon; mais sagesse et bonté demeuraient en lui stériles, parce qu'elles n'étaient point animées de cette chaleur généreuse qui fait les rois pères du peuple. Louis-Philippe n'aima point les classes laborieuses.. Il les considérait comme une force aveugle dont on ne devait attendre que le désordre. Il n'aima pas non plus cette bourgeoisie à laquelle il s'efforçait de com-^ plaire, car il s'employa sans relâche à l'asservir en l'avilissant, et se fit un jeu de tromper le vieil esprit parlementaire et municipal qui vivait encore en elle, en masquant, sous l'appareil des formes représenta-, tives et du langage républicain, un gouvernement qu'il voulait exclusivement dynastique et personnel. Indévot, indifférent à la philosophie, il assista passivement aux luttes de l'Église et de l'Université, et Hvra, sans en prendre souci, à la direction contrairede ces deux puissances hostiles, l'esprit déconcerté de la jeunesse française. S 'attachant obstinément à maintenir la paix, sans tirer de la paix autre chose qu'une prospérité et un repos mensongers; s'infatuant de la médiocrité de ses pensées à mesure qu'il la voyait plus généralement partagée ; se félicitant de sa sagacité à mesure que le pouvoir et l'expériencelui montraient les hommes plus aisément corrupti-^

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