‹ Histoire de la révolution de 1848Chapitre 33 sur 81 · XL INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XL INTRODUCTION

1830, au sein des masses. Ils songeaient à peine au peuple, ou, du moins, s'ils y songeaient, c'était tantôt comme à un soldat que Ton pousserait au premier jour vers le Rhin pour s'y faire tuer, tantôt comme à un nécessiteux que l'on tiendrait facilement en repos au moyen de quelques aumônes parcimonieuses. Le génie populaire était muet pour eux. Ce fut leur perte au jour de la lutte ; ce sera leur condamnation dans l'histoire.

Les idées démocratiques, radicales, révolutionnaires, n'étaient représentées à la Chambre des députés que par un .très-petit nombre d'hommes, parmi lesquels M» Ledru-Rollin jouait, depuis 1841, le rôle principal» Le pouvoir redoutait peu cette opposition discréditée dans le pays par un ton violent de menaces restées depuis longtemps sans effet, et par des attaques mal concertées. Accoutumées à leur rôle subalterne , les majorités, d*ailleurs, ne voulaient point être éclairées» Elles, Votaient coup sur coup toutes les lois répressives souhaitées par le pouvoir, sans songer à trouver étrange cette législation purement négative * d'un peuple que l'histoire nous montre toujours impatient d'agir , courant plutôt que

f. Depuis 1830 oii compte sept lois répressives votées par des majorités considérables : loi du 29 novembre, qui punit les offenses contre le roi et les Chambres ; loi du 8 avril 1831^ relative aux délits de presse; loi du 10 avril 1831, contrôles attroupements ; loi du 16 février 1834, contre les crieurs publics ; loi du 10 avril 1834 contre les associations; loi du 24 mai 1834, contre

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marchant à la tête de la civilisation européenne. Les journaux subventionnés par le gouvernement servaient avec zèle tantôt les pensées intimes du roi, tantôt sa politique officielle, toujours les intérêts du pays légal. Le Journal des Débals, fondé sous le Consulat par les frères Bertin, et qui devait une grande importance à la supériorité de sa rédaction littéraire, la Bévue des Deux-Mondes, où s'exerçaient à la polémique de jeunes écrivains chargés de louer les médiocrités en crédit et de rabaisser les renommées que soutenait un caractère incorruptible, étaient, le premier avec plus d'expérience et d'autorité, la seconde avec plus d'ardeur et de fantaisie, les organes accrédités de la politique conservatrice, de l'esprit libéral et universitaire. Ecrire dans le Jour^ nal des Débals ou dans la Revue des Deux-Mondes, c'était se créer un titre à toutes les faveurs et s'ouvrir toutes les carrières. Le Conslilulionnel et

la Presse avaient aussi, bien qu'à un moindre degré, leur part dans les largesses ministérielles. Quant au Siècle, sous l'influence des orateurs de ce que l'on nommait alors la gauche dynastique, il restait dans une mesure d'opposition* tempérée qui portait peu d'ombrage et peu de préjudice au pouvoir.

Les journaux qui défendaient les intérêts populaires et l'esprit de la Révolution n'avaient qu'une publicité restreinte ; ils ne pouvaient se soutenir que

les détenteurs d^annes ; loi du 9 septembre 1835, contre la presse et le jury.

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