X PRÉFACE
lution, qui fut, en 1792, un essor héroïque de la na~ tion, en 1830, un calculhardi de la bourgeoisie, en 1848,. un élan des classes populaires, est, en 1862, la nécessité même des choses. Les assises morales de la société ancienne sont irréparablement ébranlées. Au spin d'un ordre apparent, chaque jour voit s'aggraver le trouble des esprits. Plus de lien, plus de tradition ; entre hier et aujourd'hui, entre aujourd'hui et demain, rien qu'incertitude et désaccord ; entre les générations qui se suivent, rien que malentendu, méconnaissance mutuelle.
La jeunesse, que l'on accuse d'indifférence, souffre de ce malaise beaucoup plus qu'on ne le sait. Elle \& supporte d'autant plus impatiemment qu'il est plus^ contraire à ses instincts. Isolée, réfoulée dans l'âge de l'expansion, saisie, avant toute expérience, d'un désabusement prématuré, elle s'attriste, beaucoup plus que nous ne le croyons, de cet esprit de critique qui la possède ; et c'est très-injustement qu'on le lui reproche, puisqu'il n'est, après tout, qu'une peine subie pour des fautes qu'elle n'a pas commises.
Quant à moi, si je dois .dire toute ina pensée, loin de considérer comme un mal les dispositions présentes de la jeunesse, je serais tentée plutôt d'y applaudir. Loin de m'inquiéter, ce doute sérieux et sincère qu'elle porte sur toutes choses me rassure. IL m'apparaît, non comme un ennemi, mais comme un
auxiliaire de la Révolution. J'y trouve, plus sûrement