‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 4)Chapitre 1 sur 29 · Histoire de la Révolution de 1848 · texte numérisé non relu

Histoire de la Révolution de 1848

J'ai écrit Fliistoire de la chute de la Royauté, des journées de Février, du Gouvernement provisoire, des révolutions en Europe. Il me reste à compléter Thistoire de la Révolution de 1848 par la Commission executive.

J'accomplirai cette œuvre avec la même impartialité, avec les mêmes scrupules, n'énonçant pas un fait qui ne soit le résultat d une enquête, de témoignages multiples ou de documents irrécusables.

Jamais époque ne fut plus féconde en incidents dramatiques : Inauguration d'une Assemblée constituante, la première élue par le suffrage universel ; souveraineté du peuple exercée par les représentants du peuple; nomination d'un pouvoir exécutif révocable ; violation criminelle et néfaste de l'Assemblée par une foule en délire, surexcitée par des meneurs, les uns de bonne foi

mais ivres de leur propre passion^, les autres soudoyés pailes partis et par Fétranger ; travaux législatifs prépal'atoires immenses; constitution projetée; liberté poussée jusqu'à Texcès; grève générale du travail; souffrances véritables et simulées; liquidation des dettes de la monarchie; clubs en permanence; ateliers nationaux inactifs; réapparition du bonapartisme; attroupements incessants; complots sans trêve des prétendants et des sectes; journées terribles et sanglantes; guerre fratricide; vengeances et représailles barbares ; vitalité delà République survivant à ses désastres.

Pour peindre ces tableaux si sombres et si grandioses, il faut s'oublier soi-même. Dévoiler virilement au [)euple ses égarements, ses fautes, et aux partis leurs manœuvres coupables, exige une âme impassible devant les violentes attaques auxquelles s'expose tout homme qui veut accomplir un grand devoir. En est-il un plus élevé que celui (jui va recueillir dans les douleurs du passé renseignement tutélaire de l'avenir ? Jamais, non jamais leçons plus terribles, plus éclatantes, ne furtMiT données aune nation! Le peuple méconnaît ses amis, p(»ui' céder aux suggestions égoïstes ou hostiles; il tient dans ses mains toutes ses libertés, tous ses droits, et il rêve l'impossible ; il poursuit des chimères et tombe dans les pièges tendus à sa crédulité; ils'enchaine au souvenir tronqué, falsilié, d'un nom fatal à la France; et, convulsionné dans son aveuglement, se déchirant de ses propres

mains, il so ])r('H'i])ito dniis le cumljnt sous le (Iraju-ini de riiicoiiiiu.

l/expijitiuii (levait être hniguc et doiiloiirciisi' : livre ail despotisme, sous le joug et dans les ténèl)res, lei)('U|)lc a-t-il au moins eu le sentiment de ses erreurs, et entivvii la lumière? a-t-il appris à distin^uuer le viai du Taux, le juste de Finjuste, le praticable de rimpraticable, le progrès de ce qui n'en est(|ue l'apparence? a-t-il a})pris à marcher droit et ferme en avant, ;ï voul(»ir et à se diriger ? a-t-il acquis les vertus indispensables jxair se gouverner? saura-t-il à la fois faire sa loi et lui obéii-? Je rignore, mais je l'espère et je fais des vœux ardents l)()ur qu'il en soit ainsi. Puissé-je, par cette œuvre, faire jaillir une seule étincelle dans la nuit qui nous enveloppe encore! Il me restera du moins la ])aix de la conscience de Fhomme qui a rempli sa mission.

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