LIVRE VI
à vaquer en Espagne, sept mille cinq cents ducats de pension au profit de quelques-uns des nouveaux évoques des Pays-Bas '.
Trois des abbayes du Brabant étaient destinées, dans la nouvelle combinaison , à former la dotation d'autant de sièges ; cétaient l'abbaye d'Afflighem pour l'archevéebé de Malines ; Tabbaye de St-Bernard sur TEscaut pour Tévéché d'Anvers, et l'abbaye de Tongerloo pour l'évéché de Bois-le-Duc. Les principales abbayes ou fondations des autres provinces devaient rece» voir une destination analogue.
Quelque délicate que fût cette aïïaire, le pape avait voutu qu'elle se réglât dans un consistoire public, et les pièces en avaient été délivrées aux cardinaux. Des copies en furent bientôt envoyées dans les Pays-Bas, où les moines, dont les bénéfices devaient être annexés aux nouveaux sièges, employèrent désormais tous leurs efforts pour entraver la négociation *. Granvelle
I Correspondance de Philippe 11, t. I*^, p. 490. Lettre du W mai 4560. — Philippe II écrivait à Granvelle, d'Aceca, K% mai 4560 : « Je me rappelle d*avoir cherché à vous persuader, pendant mon'séjour daus les Pays- Bas, de la nécessité et convenance qu'il y avait à ce que vous acceptassiez votre nomination à Tarchevôché de Malines. Je persiste dans les mêmes sentiments, attendu que je ne pourrais élever à cette dignité personne qui la méritât davantage. En effet, vous réunissez en vous toutes les qualités désirables au plus haut point, offrant une double garantie : Tune pour le service de Dieu, puisque vous résideriez ordinairement dans le ressort de votre Église ; Tautre pour mon service, puisque Bruxelles, siège ordinaire de la cour, est situé dans le diocèse de Malines. Prenant doue, tout à la fois, dans la plus sérieuse considération Tappui que vous pouvez prêter aux affaires publiques et à celles de la religion dont vous auriez la direction principale, ainsi que le dévouement qui vous anime, je persévère dans ma première résolution de vous appeler à ce siège. Je vous prie avec instance d^accepter cette offre...» Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. VI, pp. 83 et 84.
' Lettre de Granvelle à Gonçalo Peiez, du 24 janvier 4564. Corre«pondancede Philippe 11, t. 1", p. 492.
26l6 les pay$-bas socs PHILIPPB II.
estimait que tout le mal venait de l'avarice de la chanœllerle romaine ; selon loi, elle subordonnait au payement d*une somme de douze mille ducats l'expédition des dépêches publiques relatives à la dotation des sièges et à l'union des abbayes et des bénéfices. Or, le trésor des Pays-Bas était si épuisé à cette époque qu'on n'avait pas même les moyens de faire partir un courrier lorsque cela était nécessaire. Granvelle pensait que la dépêche publique aurait dû être expédiée gratuitement ; que même, à Rome, on aurait dû prier pour cela, puisqu'il s'agissait d'une afiTaire qui importait tant à la religion, et particulièrement au soutien de l'autorité apostolique dans les Pays-Bas '.
Gomme la première place dans la nouvelle organisation ecclésiastique du pays avait été réservée à Granvelle, cette promotion devait l'exposer plus directement aux attaques passionnées dont était l'objet l'augmentation des sièges épiscopaux. 11 semble pourtant avéré que l'évêque d'Arras ne participa nullement à la conception de cette mesure grave et inattendue. Il existe un mémoire de sa main dans lequel il se défend avec énergie d'avoir inspiré cette innovation : « On a avancé, dit-il, que j'étais l'au- «( teur de cette nouveauté ; on me l'a imputée à ambition, comme « si par ce moyen j'eusse prétendu à l'archevêché de Malines* V Mais en cela nul ne peut me donner meilleur témoignage que le <t roi, et je l'ai, écrit à moi de la main propre de S. M. ; par « cette lettre, elle me dit que l'on me faisait grand tort, confesu san^que, en cette négociation, elle s'était cachée de moi, u d'autant que les trois évêques que nous étions alors et moi la « contredisions , parce qu'il était plus honorable d'être un des « quatre qu'un des dix-sept. Et je n'avais pas besoin de ce titre <( pour croître en dignité, étant déjà cardinal et évêque d'Arras.
' Lettre de Gninvelle à Gonralo Perez, du 5 février 4 661. -- Oper. cit., p. 493.
LivRB VI (l560--i56f). 267
<c Quant au profit, je puis prouver que, pour le revenu, j'at •i essuyé perte notable. Longtemps aussi je refusai d'accepter « l'archevêché deMalines, et je ne l'acceptai enfin qu'à mon <c très-grand regret. S'il était bien ou non de créer ces évéchés, tt je le laisserai débattre; il mesu£Bt que je n'y. eus part, ni tt que S. M. ne m'en parla jamais que lors de son départ des u Pays-Bas, après que les bulles eurent été dépêchées ' . »
Lorsque l'opposition était dans toute sa force, Granvelle écrivit à François Yargas , ambassadeur d'Espagne à Rome : « Plût à « Dieu que jamais on n'eût songé à ériger ces Églises ' ! » 11 est vrai que Granvelle exprimait des sentiments tout différents dans une lettre adressée à Gonçalo Perez, le 20 mars 4560. Il disait alors qu'il considérait l'érection des nouveaux évôchés comme si avantageuse pour les Pays-Bas, et si nécessaire pour le soutien de la religion, que non-seulement il ne voudrait en aucune manière l'entraver, mais qu'il serait prêt au contraire à y contribuer de sa fortune, de son sang et de sa propre vie ^. Du reste, il n'avait point tardé à répondre à Philippe II qu'il acceptait l'archevêché deMalines 4.
1 Archives de ta maiêon dVrange-Nasêau, L I'% p. 76. ' Oper. cit», p. H 7. Lettre du 44 septembre 1561.
• Correspondance de Philippe 11, 1. 1", p. 489.
* Cette réponse mérite aussi d'être citée; elle est du 20 mai 4560.
« Quant à rarchevéché de Malines, disait Granvelle, bien que je ne
me dissimule ni les embarras que son acceptation entraînera inévitablement pour moi, ni les difficultés qui s'offriront dans la conduite de ce diocèse ; bien que je prévoie qu'on s'adressera de tous cêtés au métropolitain, qu*on recourra même oontre lui, et qu'il deviendra, de nécessité, pour un grand nombre de personnes, un objet de haine et de malveillance ;
bien que je connaisse mon peu de force comme V. M. m*a signifié sa
volonté d'une manière si expresse, il n'est rien de si impossible que je ne doive du moins l'entreprendre. Je souscris donc au choix qu'elle a bien voulu faire de ma personne, et n'épargnerai rien pour le justifier autant
Oq peut inférer de ces témoignages que Granvelie ne reçut pas d'abord les confidences du roi , mais qu'il se garda bien cependant de s'opposer à l'innovation décidée par Philippe H; lorsqu'il en eut connaissance. Toutefois , il peut avoir regretté ensuite, comme une faute politique , une mesure qui lui était non-seulement favorable, mais qui, encore, avait incontestablement pour bat d'affermir la religion.
L'opposition devint plus vive qu'on ne pouvait s'y attendre.
Les anciens évéques soutenaient que, par la création de nouveaux sièges , on avait diminué leur importance. De leur c6té, les moines se plaignaient de la diminution de leurs revenus et prétendaient que , contre lusage observé de tout temps, on leur Atait le droit d'élire leurs abbés et de les choisir dans leurs ordres ; ils représentaient aussi que les abbés, toujours nationaux, n'avaient à cœur que l'avantage du pays, tandis que des évéques, placés par le pape et sur la désignation du roi, n'oublieraient jamais leur dépendance à l'égard des cours de Madrid et de Rome. Pour ce qui la concernait, la noblesse voyait avec dépit la substitution des nouveaux évéques aux abbés dans les assemblées des états ; ils ne se dissimulaient point que le rang élevé des chefs de diocèse leur assurerait une autorité qui contrebalancerait bientôt l'influence de l'aristocratie. Tel avait été d'ailleurs le but de Philippe 11 en réclamant l'union des abbayes aux évéchés : il voulait contrecarrer l'influence de la noblesse dans les états et surtout celle du prince d'Orange dans les assemblées du Brabant'. Enfin, les grands se plaignaient
qu*il esi en mon pouvoir, dans la confianoe que Dieu, qui connaît ma bonne volonté , m'aidera à suppléer à ce qui me manque de force. G*est dans cet esprit que j'ai répondu à Madame (la duchesse de Parme] lorsqu'elle
m'a parlé de celte affaire au nom de V. M » Papiers d'Èial du cardi-
fiai de Granvelie, t. VI, pp. 97 et 98. 1 Grauvelle en fit plus tatxl Taveu formel. Voir Archives de la niaison
LiVHE VI (1561—1563). â6î)
encore qa'une mesure aussi importante n*eût pas été soumise préalablement aux délibérations du conseil d'État. Une chose qui avait également déplu beaucoup, particulièrement à la noblesse, était la clause insérée dans la bulle d'érection et par laquelle le grade de docteur était exigé pour les nouveaux sièges : les nobles , qui avaient généralement négligé de prendre des grades, et beaucoup de moines , qui se trouvaient dans le même cas, se sentirent atteints par cette mesure. Enfin , les réformés et ceux qui penchaient pour les nouvelles doctrines regardaient la création des nouveaux évéchés comme un moyen de faciliter l'établissement de rinquisition d'Espagne. On alla même jusqu'à dire que Bernard de Fresneda , cordelier , évéque de Guença et confesseur du roi d'Espagne, avait divulgué cette ruse et s'en était vanté à quelques-uns des principaux seigneurs des Pays-Bas K L'opposition cependant ne devint sérieuse que dans le Brabant *. Elle était entretenue par les religieux de Tongerloo et do St-Bernard, forts de l'appui du prince d'Orange et du marquis de Berghes, ainsi que de l'assistance qu'ils trouvaient dans les états mécontents de n'avoir pas été consultés. Ceux-ci résolurent d'envoyer secrètement à Rome Charles Dumoulin, célèbre juris-
d'Orange-Nassau, t. VIII, p. 96. — Le prince d'Orange siégeait dans les états de Brabant comme possesseur de la baronnie de Diest el d'autres domaines situés dans cette province.
t Voir Strada, lib. II; Bbntitoouo, liv. !«; Cotrespondance de Philippe II, t. J»>-, pp. 203, 248 et 968; Wbssnbbkb, Deêcriplion de feskit des Payt-Boê, paêsim; Lb Pbtit, Hv. IX.
' C/est ainsi que le comte d'Egmont, à qui le roi avait écrit de sa main d'après les suggestions de Granvelle, se montra d'abord favorable à la création des nouveaux évéchés. Il disait qu'il lui semblait bien qu'à Bruges etàTpres, qui étaient de son gouvernement, l'on envoyât des évèques. Mais il ne tarda point à se refroidir. ~ Granvelle au roi, 42 mars 4562, dans les Archives de lamaitoti d'Orange- Nassau, t. Iw,p. 426. Fotr aussi Papiers d'État du cartiinal de GranveVe, t. VI, pp. 260, 278 et 534.
S70 LES PAYS-BAS SOUS PHILiPPK II.
consulte français ', pour supplier le pape de ne pas souffrir qu'on partageât les biens des monastères avec les nouveaux ôvéques contre Tintention des fondateurs; d'empédtor que les moines fussent privés du droit ancien d'élire parmi eux des abbés et de ne pas permettre que les évéques fassent dotés et entretenus d'autres deniers que de ceux du roi. On joignit à ces instructions des lettres particulières adressées au pape et aux premiers de Borne par le prince d'Orange, et principalement par le marquis de Berghes dont Dumoulin avait été le précepteur. 11 était en outre porteur d'une grande somme d'ai^ent pour fedlKer le succès de ces négociations *. Du reste, plus de trente mille florins furent dépensés par les états de Brabant en consultations de juriscon* suites et docteurs éminents de France, d'Allemagne et d'autres lieux ^ Tous ces avis, contraires aux mesures projetées, furent
I Dumoulin, en latin Molinœus, était né à Paris vers la fia de Tannée 4500. Il était issu d'une famille noble, alliée à Anne de Boleyu, mère delà reine Elisabeth a'Augleterre. Après avoir d'abord adopté les doctrines de Calvin, il les abandonna pour le luthéranisme de la confession d'Augsbourg. Cet abandon de la foi catholique ne Tempècha point de se mettre bien en cour pendant la rupture survenue entre Henri II et le pape iules III. II écrivit un commentaire célèbre pour prouver la légalité de Fédit par lequel le roi de France défendait de foire passer de Targent à Rome, sous quelque pré- . texte que ce fût. A cette occasion Anne de Montmorency dit au roi en lui présentant Dumoulin : v Sire, ce que V. M. n*a pu faire avec trente mille hommes, ce petit homme Ta achevé avec un petit livre. • Toutefois Tautorité du parlement put à peine le soustraire aux persécutions que les ultramontains lut suscitèrent ; sa maison fut pillée et sa vie en danger ; il ne la sauva qu'en cherchant pour quelque temps un asile en Allemagne. Biographie univeneUet t. XII. — Voir aussi, sur les écrits de Dumoulin en faveur du pouvoir temporel, Histoire de France, de L. RâNKB, t. II, p. 45, de la traduction française.
> Strai>a, lib. III.
> Mémorial de Hoppbros, I** partie, cbap. V. «r « Les représentations et « les mémoires des meilleures plumes du temps contenaient des argu--
LITRE VI (i86â). 271
envoyés à Rome pour que Dumoulin en ftt usage. La duchesse de Parme, qui n'ignorait point les manœuvres des étal6, en avertit François Vargas. ambassadeur de Philippe IT à Rome, et lui prescrivit de prévenir le pape, d'observer Dumoulin, et de rompre des efforts qui devaient être contraires au bien de la religion et aux pieuses intentions du roi. Dumoulin, cependant, ne fut point sans influence à Rome, mais il vint trop tard pour changer ies résolutions déjà prises ' . Son intervention ne servit qu'à indisposer vivement Philippe II contre les membres des états qui avaient autorisé cette démarche ; il voulut même savoir leurs noms et désira que la duchesse de Parme se souvint d'eux, pour les châtier lorsque l'occasion s'en offrirait. A la vérité, Granvelle avait dépeint le docteur DumouHn au roi comme « plus grand hérétique que Luther, lui qui, sous Henri II, lors de la guerre avec le pape Jules TÏT, avait osé le premier écrire et faire imprimer des livres contre l'autorité du siège apostolique '. »
• ments et des raisonnements établis sur de grands principes, sur le droit
• divin, les droits humains, les lois fondamentales des provinces et les
• privilèges de chacune. 11 était démontré, par la prohibition notoire,
• sans exemple du contraire, que c'était inouï de tolérer en ce pays ni « démembrement de diocèses, ni commande d'abbaye, ni translations de a fonds sacrés contre l'intention des fondateurs. • Vavdbr Vtnckt, Histoire (les troubles des Pays-Bas, t. I",p. 433.
I Straoa, lib. III.
' Granvelle au roi, 44 juin 4562, et réponse du roi du 47 juillet, dans la Correspondance de Philippe 11, t. I'', p. ÎW. — A ces invectives, il convient d*opposer un portrait plus fidèle : • Dumoulin , comme beaucoup dliommes savants de cette époque, <ivaft été séduit par Tattrait d*onc réforme religieuse. Son esprit, à la fois ardent et méthodique, s'était élevé contre les usurpations de la chancellerie romaine, la sacrilège vénalité des indulgences, et beaucoup d'autres abus nés dans les temps barbares et qu'avait ignorés l'Église primitive. En les combattant d*abord en jurisconsulte, il fi ni I jiar se passionner en théologien, et il adopta sur
Les états de Brabant avaient également envoyé deux députés près du roi à l'effet de lui représenter que l'union des abbayes aux nouveaux sièges épiscopaux était une infraction à leurs anciennes coutumes, à leurs droits et privii^es, dont l'observation avait été jurée par lui. Pour donner plus de poids à leurs représentations, ils avaient même refusé les subsides De son côté, Granvelle prévint le roi (46 janvier 4562) que le privilège, dont ceux de Brabant se proposaient de se servir à Madrid, avait été extorqué autrefois à Marie de Bourgogne et avait été révoqué depuis, avec une clause de peine de mort contre ceux qui Tailleraient ou s'en serviraient '. Philippe répondit, en conséquence, aux états de Brabant (27 février 4562) qu'il ne voudrait violer en quoi que ce fût les promesses qu'il leur avait faites dans sa Joyeuse entrée, mais que l'article de ce pacte fondamental, sur lequel ils s'appuyaient, interdisait, à la vérité, de donner les abbayes en commende, mais non de les unir, ou d'en appliquer les revenus aux évéchés. Les états, ne se tenant pas pour satisfaits, continuèrent leur opposition.
Au mois de décembre 4 561, Granvelle avait pris, par procureur, possession de l'archevêché de Malines. Les évêques nommés de Middelbourg, de Bruges, d'Ypres, de Harlem, de Namur et de Saint-Omer purent aussi prendre successivement possession de leur nouvelle dignité. Mais dans les autres villes épiscopales,
la prédestination et la gr&ce les dures opinions de Calvin. Puis il réprouva quelques pr^ugés de VÉglise de Genève, et chercha plus de modération et d^indépendance dans le luthéranisme. Enfin, trouvant partout violence et guerre civile, il se refroidit pour lep' dogmes de Luther, et parut s*arréter aux maximes de TÉglise gallicane, dont il se montra le défenseur le plus savant et le plus hardi. » Villemain, dans la Vie de l'Hôpital, — Dumoulin, après une vie très-agitée, mourut le 27 décembre 4566, dans le sein de la religion catholique à laquelle il avait fait retour, i Correspondance de Philippe II, t. I*», p 499.
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le peuple, à qui l'on dépeignail les nouveaux évéques comme les précurseurs de l'inquisition espagnole, se montrait si ému que Ton jugea prudent d'ajourner l'installation pour qu^elle ne devint pas le rignal des excès les plus graves '.
Le magistrat de la ville d'Anvers se trouvait surtout dans la plus grande perplexité. D'un cAté, la commune le sommait de la maintenir dans ses privilèges et libertés ; de l'autre, la cour le requérait de recevoir Tévéque, c'est-a-dire de faciliter, selon les préjugés populaires, rétablissement de l'inquisition *. Le magistrat finit par envoyer à la cour un mémoire détaillé dans lequel il signalait les craintes de cette ville si commerçante, si peuplée et fréquentée par tant de nations. La régente répondit (S3 janvier 4562) qu'il n'était pas question d'introduire Tinquisition à Anvers ni de lui porter préjudice en rien, mais plutôt de favoriser cette importante cité ; que, néanmoins, elle soumettrait la requête au roi. Philippe régla sa réponse sur celle qui venait d'être faite par le gouvernement de Bruxelles. Une seconde requête eut le même résultat. Alors Tadministration urbaine, voyant Tagitatton croissante du peuple, résolut d'envoyer directement des députés en Espagne. CSeux-ci ne dissimulèrent point à Philippe 11 Tinquiétude i^pandue parmi les marchands étrangers et lui demandèrent l'autorisation de résider à sa cour, jusqu'à ce qu'on eût trouvé le moyen de concilier la volonté royale avec la sécurité de la ville. Cette autorisation leur ayant été accordée, ils en informèrent le magistrat et le conseil d'Anvers, qui leur adressèrent de nouvelles instructions plus pressantes. Gomme remède, extrême, ils devaient proposer
' Aux évéques cilés, il faut ajouter celui de Bois-le-Duc qui fut installé le dernier et longtemps après les autres.
' Le prélat désigné pour le siège d'Anvers était PliiHppe Nigri. U mourut le 4 janvier 4562, avant d*avoir été sacré.
au roi d'établir pour tout ie firabant un évéque à Louvain, lequel n'aurait pas eu plus de juridiction sur Anvers que n*en eierpait Tévéque de Cambrai, ancten diocésain. Informés que cette pro* position serait, comme les précédentes, renvoyée aux Pays*Das et soumise à Tovis de la gouvernante, les députés suppKèrent le roi que, dans ce cas, il lui plût de demander aussi l'avis des chevaliers do la Toison d'or et celui des conseils et états des provinces. Mais, en cinq mois, malgré toutes leurs instances, ils ne purent obtenir une décision. Un des députés, obligé par son état maladif de solliciter son congé, reçut cependant du roi l'assurance verbale que rinquisitton ne serait pas introduite à Anvers. Plus tard, il en fut dit autant aux autres députés, et enfin ils furent congédiés le â août 4 563 avec la déclaration écrite « que Sa Majesté tiendroit quelque temps cette af&iire d'Anvers en surséance. » Hn effet, Philippe manda à la duchesse de Parme (40 août 4563) qu'il avait jugé bon de répondre aux députés d'Anvers que provisoirement laffuire de l'évéché de cette ville resterait en suspens, et qu'il verrait plus tard ce qu'il conviendrait le mieux de faire '. Les lenteurs de la cour de Rome avaient favorisé la résislanct! dos états. L'ambassadeur du roi ne pouvait obtenir Texpédition dos bulles touchant la dotation des nouveaux évéques. Les Espa-
I Jacques di Wesenbeke, conseiller pcnsionnairo de la ville d'Anvers, et Tun des trois députés euvoyés à Madrid, a raconté les incidents de cette négociation dans la Description de l estai, succès et occurrences advenues au Pafs-Bas au fait de la religion, 4 vol. in-42 (imprimé en août 4569,. Folr aussi Mémorial de Hopperus, I<« partie, chap. Y.; EmrANDBt dsMite- RBN, liv. II, et Correspondance de Philippe //, t. I«r, p. 363.*-Ce ne fui qa à 1 époque où le duc d'Albe eut pris le gouvernement des Pays-Bas que Ja buspension consentie par Philippe II fut révoquée et Tévéque d* Anvers installé; en 4569, Philippe II nomma au siège de cette ville François Sonnius, d'abord évoque de Boi&-lc-Diic et saoré , en cette qualité , dans le coars de raonéc 4506. «-- Les évéchés de Ruremonde, de Deventer, de Groningue et de Leeuwarde demeurèrent aussi vicanls.
uvHK VI (ISeS-^iStiS). 375
gnols altribuaieDt vdéme ce rotard au mécontenlement du nouveau f>ape fomenté par quelques-uns des siens qui ne pouvaient oublier que, pendant le dernier conclave, l'ambassadeur de Philippe. Il avait employé tonte don influence pour faire étire le cardinal Pacecco au détriment de Pie IV ^ Au mois de mars f 562, on ne possédait encore que quatre bulles pour Malines, Utrecht, Middelboui^ et Harlem. On n'osait pas en parler, mandait Gfanvelle à Gonçalo Perez, « parce que comme elles portaient (]ue, •K des neuf gradués (qui devaient posséder les prébendes àtta- « cbées à chaque si^e) Tan sera inquisiieur, il n'en faudrait pas 4t davantage pour donner de la consistance aux bruits qu'on a « bit courir que, sous prétexte des nouveatix évéchés, on veut «t introduire aux Pay&Bas l'inquisition d'Espagne. » Aussi Granvelle résolutr-il d'écrire à Rome pour faire changer cette clause et la remplacer par celles « que les gradués seront obligés d'as- «( sister Tévéque dans les choses où il voudra les employer, tou- « chant son Église et son diocèse. » Il pensait que ces tei'mes suffiraient, <> car, ajoutait-il, quoique cela ne se dise, il est clair « que l'évéque est inqyisiieur ordinai)^ ; mais il faut 6ter les pa- «I rôles qui déplaisent \ »
Les abbés de Brabant consentirent enfin à Térection de l'archevêché de Maltnes et è celle d'un évéché soit à Bois-le-Duc, soit dans une autre ville } et, pour que ées deux sièges pussent être dotés, sans qu'on y annexât des abbayes, ils voulaient donner huit mille florins et le reste du clergé pareille somme. Bien que cette proposition. ne répondit pas tout à fait aux désirs du roi, puisqu'elle tendait à supprimer un des sièges créés par h\ bulle de Paul IV, la duchesse de Parme, qui sVtait personnellement employée dans cette négociation, trouva qu'on avait obtenu
I SraADA, lib. Jll. — Paul IV était mort le 4S août 4539. ' Correspondance de Philippe II, t. l", p. ÎOO.
276 LBS PATS-BAS SOUS PHILIPPE II.
beaucoup, si l'on considérait les diflScultés qui résultaient, pour le vote des aides, de la question d'union des abbayes, et que les états des autres provinces, déterminés par Texemple du Brabant, ne mettraient plus d'obstacle à l'érection des nouveaux si^es. En conséquence, la duchesse pria le roi de se contenter de ce résultat. Elle faisait aussi remarquer que la ville de Louvain et le troisième membre de la commune de Bruxelles ne voulaient donner leur consentement au vote des subsides ordinaires, avant de connaître les intentions du souverain sur ce point. Les abbés, ajoutait-elle, avaient élevé toutes sortes de prétentions impertinentes : ils auraient voulu, entre autres, que le roi n'eût plus la nomination des chefs d'abbayes ; mais enfin, ils s'étaient désistés de cela et s'étaient contentés de demander que, lorsque Tune d'elles viendrait à vaquer, il y fût promptement pourvu, et que les informations sur le mérite des candidats fussent prises par deux abbés de Tordre, auquel elle appartiendrait, et un commissaire de la cour '.
Philippe II accueillit ces propositions. Le 30 juillet 1564 intervint, avec les abbés de Brabant, un concordat par lequel le roi s'engageait à obtenir du saint-siége que les abbayes dt? St-Bernard, de Tongerloo et d'Afflighem subsistassent dans leur état actuel, à condition qu'elles payeraient huit mille florins annuellement, qui seraient affectés à la dotation de Tarchevéché de Malines et de l'évéché de Bois-le-Duc.
Des arrangements qui intervinrent alors et plus tard, il résulta que l'archevêque de Malines eut entrée aux états de Brabant, en vertu du titre d'abbé d'Afflighem. De même, après l'installa-
1 Lettre de la duchesse de Parme, du 45 septembre 4563, dans la Correspondance de Philippe II, t. !•', p. 269. De son côté, Granvelle mandait à Gonçalo Ferez (8 septembre] : « Ces abbé:>; sont si stupides qtills se laissent emporter comme des buffles. »