‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 2)Chapitre 134 sur 152 · LIVRE Vin (i · texte numérisé non relu

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qui l'invitait à se rendre eo Espagne ; mdis Harguerile préféra ravis de Viglius qui lui conseillait de remettre au comte la lettre qui l'engageait à continuer son service dans les Pays-Bas. La principale raison qui avait porté la gouvernante à agir de la sorte, c'est que dans les éventualités qui pourraient survenir, elle trouverait dans Egmont plus d'assistance que dans les autres; d'un autre côté, elle s'était aperçue que les seigneurs des Pays* Bas qui allaient en Espagne, en revenaient plus mal disposés qu'ils ne l'étaient auparavant. Granvelle attendait toutefois beau* coup de fruit des démarches que le roi avait ordonné de faire auprès du comte d'Egmont : lui-môme travaillait sous main à ce

que ces démarches aboutissent. Mais Egmont se montra aussi

inflexible que le prince d'Orange. Ils opposèrent un refus formel aux représentations de la régente qui les exhortait à obéir à la lettre que le roi venait de leur adresser, c'est-à-dire à retourner au conseil d'État jusqu'à ce que le monarque eût pris une autre résolution. La gouvernante rendit compte de ces démarches inutiles le 3 mars dans une séance du conseil d'État à laquelle assistaient Berlaymont, Viglius et Granvelle. Ceux-ci conseillé» rent de laisser le prince d Orange et le comte d'Egmont encore quelque peu ronger leur frein, et, quand les autres seigneurs seraient arrivés, de faire des démarches auprès d'eux, pour les amener à obéir aux ordres du roi. Mais c'eût été pousser à bout l'aristocratie. Marguerite le comprit et engagea Granvelle à pu* blicr son départ. Il le fit incontinent, mais en lui donnant pour prétexte l'arrivée à Bruxelles de son frère le comte de Cliantonay, que Philippe II avait rappelé, sur ses vives instances, de la cour de Catherine de Médicis et nommé son ambassadeur près de l'empereur Ferdinand I" •. Le cardinal exprima l'intention de l'accompagner pour quelques semaines en Bourgogne où il n'avait

1 II eut pour successeur en France don Francès d'Alava.

plus été depuis dix-neuf ans. Il demanda en conséquence à la duchesse un congé de trois mois. Il cacha à tout Ie;nonde Tordre du roi, même à Viglius, même dans sa correspondance avec l'empereur Ferdinand, même à Gonçalo Ferez, qull ne soupçonnait pas d'être le rédacteur de Tordre du %% janvier. A tout le monde, il allégua le désir de revoir sa mère, qui était malade et dont il était séparé depuis quatorze ans ; du reste, il faisait courir le bruit qu'il ne tarderait pas à revenir, et, à peine parti, il écrivait à la duchesse de Parme elle-même qu'il avait l'espoir que son absence ne serait pas longue. Il avait également laissé à ses ennemis la crainte de le revoir bientôt, et, pour mieux les persuader, il fit faire à Bruxelles des provisions de toute espèce, en même temps qu'il ordonnait des embellissements dans son palais et dans sa maison de campagne ' .

Mais les adversaires et les amis même de Granvelle ne se méprirent point sur le caractère de ce voyage. Ils soupçonnèrent Tintervention du roi. Lors de son retour, Armenteros avait rencontré à Valenciennes le marquis de Berghes , les comtes de Bornes et d'Hooghstraeten et le seigneur de Montigny. Il est très-probable que le secrétaire de Marguerite de Parme avait donné des espérances à ces seigneurs ; il est possible aussi que la gouvernante elle-même eût laissé entrevoir une partie de la vérité pour calmer les esprits *. Peu après le retour d'Armenteros, Granvelle avait remarqué que les courtisans ne lui mon-

ï Correspondance de Philippe II, t. !«, p. 292 et suiv. ; lettre de la duchesse au roi du 29 mars 4563 (4564 d. s.) dans le t. XI des Documenis historiques (aux archives du royaume] ; lettre de Granvelle à Tempereiir du U mars et à la duchesse de Parme du 45, dans les Papiers d'Éiat, t. Vn , pp. 399 et 409. Voir aussi Histoire du cardinal de Granvelle, p. 447.

' Le 5 mars Guillaume de Nassau écrivait de Bruxelles à son frère Louis : V II est certain et chose assurée que notre homme (Granvelle) part; Dieu

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traient plus le même visage, qu'il était moins accompagné que de coutume, qu'on ne venait plus en sa maison en si grande foule, et que plusieurs de ses amis même le délaissaient lâchement. Cependant il couvrait sa tristesse par une joie dissimulée, dis-* pourant avec ses intimes des plaisirs du reposa II continua d'assister aux séances du conseil d'État jusqu'au \\ mars. Le 13, il sortit enfin de Bruxelles, avec ses deux frères, le comte de Chantonay, nommé ambassadeur de Philippe II à Vienne, et Charles Perrenot, abbé de Faverney. Du reste, son départ ne ressembla point à une fuite ; une nombreuse compagnie de gentilshommes^ appartenant à sa maison ou à la cour de la duchesse de Parme, voulut lui servir d'escorte jusqu'à une certaine distance de la ville. Le bruit d'un nouveau complot s'était d'ailleurs répandu, et on prétendait que le cardinal et les siens avaient revêtu des armures à l'épreuve de l'arquebuse. Hais les adversaires de Granvelie ne songeaient qu'à une chose : s'assurer si son départ n'était pas une nouvelle feinte. Le comte de Hooghstraeten et le seigneur de Bréderode sortirent à cheval de la porte de Caudenberg, quelque temps après lui, et le suivirent le long du bois pendant plus d'une demi-lieue. Leefdael, gentilhomme appartenant au comte d'Egmont, fut ensuite détaché sur la route de Namur, ne perdant pas les voyageurs de vue, et descendant dans les mêmes gîtes *.

veuille qu*il puisse aller si loin qu*il ne retourne jamais. » Archivée de la maison d'Orange-Nassau , t. I«r, p. 244. —Le doyen de Louvain dit en plein chapitre que le cardinal de Granvelie ex juseu régie abierat. Papiers d'ÈkU, t. VII, p. 435. — Enfin le-cardinal de Lorraine, écrivant à Granvelie le 20 avril, n*hésitait pas à lui dire que, d*après le bruit public, son départ était une concession faite par le roi aux seigneurs du conseil d*État. Ibid,, t. VII, p. 510.

1 Strada, lib. IV.

' Lettre de Granvelie à la gouvernante datée de Namur, le 45 mars et de

4â2 LES PAYS-BAS SOUS PHILIPPE II.

Granvelle s'était soumis à la volonté du roi ; mais il ne pardonna point sa disgrâce à ceux qui l'avaient provoquée : il fut loin surtout d'encourager alors son maître à persister dans la voie des concessions. A peine fut-il arrivé à Besançon qu'il conseilla au roi de casser et d'annuler, en temps opportun, tout ce qu'on aurait obtenu de lui par violence, profitant du moment, comme les autres faisaient pour leur propre compte et comme ses prédécesseurs avaient été dans l'obligation de le faire. C'était bien l'intention de Philippe H; car le sacrifice dun ministre comme Granvelle avait dû coûter beaucoup à sa fierté et ne pouvait être de sa part une concession bien sincère et sans arrière-pensée. Son ressentiment, que d'autres causes allaient augmenter, devait se manifester un jour et porter l'épouvante et le deuil dans les Pays-Bas.

Pierre Bordey au cardinal , daU'e de Bruxelles, le 48, dans tes Papiers d*Étal, t. VU, pp. 409 et 425.

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