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qui ne voulait point partager lautorité dont elle était revêtue. Philippe II, de son côté, avait rédolu de faire près de sa tante les démarches les plus pressantes pour qu'elle consentit à reprendre le gouvernement des Pays-Bas dont le duc de Savoie n'avait pu surmonter les difficultés. Fray Bartolomé de Carranza, nommé récemment archevêque de Tolède^ et Garcilaso de la Vega furent chaînés d'appuyer les sollicitations du roi auprès de l'empereur et de l'ancienne régente. CbarIes*Quint fit un appel à raffection dont la reine lui avait donné tant de preuves et à son dévouement pour la grandeur de la Maison dont elle était issue. « C'est le plus notable service, disait-il, qu'elle puisse rendre à Dieu, comme le plus grand bien qu'elle puisse faire à tous et à notre Maison, en particulier '. » Marie de Hongrie donna enfin son consentement, mais en le subordonnant à des conditions qui en atténuaient beaucoup la portée. Elle déclara formellement que jamais elle ne reprendrait le gouvernement, mais elle promit de se rendre pour un temps limité dans les Pays-Bas, ou elle s'efforcerait de servir le roi par ses conseils ; il fallait, au surplus, que la régente d'Espagne lui fournit l'argent nécessaire pour soutenir la guerre en Flandre pendant l'année courante et celle qui suivrait. Cette détermination de la reine Marie ne pouvait satisfaire tout à fait Charles-Quint ; mais peut-être nourrissait-il l'espoir qu'arrivée dans les Pays-Bas, l'ancienne gouvernante consentirait à en prendre l'entière direction \
C'est bien à tort que des écrivains protestants ont avancé que Charles^Quint eut, dans sa solitude, quelque penchant pour la doctrine réformée, et qu'il laissa même échapper des marques de
1 Lettre de Charles-Quint, du t1 août 4558, à dcfta Juana, régente d'Espagne, dans Gachard, oper. cit., 1. 1^^ p. xlit.
* MiGNBT, Charles-Quint, etc., p. 423. — On trouvera l'exposé complet de ces négociations dans notre Vie de Marie âe Hongrie, chap. V.
cette révolution singulière dans sa façon de penser. Il résuite, au contraire, des démarches officielles de Charles-Quint que son aniraosité contre le luthéranisme s*était accrue et que , dans sa retraite au monastère de Yuste , il sinspîra plus d'une fois du fanatisme des moines espagnols. Loin d'afficher des sentiments de tolérance, et surtout de montrer un certain penchant pour la doctrine réformée, il regrettait de n'avoir pas fait tuer Luther à Worras. Un jour, il s'entretenait avec Fray Martin de Angulo, prieur de Yuste , et avec d'autres religieux , sur la punition que méritaient le docteur Cazalla et tous les hérétiques arrêtés, par l'ordre de l'inquisition, au mois d'avril précédent : — «c Rien, « disait l'empereur, ne pourrait nous faire sortir de ce menas- « tère, sinon l'affaire de ces hérétiques ; mais, pour une vermine « de cette espèce, il n'en sera pas besoin. J'ai écrit au président «c du conseil de Castille et aux inquisiteurs, afin qu'ils mettent « toute la chaleur et apportent toute la diligence possibles dans «< l'instruction de leurs procès. 11 faut qu'on fasse brûler quel- N ques-uns d'entre eux, tout en tâchant qu'ils meurent chrétiens, tt parce qu'aucun ne serait jamais un chrétien véritable et qu'ils « sont tous des dogmatiseurs : on commettrait une faute, si on «c ne les condamnait pas au feu , comme j'en commis une en ne •• faisant pas tuer Luther. Je m'en abstins, il est vrai, pour ne u pas violer le sauf-conduit et la parole que je lui avais donnés, « pensant que je remédierais à l'hérésie par d'autres moyens. u En cela, je me trompai, parce que je n'étais pas obligé de garu der ma parole, l'hérétique étant criminel envers un autre seiu gneur plus grand, qui était Dieu ; je devais donc , sans égard « pour la parole donnée, venger l'injure faite à Dieu. J'aurais « par là empêché probablement le progrès de l'hérésie «. » Il
' Celle coQversatioD, tenue en présence des prinoipaax religieux du couvenl de Yuste cl du prieur fray Martin de ADgulo, a été retracée par celui-ci
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ne cessait de demander vengeance contre les personnes arrêtées à Zamora, à Valladolid et à Séville , comme suspectes de luthéranisme, u L'affaire de ces luthériens» écrivait-il à la régente das « Espagnes, me donne un souci et une peine inexprimables, u voyant que, pendant mon absence et celle du roi, ces pays a avaient été si tranquilles et que , à présent que j'y suis venu u chercher le repos, une semblable licence s'y est introduite. Si je tt n'avais pas confiance dans les mesures que vous prendrez avec «( votre conseil, je ne sais si je ne sortirais pas de Yuste pour y K remédier moi-même. 11 faut qu'un châtiment exemplaire soit tt fait de ces luthériens. Je ne serais pas d'avis que , selon le « droit commun , on pardonnât , la première fois , à ceux qui « reconnaîtraient leur faute et demanderaient grâce, car plus it tard ils pourraient recommencer ; mais je voudrais qu'on pro^ « cédât contre eux, comme contre des séditieux et des pertur* « bateurs de la chose publique, qui n'ont droit à aucune miséri- « corde '. » j
Cette lettre, qui respire une intolérance barbare, fut dictée par l'empereur quatre mois avant sa mort et devint comme le signal des terribles exécutions qui signalèrent le règne de Philippe II '.
daDs la relation dont s'est servi Sandoval pour composer la Vida de remperador Carlos Quinto en Yuste.
1 Lettre à la princesse dona Juana, du 25 mai 4558, dans Gacbaro, Retraii0 et mort de Charles-Quint, etc., t. W, p. 297.
' Dona Juana ne suivit que trop bien les conseils de son père. Le 24 mai 4559, cette princesse assista, à Valladolid, avec don Carlos, son neveu, à un auto-dcH-Z^oii quatorze personnes périrent dans le feu, comme suspectes de luthéranisme. Le docteur Augustin Gazalla, prêtre et chanoine de Salamanque, ancien aumônier et prédicateur de Tempereur, ayant consenti à se confesser, obtint la faveur d'être étranglé avant que son corps' fût livré aux flammes. Son frère, François Ga^^lla, curé de Hormigos, n'ayant donné aucun signe de repentir, n'obtint pas cette faveur et fut brûlé vif. Dona Béatrix de Vibero Cazalla, 8*étant d&nfessée, fut étranglée
iOO LES PAYS-BAS SOUS PHILIPPE II.
Quelque temps avant d'être atteint de la maladie dont il mourut, Charles-Quint avait aussi manifesté Tintention d'assister vivant à ses propres funérailles.
Il commença par faire célébrer les obsèques de ses parents et de l'impératrice, sa femme ; se sentant mieux portant, il voulut présider lui-même à ces cérémonies funèbres et se plaça à côté de l'autel pour participer aux prières. Ces hommages pieux achevés, il exprima à son confesseur la volonté de faire célébrer ses propres obsèques et d'y assister également. Bien que le religieux, profondément ému, eût cherché à le détournei de ce dessein, Charles y persista et ordonna qu'il serait exécuté dès le lendemain. Le 30 août, tout était prêt ; un catafalque , environner de nombreuses torches, avait été élevé dans l'église du monastère, et Charles vint assister à ses obsèques, accompagné de tous ses gentilshommes vêtus de deuil. Aprè.-^ le service, qui ne se termina que vers la soirée, l'empereur fatigué se fit asseoir dans la cour de son habitation. Tourné vers l'occident et les yeux fixés sur le cadran solaire, il resta absorbé dans ses pensées. Il ordonna ensuite qu'on lui apportât le portrait de l'impératrice. Il le contempla pendant quelque temps : puis il se fit apporter une peinture représentant le Christ au jardin des Oliviers, et
et livrée ensuite aux flammes. On alla même déterrer, dans Téglise du couvent de Saint-Benott le Royal, à Valladolid, le cadavre de dona Éloonore de Vibero, mère des victimes précédentes, accusée par rinquisition d'être morte dans l'hérésie, et ses os et sa statue furent aussi livrés aux flammes ! La mémoire de doSa Éléonore de Vibero, épouse de Pierre Cazalia, chef de la comptabilité des finances du roi, fut en outre condamnée à rin&mie jusque dans sa postérité , et sa maison (qui avait servi, prétendait-on , de ' temple aux luthériens de Valladolid) rasée avec défense de la reconstruire ! Voir, sur ces événements tragiques, YHistoire de rinquisitùm d'Espagne, par Llorentb, ancien secrétaire du Saint Office. — Conf. Historia de hs prolestantes espanotes, por Adolfo dg Castro (Cadiz, 4854, iu-8<»).