‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 2)Chapitre 56 sur 152 · LIVRE IT · texte numérisé non relu

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Il n'avait que dix-huit ans, en 4551, lorsqu'il épousa Anne d'Egmont , Olle unique et héritière de Maximilien , comte de Buren et de Leerdam, cet illustre capitaine qui couronna, par une mort imposante , les exploits de sa longue et glorieuse carrière. Averti par Vésale qu'il n'avait plus que cinq à six heures à vivre, il dicta son testament, se confessa, et, après avoir communié , se fit revêtir de ses habits les plus somptueux , et armer de pied en cap ; ainsi vêtu , avec l'épée au côté et le collier de la Toison d'or sur la poitrine, il ordonna qu'on le transportât en la grande salle de son hôtel où, assis dans un fauteil, il fit successivement ses adieux à ses compagnons d'armes, aux officiers qui avaient servi sous ses ordres, puis à ses serviteurs, sans en oublier un seul. D'après son commandement, on lui apporta ensuite une grande coupe pleine de vin ; il la prit et , soutenu par deux de ses gentilshommes, voulut boire une dernière fois à la santé de l'empereur, dont il avait été le fidèle et loyal vassal. Il rappela avec modestie les services qu'il lui avait rendus et avec gratitude les honneurs qu'il en avait reçus. Sentant que sa fin approchait, il détacha son collier de la Toison d'or, le remit au comte d'Arenberg, qui l'assistait comme frère d'armes , se hâta de dire également adieu à l'évéque d'Arras, qu'il appelait son frère d'alliance, but « le vin de l'étrier et de la mort , » puis, tournant la tète et apercevant Vésale derrière lui, il n'oublia point de le remercier de son avertissement. Il expira entre les bras de ceux qui, le voyant à toute extrémité, avaient voulu le porter sur son lit '.

Guillaume de Nassau était loin encore de posséder les grandes et vaillantes qualités de son beau-père ; il avait une conduite légère et dissipée, comme la plupart des autres jeunes seigneurs

' Brantôme , Capitaines estrangers, t. I, p. %7t et suiv. — Celte scène, digne de Tantiquité, se passa à Buxelles, en 4548,

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de la cour de Charles-Quint. Lui, qui devait mériter plus tard le surnom de Tadtùme, écrivait même à cette époque : u Je ne suis pas de ces gens qui veulent dissimuler. » L'empereur , cepen^ dant , ne perdait pas de vue son ancien page , dont le tact et l'intelligence lui avaient paru, de bonne heure, hors ligne. Par une ordonnance du 22 juillet 4555, le prince d'Orange fut nommé générai d'une armée de vingt mille hommes, qui avait été réunie près de Givet pour garantir les frontières du Hainaut et du Brabant, exposées aux incursions des Français depuis que ceux-ci avaient pris Marienbourg ' . Quoiqu'il n'eût alors que vingt-deux ans, Guillaume de Nassau était préféré aux plus vieux capitaines, aux comtes de Boussu, de Lalaing, d'Arenberg, de Meghem, même au comte d'Egmont, qui avait douze ans de plus que lui. <( J'avois en tête, dit le prince dans son Apolotjie, MM. de Nevers <( et de GhàtUlon ; néanmoins ils n'emportèrent rien sur moi, 4( mais j'édifiai à leur barbe Philippeville et Charlemont*. » A cette époque, son esprit prévoyant commence à se révéler tout entier : il ne laisse échapper aucune occasion de s'attacher des créatures ; est-il en relation avec des officiers étrangers, ou des conseillers de quelque prince d'Allemagne, il les traite bien , il leurfait des présents, u II faut, disait-il, tenir les gens pour amis.» Il passa six mois entiers au camp de Givet ; appelé à Bruxelles pour assister à l'abdication de Charles-Quint, dès le lendemain, il était de retour à son quartier-général. L'épisode le plus remarquable de cette campagne fut la fondation de Philippeville. Guil-

i Correspondance de GuWaume le Taciturne, t. I, p. 483.

' Les Archives de la maison d'Orange-Nassau fournissent des détails curieux sur le traitement dont le prince jouit en sa nouvelle qualité. Ou lui avait promis 500 florins par mois et douze hallebardiers, chacun à double paye. Or, il ne reçut pour tous gages que 300 florins par mois, ce qui ne suffisait point, suivant ses expressions, pour payer les serviteurs qui tendaient ses tentes. II uvouait qu'il dépensait 2,500 florins par mois.

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