‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 2)Chapitre 72 sur 152 · LIVRE V (i · texte numérisé non relu

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distinguaient non-seulement par leur beauté, mais aussi par la sévérité de leurs mœurs. La sobriété, l'économie et Tamour de Tordre étaient les qualités distinctives de la classe moyenne. Mais, aux jours de fêtes , les bourgeois se montraient magnifiques et splendides; ils formaient, dans la plupart des localités, des confréries d'archers et d'arquebusiers , corporntions d'élite qui avaient été autrefois la principale force militaire du pays et qui servaient encore à entretenir Thabitude des armes par de mâles exercices. Les classes inférieures avaient des goûts moins nobles , et on pouvait surtout leur reprocher l'intempérance et l'ivrognerie.

Cependant instruction était très-répandue : en général , les villageois même savaient lire et écrire. Un grand nombre d'habitants avaient appris, sans quitter leurs foyers, mais par la fréquentation des étrangers, indépendamment du flamand et du français, l'allemand, l'anglais, l'italien, l'espagnol, souvent aussi la langue des contrées les plus lointaines. Les femmes lisaient, écrivaient, citaient des passages de l'Écriture et disputaient de la foi, comme les plus savants docteurs '. La renaissance des lettres avait produit des résultats remarquables. Dans la plupart des localités importantes , des savahts d'élite se trouvaient à la tète des écoles, et les élèves étaient réellement familiarisés avec les grands écrivains de la Grèce et de Rome. Depuis longtemps, la littérature avait cessé d'être, dans nos provinces, le monopole de l'Église et de la féodalité. Si les princes avaient leurs historiographes et leurs poètes officiels, si le clergé avait ses docteurs et ses annalistes, le peuple avait les chambrm de rhétorique. Presque toutes les villes de la Flandre et du Brabant possédaient une ou plusieurs de ces confréries littéraires. Elles servaient d'organe à l'opinion

• 1 Cbappcis, Briefve histoire des guerres civiles, etc., p. 40. — Pour les autres détails, nous avons abondamment puisé dans la Description de tout le PaïS'Bas, par L. Guccubdin.

publique, car, dans leurs représentations théâtrales, elles exprimaient, quelquefois avec esprit et souvent avec courage, les véritables sentiments des classes moyennes. Déjà la domination bourguignonne avait pris ombrage de Tindépendance manifestée par les chambres de rhétorique. Philippe le Bon, quoique membre lui-même d'une des confréries de Bruxelles, leur avait défendu, en 1 445, de déclamer ou de chanter des poésies factieuses, c'est-à-dire, sans doute, d'autres pièces que celles qui n'auraient pas été revêtues du cachet officiel. Lorsque les doctrines de Luther et de Calvin se répandirent dans les Pays-Bas. elles trouvèrent des partisans parmi les confrères des chambres de rhétorique. A de certaines époques, les corporations littéraires mettaient des questions au concours, et la société qui avait remporté le prix , nommé Lant-Jutceel (joyau du pays ■), proposait à son tour une autre question. Ces problèmes avaient, en général, pour but de fortiGer le sentiment de Thonneur dans le peuple, de propager le goût des arts et des sciences , d'attirer l'attention sur la destinée humaine. En 4539, la chambre des Pontainistes de Gand avait mis au concours la question suivante : «< Quelle pouvait être ta plus grande consolation de l'homme mourant? n Dans les réponses adressées par plusieurs sociétés, on vit manifestement rinfluence des nouvelles opinions qui agitaient les esprits *. Rien, d'ailleurs, n'était alors comparable à la pompe et à la splendeur qui illustraient les solennités poétiques des confréries littéraires des Pays-Bas. Outre le prix de la question mise au concours, d'autres prix étaient décernés aux^«ociétés qui faisaient leur en-

1 (Tétait UDe coupe dVgent. « Lande-Jueil, id est driokingcup of sylver.» The life of sir Thomas Gresham, etc. , 1. 1 .

' Le volume, où les pièces du concours se trouvaieDt réunies , fut défendu et mentioDoé dans l'index publié par les ordres du duc d*Albe eu 4574 . Voir LA Serna Santander, Mémoire sur la bibliothèque de Bourgogne, p. 4 59, et V Histoire des Pays-Bas, d'ËMMANUBt M Mbtbrin, p. 27.

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