‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 3)Chapitre 141 sur 177 · LIVRE viii · texte numérisé non relu

LIVRE viii

tim (cardinalidos, 6 famUiaresde la inquistdon), et les sdgneurs codiisés disaient hautement qu'ils considéreraient oooime legrs ennemis ceux qui soutiendraient Je ministre ou même qui entre-< tiendraient quelques rapports avec lui. lia étaient surtout çxcit/és par le seigneur 'de Glayon » qui eixerçait une grande influence sur le prince d'Orange et sur le coiiite d'Ëgmont; le marquis de Berghe^ se joignit à eux avec ardeur; et ils obtinrent aussi lad" hésion du comte de Heghem, du conate deHooghstraeten et du seigneur de Bréderode, sans parler de personnages moins considérables ^ Enfin, I& prince d'Orange, de concert avec, les comtes d*Egmon( et de Hornes, résolut de prendre l'initiative d'une nouvelle démarche directe auprès du roi pour renverser leur ennemi. (le projet) toutefois, n'était pas approuvé par tous les seigneurs, soit que la gouvernante eût réussi à jeter entre eux quelques soœenoes de division,: soit que d'autres. n.y voulussent pas consentir, par cette raison qu'ils ne conduisaient pas eux-mêmes le përts'v'Montigny avait vaineihent cherché. à entraîner Berlaymoot dans la coalition contre Granvelle^ en lui faisant envisager les avantages qu'il en retirerait; on lui donna même à entendre qu'on ferait nommer son fils évéque de Liège; mais ce seigneur avait répondu qu'aucune cause suffisante ne motivait une pareille ligue et qu!il ne voudrait pas. s'aventurer dans des d^marebos quil serait plus tard dans ^impos^ibilité de justifier aux yeux du roi. Le comte d'Egmont se rendit au château de Beaumont , chez le duc d'Ârschot, et ne négligea rien non plus pour rengager à. faire partie de la coalition. Le duc résista avac énergie, disantj entre autres, qu'il était ami du comte d'Egmont, mais gu'il

' Lettres de la duchesse de Parme et de Granvelle au roi daiis la Correspondance de Philippe II, 1. 1'^, p. 236, 238 ef 242. Voir aussi les Papiers d'État, t. VII, p. -n et suiv., el le Mémorial. de Uopperus, Repart., cbap.Vll. . .

3 Strada, lib. m.

ne voulait pas l'avoir pour maître ni lui, ni Je prince d'Orange; qu'il était autant qu'eux, et quïl n'avait pas une suite nrnns nonobrcuse de gentilshomnies. Il lui dit encore que hii et les ligués faisaient une sottise de s'engager dans une démarche semblable ; que si quelqu'un venait à offenser peUsonneliement le cardinal, soit pour cause de reKgion ou toute autre, lors même qu'ils seraient complètement étrangers à cette violence, on ne manquerait pas de la leur attribuer, et que, pour des sujets moins graves, certains personnages avaient perdu la fortune et la vie. Le comte d'Arenberg et 6. de ilobies, présents à cette scène, intervinrent pour qu'eUe ne finit point par un duel. Les chefs essayèrent tout aussi vainement de gagner Arenberg et d'autres seigneurs de moindre qualité. Arenberg motiva son refus sur œ qu'il n'avait aucun giief contre le gouvernement., et n'avait jamais reçu de lui le moindre sujet de plainte , mais au contrattre toute la protection imaginable '.

Aprfes de nombreux conciliabules et de longues iiésîUitioQs, le comte d'Ëgmorit fit passer secrètement à Charles de Tisnacq, garde des sceaux des Pays-Bas à Madrid, une lettre plusieurs fois remaniée, qu'il lui recommanda expressément de remettre entre les mains du roi. Cette seconde réclamation, qui portait la date du 4 4 mars, contenait en substance : «^ Que les signataires étaient « très-tristes de ne pouvoir plus différer d'avertir le roi de ce <c qu'ils avaient lor^mps dissimulé pour ne pas ajouter à la « multitude de ses grandes occupations l'embarras dé leur re- « montrance; mais le préjudice évident que leur silence pourrait « apporter au service du prince et les dangers qui en résulte- <( raient pour la conservation des Pays-Bas les contraignaient

I Correspondance de Philippe II, t. !•'. p. 242 ; Mémorial de Hoppervs, ^^ partie, cbap. IV, et Papiers d'État du cardinal de Granvclie, t. VII, p. 45 et suiv.

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« enfin à rompre le silence et à s'exprimer librement. Aussi « espéraient-ils que le roi recevrait cet avis , exempt de toute «» passion, avec la bénignité et la gratitude que méritait te zèle <( qu'ils avaient pour son service. Lorsque ian€ de personnages « principaux des Tay^Bas s'élèvent contre l'autorité du- cardinal u.deGranvelle, c'est qu'ils entendmt dairemeiit q»e loutela « puissance est entre ses main». Cette ofrâiion 'est si profcmdé-^ » inent eoracinée dàqs J'esprit dotôus les Beiges ^t desi'Sifna- « tsires, qu'il ne faut pas espérer de l'en efftcer tant que le\;aru dînai demeurera parmi eux. 116 suppliaient donc le mi, conome « vassaox fidèles,: de considérer conil^^ il importait à son « service de remédier à un mécontentetneat' si; général. Le roi u dejvait être persuadé aussi que - les alhires he prospéreraient u jamais! tant qu'on reconnaîtrait que celui'^à^ en est le maître à u quî<Ofn porte tant de haine. C'est pourquoi, si le roi désirait le u bien des Pays-Bas , ils le priaient de nouveau de remédier au <( ma) qulls lui^nalaient/lLy a urgence, poursuivaient*iis ; « cette afiaire ne souffre plus ni délai rit hésitation. Si le roi »e «( ^voulait pas adopter le remède indk|ué, la ruine des Pays-Bas «t était immineote. Au contraire, si le roi daignait faire droit « aux justes demandes de tant d'affectionnés serviteurs au lieu «( de les mécontenter tous pour satisfaire un seul , ils avaient le « ferme espoir qu'il reconnaîtrait bientôt le fruit de ce change- « ment et l'affection que tous , seigneurs , états , peuple avaient « ,pour5on service, sa prospérité et sa grandeur. Loin, de se « plaindre de la gouvernante, ils ne pouvaient que grandement « se louer d'elle. Ils déclaraient ensuite que, par leur démarche, « ils ne tendaient point à mettre le pouvoir entre leurs mains : « ils demandaient d'être même éloignés du conseil d'État; aussi ic bien les intérêts du prince et leur propre réputation ne pou- «t valent leur permettre plus iongtemps de se t^oiuiver dans ce «( conseil avec le cardinal. Ils suppliaient enfin le roi de prendre

<( leur requête de bonne part, car elle ne procédait que de ia » fidélité qu'ils lui avaient jurée et de la crainte que leur silence «( ne fût un jour jugé criminel , s'il arrivait quelque calamité M dans les Pays-Bas ^ »

Tisnacq présenta cette requête à Pbilippe II, sans savoir ce qu'elle.GonteDait, mais en disant que lé comte d'Egmont lui avait recommandé de la: remettre en ses pn^res mains.

Quoique le toron de Montigny et le marquis de Bergbes eus* sent conduit toute cette intriguci ils n'avaient pas voulu a[qposer leurs noms au bas de la remontrance i mais ils avaient donné aux trois signataires une déclaration contenant la promesse d'ap* prouver tout ce qu'ils auraient fait. Le seigneur de Glayon, dont rintervention avait été plus grande encore, n'-api^ait pas non plus voulu donner son. nom , bien qu'il fût conseiller d'État. Cette abstention étrange avait indisposé contre lui ses trois collèges et avait été cause que, pour ne pas se rencontrer avec eux, il n'avtait plus assisté aux délibératiènsdacona»!. Du reste, les trois signataires de la lettre avaient pris la résolution secrète de s'absenter de la cour jusqu'à ce qu'ils eussent la réponse du roi ; si cette réponse était favorable à leurs prétentions , ils y reviendraient, mats, dans le cas contraire, ils continueraient de

1 Cette lettre se trouve dans le Suppléméht à Strada, t. U, p. 270, et plus correctement daus la Correspondance de Guillaume fe Taciturne, t. H, pp/3â~39. —On remarque dans ]e Supplément aux archives de la maison d'Orange-Nassau, p. 20, une note écrite par Guillaume de Nassau à cette époque même : elle indique brièvement les motifs qui ravaieot engagé à signer la requête du 4^1 mars. 11 se proposait* en.résUmé, de,d^joper une combinaison qui tendait, à concentrer ^ute Tautorité élective entre les mains de Granvelle par la nullité du rôle auquel on avait réduit les principaux seigneurs et par la suspension des états généraux. Lui et le comte d'Egrtiont ne voulaient plus, par leur présence au conseil, avoir Tair* d'approuver des ordonnances et des lois auxquelles \ïè n'aviaient pofhtparlîcîpç et dont lis n'avaient oiéfQe pas conqaissanoç.

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