LIVRE
Non-seulement Henri II avait été dégagé par le légat du pape de l'obligation de tenir son serment, mais il avait reçu, en outre, Tautorisation d'enfreindre le droit des gens, de commencer les hostilités sans avoir déclaré la guerre; on était convenu, en effet, de surprendre, s'il était possible, le roi d'Espagne, tandis que, sur la foi de la trêve de Vaucelles, il serait encore sans défense. Triste spectacle! Paul IV recommandait la trahison, prêchait la guerre, dans un moment où la papauté aurait dà employer toute son influence et toute la for^e morale du catholicisme à compléter la réforme pacifique de l'Église, pour arrêter les progrès croissants des novateurs !
Mais il n'était pas facile de tromper la vieille expérience de Charles-Quint ; il eut bientôt pénétré le vrai motif de l'ambassade du cardinal Caraffa '. Paul IV, en donnant un trop libre cours à sa haine contre l'empereur et contre les Espagnols, divulguait d'ailleurs ses projets. En plein consistoire , il venait de proclamer que Charles-Quint n'avait pas le pouvoir de résigner l'Empire, que tout ce qu'il avait fait était nul, non-seulement parce qu'il avait perdu V esprit, mais aussi parce que la dignité impériale ne pouvait être conférée sans l'assentiment du pape '.
1 Charles-Quint exprimait noblement Tindignation qu'il ressentait de la conduite du pontife dans une lettre qu'il écrivait à Ferdinand, de Souburg, le 12 septembre 4556, au moment de faire voile pour l'Espagne, o Vous « aurez ja entendu, disait-il, les troubles que suscite le pape en Italie. « Dieu doint que Ion y puisse résister de sorte, que Ion luy puisse tost faire « reoongnoistre la raison, pour éviter le scandale et dommage que la chres- « tienneté et la religion reçoit par Topinion de ce différend, et des termes « dont ledit pape use... » Lanz, Correspondenz, etc., t. III, p. 7<4.
* Dans un mémoire envoyé de Rome, le 20 décembre 4 556, au connétable de Montmorency, le cardinal du Bellay rendait compte eu ces termes du discours prononcé par le pape en consistoire : « Puis après Sa Sainteté « dit que Ton avoit envoyé près le prince d'Orange un mandat au nom de « Charles , naguère empereur , cour résigner l'empire ; qu'il estoit aisé à
11 ne s'était pas borné à ces outrages et à ces prétentions dignes de Grégoire VII. Il avait proscrit les amis de l'Espagne, accueilli les réfugiés napolitains, fait mettre aux arrêts Garcilaso de la Vega, envoyé de Charles -Quint, expulsé de Rome don Juan Manrique de Lara, .ambassadeur ordinaire de Philippe II, emprisonné et maltraité Juan Antonio de Tassis, grand-maître des postes. Réveillant ensuite d'autres prétentions, auxquelles Clément VII avait formellement renoncé , il avait intenté dans le consistoire un procès contre Philippe il, annonçant l'intention, comme seigneur lige, de le priver du royaume de Naples , parce que ce prince n'avait pas acquitté le tribut annuel de 700 ducats, que les anciens souverains du royaume payaient au saint-siége. 11 poussa, enfin, l'animosité jusqu'à suspendre le service divin en Espagne.
Toutefois, Philippe II ne permit point au ducd'Albe d'agir avec la vigueur qui lui était naturelle ; redoutant de combattre le pape, il lui avait recommandé de tenter toutes les voies d'accommodement avant d'avoir recours aux armes. Le duc envoya à Rome Pirro de Loffredo avec des lettres datées du 211 août \ 556 : l'une
« entendre que ledit Charles n'avoit point parlé ; ^t, quand bien il auroit a parlé, que tout ce qu'il auroit fait estoit de nulle valeur, attendu qu'il est o notoire à ciiacun qu'il est impos mentis.,. » Il exposait ensuite les autres raisons de cette nullité : « La-dessus remémora la translation de l'empire « de Grèce faite par les papes, et le privilège d'en faire élection donné par « lesdits papes à la Germanie : lequel privilège bien entendu, et y mettant « en considération beaucoup de choses qui s'y pourroient mettre , il ne se « trouveroit point qu'il fust en la puissance d'un empereur de résigner l'em- " pire , ny aux électeurs d'accepter la résignation, et, suivant icelle, faire i< nouvelle élection, inconsulto summopontifice. A quoy ne serviroit rien de 0 dire que Ferdinand estoit déjà un" précédent Gésar, et designatus impera^ « tor et rex Romanorum : car toutes telles allégations sont invalides et « nulles, et ne peut personne digne d'avoir nom de chrestien dire ny sou- « tenir qu'elles soient ni bonnes ni valables. « Ribier, t. II, pp. 623 et 624>