‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 3)Chapitre 24 sur 177 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

let, Philippe II se rendit à Valenciennes pour se rapprocher de son armée , et au moment même où les hostilités s'engageaient , il réunissait auprès de lui les états généraux.

Reconnaissant l'importance des avis que lui avait donnés le conseil d'État à la fin de Tannée 4556, Philippe II avait pourvu à presque tous les préparatifs de la campagne au moyen des ressources qu'il avait tirées d'Espagne et d'ailleurs ; il avait aussi fait arriver une flotte chargée de grains pour obvier à la disette qui régnait dans le pays. En rendant compte de ces mesures aux états généraux, réunis à Valenciennes le 3 août, le roi déclara qu'il ne leur demandait pour le moment aucun subside ; mais , comme il s'agissait de leur propre défense et que les secours que lui fournissaient ses autres royaumes ne pourraient toujours continuer, il les requérait d'avoir égard à ces sacrifices et d'aviser maintenant aux moyens de se conserver à Vavenir et de ne pas être pris au dépourvu à la moindre agression. Il désirait, enfin, que les états nommassent des députés pour communiquer sur cette matière avec ceux qu'il désignerait lui-même'.

. L'armée de Henri II , placée sous les ordres du connétable de Montmorency, était loin d'égaler en^ nombre celle du puissant roi d'Espagne -, mais elle contenait la fleur de la noblesse de France.

Le duc de Savoie, prenant l'oflensive, feignit d'abord de vou-

d*Arschot, le comte d'Egmont, le comte d'Arenberg, le comte du Rœulx et le comte de Mansfeld avaient, chacun sous sa charge, cinquante lances , les comtes de Boussu, de Hooghstraeteu^de Meghem et de Homes, ainsi que le baron deBerlaymont, en avaient quarante; enfin, les seigneurs deMontigny et de Bréderode en avaient trente. Le comte d'Egmont avait, en outre, charge de onze cents chevau-iégers. Quant aux régiments de piétons, le comte de Meghem avait dix enseignes, le comte de Mansfeld en avait six, le seigneur de Carondelet douze, le seigneur de Treslon six, et le seigneur de Noircarmes dix.

' Gacbard^ Anciennes assemblées nationales de la Belgique, % IL

62 l'ES PAYS-BAS sous PHILIPPE II.

loir pénétrer dans ce royaume par la Champagne ; mais lorsqu'il eut attiré l'arihée ennemie sur cette frontière, il tourna tout à coup à droite, s'avança rapidement vers la Picardie, et, le 2 août, vint investir Saint-Quentin, capitale du Vermandois, Cette ville bien peuplée et riche, renommée pour ses manufactures de toiles, était située sur une hauteur avec la rivière de Somme d'un côté, et de l'autre, une vallée presque toute escarpée ; comme position militaire, elle était d'une grande importance, parce qu'il n'y avait que très-peu de places fortifiées entre elle et Paris. Mais les ouvrages étaient en mauvais état ; et la garnison, dont une partie avait été envoyée en Champagne, n'était plus assez forte pour soutenir un siège. L'oflBcier, qui commandait à Saint-Quentin, fit connaître sa position désespérée à l'amiral de Coligny, gouverneur de Picardie ; et celui-ci, d'après l'ordre du connétable, résolut de se jeter lui-même dans la ville. En vain, ses capitaines voulurent-ils le détourner de cette entreprise téméraire : « Il m'est ordonné d'entrer dans Saint-Quentin, leur répondit-il ; j'aimerais mieux avoir tout perdu que de désobéir '. n Ce fut dans la nuit du 3 août que Coligny se fraya hardiment un passage à travers les assiégeants ; il était parti de Ham avec deux bandes de gons de pied et une troupe de chevau-légers ; deux cent cinquante hommes seulement réussirent à entrer avec lui. Il prit aussitôt des mesures énergiques ; fit donner des armes à tous ceux qui pouvaient travailler , hommes et femmes : ils restaurèrent les remparts et élevèrent de nouveaux retranchements. L'armée du connétable était demeurée à la Fère, située à quatre lieues de Saint-Quentin. Coligny fit connaître au connétable qu'il était urgent de lui envoyer des secours, et il lui indiquait en

' Discours de Gaspar de Golligny, où sont sommairement contenues les choses qui se sont passées durant le siège de Saint-Quentin. Fait à rÉcluse, le 28 décembre 4557. {Panthéon littéraire, publié par Bucbon.)

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