‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 3)Chapitre 55 sur 177 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Il n'avait que dix-huit an^, en 4554, lorsqu'il épousa Anne d'Egmont , tille unique et héritière de Maximilien , eomte de Baren et de Leerdam , éêt illustre capitaine qui couronna , par une mort imposante , les cfrploits de sa longue' et glorieuse carrière. Averti par Vésale qu'il n'avait pluà que dnq à sîx'heures à vivre, il dicta son testament, se confessa, et, après avoir communié , se fit revêtir de ses habits les plus somptueux , et armer de pied en Cap ; ainsi "i^êtu , avec l'épéef afu côté et fe* collier de la Toison d'or sur la poitrine, if ordonna (Ju'on le transportât en la grande salle de son hôtel où, assis dans un fauleîl, il fit successivement ses adieux à ses compagnons d'armés, aux officiers qui avaient servi sous ses ordres, puisa ses serviteurs, sans* en oublier un seul. D'après son commandement, oci lui apporta ensuite une grande coupe pleine dé vin ; il te prit et , souteûo par deux de ses gentilshoÉotoès, Voulut boire une dernière fois à la santé de l'empereur, dont il avait été le Adèle et loyal vassal. Il rappela avec modestie les services qu'il lui avait rendus et avec gratitude les honneurs quil en avait reçus. Sentant que sa fin approchait, il détadha son coHier de la Toison d'or, le remit au comte d'Arenberg, quM'assistait comme frère d'armes, se hâta de dire également adieu à l'évéque d'Arras, qu'il appelait son frère d'alliance, but « le vin de l'étrier et de la mort , » puis, tournant la lélfe et apercevant Vésale derrière lui, il n'oublia point de le remercier de son avertissement. Il expira entre les bras de ceux qui, le voyant à toute extrémité, avaient voulu le porter sur son lit '.

Guillaume de Nassau était loin encore de posséder les grandes et vaillantes qualités de son beau-père ; il avait une conduite légère et dissipée, comme la plupart des autres jeunes seigneurs

* Brantôme , Capitaines estrangers, t. I, p. 272 et suiv. — Cette scène, digne de Fantiquilé, se passa à Buxelles, en 1548.

de la cour de Charles-Quint. Lui, qui devait mériter plus tard le surnom de Taciturne, écrivait même à cette époque : u Je ne suis pas de, ces gens ^ui veulent dissimuler. » L'empereur, cepen*^ dant> ne perdait pas de vue son ancien page, dont le tact et rintelligence lui avaient paru, de bonne heure, hors ligne. Par une ordonnance du 22 juillet 4555, le prince d'Orange fut nommé général d*uQe armée de vingt mille hommes, qui avait été réunie près de Givet pour garantir les frontières du Hainaut et du Brabant, exposées aux incursions des Français depuis que ceux-ci avaient pris Marienbourg ' . Quoiqu'il n'eût alors que vingt-deux ans, Guillaume de Nassau était préféré aux plus vieux capitaines, aux comtes de Boussu, de Lalaing, d'Arenberg, de Mpghem, même au comte d'iggmont, qui avait douze ans de plus que lui. «; J'avois çn tète, dit le prince dans son Apologie, MM. de Nevers «et de Châtillon; néanmoins ils n'emportèreot rien sur moi, « mais j'édifiai à: leur barbe. Philippeville et Charleraojnt '. w A cette époque, son esprit prévoyant commence à se révéler tout entier : il ne laisse échapper aucune occasion de s'attacher d^s créatures; est-il en relation avec. des officiers étrangers, ou des conseillers de quelque prince d'Allemagne, il les traite bien , il leur fait des présents. «Il faut, disait-il, tenir les genspouramis.» Il passa six mois entiers au camp de Givet ; appelé à Bruxelles pour assister à l'abdication de Charles-Quint, dè%le lendemain, il était de retour à sou quartier-général. L'épisode le plus remarquable de cette campagne fut la fondation de Philippeville. Guil-

1 Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. I, p. 483.

' Les Archives de la maison d'Orange-Nassau fournissent des détails curieux sur le traitement dont le prince jouit en sa nouvelle qualité. On lui avait promis 500 florins par mois et douze hallebardiers, chacun à double paye. Or, il ne reçut pour tous gages que 300 florins par mois, ce qui ne suffisait point, suivant ses expressions, pour payer les serviteurs qui tendaient ses tentes. Il avouait qu'il dépensait 2,500 florins par mois.

Page 1