LIVRE PREMIER (4555). il
recueilli cette accusation contre la mémoire de Philippe II. 11 rapporte que ce prince, se voyant tous les jours déchiré par les libelles diffamatoires des Anglais, qui ne l'appelaient pas le roi, mais le mari de la reine, ne cessait de se plaindre à son père de sa condition et de sa fortune, pour l'obliger par ce moyen d'exécuter plus tôt le dessein de se dépouiller des Pays-Bas. L'historien compare Philippe à ce» enfants qui, ayant des pères encore jeunes et vieillissant dans l'attente de leur succession, leur sont désa-* gréables et importuns aussi longtemps qu'ils vivent '. On ajoute que la conduite tenue par Philippe , à Naples et à Milan, oii il s'était hâté de révoquer tous les ministres de son père, avait levé les dernières hésitations de Charles*Quint ". 11 est très-vrai que la conduite privée de Philippe II fui, en générai, au niveau de sa politique artificieuse et implacable; mais il faut se garder néanmoins d'accueillir légèrement des accusations dont des documents authentiques démontreraient la fausseté. Or, la conduite de Philippe, après son mariage avec Marie Tudor et sa prise de possession de Naples et de Milan, ne fut point et ne put être la cause déterminante de la retraite de Gharles-Quint au monastère de Yuste, car le dessein de l'empereur était positivement arrêté avant le mariage de son fils. On possède à cet égard le témoignage formel d'un contemporain qui, de plus, était'religieux de l'ordre de Saint-Jérôme à Yusle. Le frère hiéronymite constate que Charles-Quint, après avoir conclu le mariage du prince d'Espagne avec la reine d'Angleterre, médita le projet de lui céder tous ses États, et de se retirer dans ce monastère. Il envoya, dit-il, au général de l'ordre des hiéronymiteâ, Fray Juan de Ortega, le plan des appartements qu'il voulait s'y faire construire, et
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* Mémoires pour servir a (,'hisioire du cardinal de Granvelle, par dom
PkOSPER LÉVkSQlE, î.
ordonna en même temps à son fils de prendre, avant son départ pour l'Angleterre, inspection des lieux, afin de choisir l'endroit le plus propre à cet efiet : l'un et l'autre s'y rendirent le jour de la Fête-Dieu 1554, accompagnés de l'ingénieur Louis de Vega, et ordonnèrent que tout s'exécutât conformément aux ordres de l'empereur. Philippe passa deux jours dans les environs du monastère, assista aux messes et aux exercices religieux, puis il partit et s'embarqua pour l'Angleterre •. Ayant jeté l'ancre devant Southampton le 20 juillet, il débarqua le lendemain, et ses noces avec Marie Tudor furent célébrées le 25, tandis que Charles- Quint, s'étant fait transporter en litière au milieu de son armée, commandait les troupes chargées de défendre le pays de Namur contre Henri IL
Quel que fût son désir de vaincre les Français , Charles- Quint était plus impatient encore de renoncer à la puissance souveraine. Il ne cessait de presser son fils pour qu'il hâtât son arrivée dans les Pays-Bas : mais les exigences des Anglais, la jalousie de Marie Tudor, ainsi que la pénurie d'argent, obligèrent l'infant à différer son départ de mois en mois '.
C'était surtout depuis 1 551 que la résolution du grand empereur avait pris un caractère irrévocable. Il est prouvé, par les lettres du Brugeois Guillaume van Maie, gentilhomme de la chambre de Charles-Quint, qu'alors ce prince, accablé par la maladie, manifestait un extrême dégoût du monde. Van Maie écrivait d'Inspruck, le 1 1 novembre 1 551 , que l'empereur malade puisait de grandes consolations dans la lecture des livres saints
' La retraite de Charles-Quint, Analyse d'un manuscrit espagnol contemporain, par un religieux de Tordre de Saint-Jérôme, à Yuste. Cet intéressant travail de M. fiakhuizen van deu Brink a été inséré dans le Recueil des bulletins de la commission royale d'histoire, nouvelle série, t. !«. Voy. p. 74 .
' V Abdication de Charles-Quint, par M. Gaciiard , extrait du t. XXI des Bulletins de l'Académie royale de Belgique, p. 6-10.