LIVRE VI
remettre cette citadelle. Mais, en 1562, pour atténuer ce refus, il assigna à la duchesse, sur les revenus de Naples, une rente viagère de huit mille écus et une autre rente de quatre mille au prince de Parme ; il promit, en outre, d'intervenir afin d'obtenir pour ce prince une des filles de l'empereur. Ces marques d'afiection ne satisfirent pas encore Marguerite de Parme, sans cesse excitée par le duc, son mari, à réclamer la restitution de Plaisance. Ballottée entre les obsessions d'Octave Farnèse et les réponses dilatoires de Philippe II, elle se montra inquiète et triste ; même plus d'une fois, on la vit verser des larmes. Pour retrouver le repos ou plutôt pour agir avec plus d'eflBcacité sur l'esprit de Philippe II, elle lui demanda, à diverses reprises, qu'il voulût bien la décharger du gouvernement des Pays-Bas, d'autant plus, disait-elle, qu'elle ne l'avait accepté que pour dix-huit mois. Cette offre aurait embarrassé Philippe, si la duchesse avait eu assez de fermeté pour y persévérer; mais le roi connaissait le mobile qui animait l'épouse d'Octave Farnèse et ne s'inquiétait pas beaucoup de son humeur II résulta de ces contrariétés domestiques du découragement chez la duchesse de Parme, un mécontentement réel, quoique contenu, contre le roi, des perplexités enfin qui ne laissèrent pas que dïnfluer sur les premières années de son gouvernement *.
Ce fut l'évéque d'Arras qui, pendant cette première époque, eut à supporter tout le poids d'une situation que compliquaient . tant de causes différentes. Il convient de bien connaître ce personnage, qui a donné lieu à des jugements divers et contradictoires.
Antoine de Granvelle avait quarante-deux ans lorsqu'il fut placé auprès de la duchesse de Parme pour guider son inexpé-
» Voir Correspondance de Philippe II, t. I» (années 4562 et i663), paMim.
rience et surveiller son action politique. Il était issu d'une faucille qui devait son élévation inespérée aux services éminents rendus par Nicolas Perrenot à l'empereur Charles-Quint. Cette maison était originaire d'Ornans, petite ville de la Franche- Comté de Bourgogne, à quatre lieues de Besançon. Elle appartenait à cette fraction de la bourgeoisie qui avait comme le monopole des charges municipales et de judicature. Pierre Perrenot, aïeul d'Antoine de Granvelle, était juge châtelain d'Ornans. Son père , Nicolas Perrenot , exerça les fonctions d'avocat du roi au bailliage de celte ville , après avoir suivi à l'université de Dôle les leçons d'un des plus célèbres jurisconsultes de ce temps , Mercurin d'Arbois , également franc-comtois d'origine, mais piémontais de naissance. Lorsque ce dernier eut été investi de la confiance de Charles-Quint , il n'oublia point son ancien élève. L'illustre professeur, devenu chancelier de l'empereur, comte de Gattinara dans le Milanais et cardinal de l'Église romaine, se plut à favoriser l'avancement d'un jeune homme dont il avait pu apprécier l'aptitude et le discernement. Grâce à celte protection. Nicolas Perrenot fut nommé conseiller au parlement de Dôle, secrétaire de Marguerite d'Autriche, qui était usufruitière des comtés de Bourgogne et deCharolais, et enfin maître des requêtes de l'hètel de l'empereur. Employé dans les affaires les plus importantes et les plus épineuses, chargé en 1526 de prendre part à la rédaction du traité de Madrid , il appela sur lui l'attention et sut mériter à son tour la bienveillance de l'empereur. Il avait supporté tout le poids des affaires pendant la dernière maladie de Mercurin de Gattinara, et dès lors il était désigné comme le successeur naturel de ce puissant ministre. En i 530, à la mort de Gattinara, Charles- Quint donna effeotivement sa confiance entière à l'homme d'État que le chancelier avait en quelque sorte formé ; mais il ne remplaça point Gattinara en cette dernière qualité, parce que Charles avait résolu de prendre lui-même la direction suprême et exclusive