‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 1 sur 131 · ROE DES GRÈS · texte numérisé non relu

ROE DES GRÈS

ib.uiis la première partie de cet ouvrage, j'ai raconté les événements dont les Pays-Bas furent le théâtre depuis l'abdication de l'empereur Charles- Quint, en 1SS5, jusqu'à la prise de la Brielle par les gueux de mer, en 1572.

Je me propose de continuer mon œuvre en traçant le tableau du soulèvement des Hollandais et des Belges contre la domination espagnole.

Tâche considérable et difficile. Puisse- je la remplir sinon avec succès, du moins avec le dévoue-

ment que réclament l'iniportance et la i^randeiir (lu sujet!

La prise de la Brielle marque le commencement d'une ère nouvelle. Les Pays-Bas, qui gémissaient sous la plus cruelle des oppressions, se réveillent tout à coup. La Hollande et la Zélande s'insurgent et combattent pour la liberté avec un héroïsme admirable. Les provinces belges s'agitent et ne tardent point à soutenir les insurgés du Nord. Bientôt Hollandais et Belges s'uniront étroitement pour rétablir leurs privilèges confisqués, recouvrer leur indépendance détruite, repousser à jamais la domination étrangère, abolir l'Inquisition et associer glorieusement la liberté religieuse à la liberté politique.

Telle est l'époque qui est décrite dans ce livre. Si cette période célèbre peut être regardée comme la plus sombre et la plus tragique de nos annales, elle offre aussi les exemples les plus mémorables de vaillance et de patriotisme.

Maîtres de leurs destinées, le Nord et le Midi des Pays-Bas auraient pu fonder leur Union sur des

bases indestructibles et maintenir leur indépendance envers et contre tous. Formant une puissante confédération, ils auraient occupé, sans aucun doute, une place importante parmi les États européens, ils auraient changé le cours des événements. Malheureusement les grands patriotes du xvi<^ siècle avaient, sauf quelques exceptions glorieuses, plus d'énergie, plus de fanatisme que de sagesse.

Une scission fatale, désunion désastreuse pour les provinces du Midi, vint clore cette époque, qui s'était annoncée avec tant d'éclat.

Mais détournons encore les yeux de ce dénoùment, Contemplons plutôt la grande lutte que nos pères soutinrent pour la liberté politique et pour les droits de la conscience.

Le soulèvement de la Hollande ressemble vraiment à une épopée, même parfois à une guerre de géants.

Voyez ces rudes compagnons et ces soldats dévoués du Taciturne; voyez cette poignée d'hommes qui aifrontent, avec un meheilleux courage et une

ténacité sans égale, la formidable puissance de l'Espagne ! Qui les a éclipsés ? Ne sont-ils pas aussi dignes d'admiration que les compagnons de Thémistocle? Ne méritent- ils pas l'immortalité aussi bien que les légions des Césars ?

Honorons, glorifions donc ces valeureux patriotes, ces héros de la révolution des Pays-Bas ! — Mais, en rappelant le noble courage et le dévouement, quelquefois sublime, des adversaires de Philippe II, ne dissimulons point les fautes qu'ils ont commises.

Ces souvenirs à la fois glorieux et tristes, legs sacré de nos pères, doivent être l'enseignement de la postérité.

Bruxelles, l^r décembre 1862.

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