L-ÉVAN&ILE DEVANT LA RÉVOLUTION
L y avait alors à Paris un prêtre dont la voix agitait et charmait le peuple. Sa grande taille, sa chevelure noire étaient d'un guerrier ; il avait le regard d'un apôtre, il avait le sourire d'une femme. Lorsque , du haut de la chaire , U animait la foule au.\ combats de la liberté, vous eussiez dit Savonarole; et cependant il y avait en lui quelque reflet de cette grâce pénétrante qui, dans saint François de Sales , faisait accourir les enfants et parlait au cœur troublé des mères.
L'énergie contenue et l'austérité conviennent surtout à la dictature souterraine du confesseur, au gouvernement caché' des esprits : les vertus de Claude Fauchet furent aussi orageuses (|ue la place publique, où s'exerça leur empire.
Les années riantes, les années de la jeunesse, il les avait passées à veiller les morts , sans que ce funèbre ofiice eût pUé à des habitudes de méditation son esprit emporté. Bientôt il était devenu prédicateur du roi , titre qu'il gagna par son talent et perdit par son indépendance. Philosophe chrétien, membre de la secte des illuminés, complice des espérances de l'audacieuse école dont Weishaupt , Saint-Martin, Giigliostro et Mesmer avaient représenté les divers aspects, Fauchet avait la réputation d'un réformateur quand la Révolution s'ouvrit. On vantait le patriotisme de ses élans; on citait de lui mainte page enflammée; on le montrait prêchant un jour à l'abbaye de Longchamp, devant la belle-sœur du monarf{ue, décrivant la vie du pauvre en paroles pleines de sanglots, puis s'arrètant tout à coup pour anathématiser les grands de la terre, et, le ^■isage altéré, le bras étendu vers la princesse , s' écriant : « Pardonnez, madame , je vais remuer la boue du cœur humain. »
U y avait en lui de l'homme de guerre. Envoyé, au 14 juillet, sous les murs de la Bastille assiégée, il y avait respiré, avec un bonheur dont il ne se cachait pas, l'acre parfum des batailles, et il se plaisait à étaler sa robe de prêtre criblée de balles. Jésus-Christ n'avait-il pas dit - « Je suis venu apporter dans le monde non la paix, mais l'épée. » Il est vrai qu'il avait dit aussi . « Quelqu'un vous frappe-t-il sur la joue droite, présentez la joue gauche. » Mais, suivant Fauchet, ces deux textes n'étaient contradictoires qu'en apparence ; ils se rapportaient à deux phases diverses du développement social : il faut aux prédicateurs d'une doctrine qui commence le courage du martyre; aux défenseurs d'une doctrme déjà mûre, il faut le courage du combat.
Du reste, la véhémence de Fauchet n'était pas sans un mélange de sensibilité exquise. A ses plus violents transports succédaient des attendrissements profonds, ineflables, qu'un rien provoquait : le passage d'une figure attristée, une lointaine harmonie, un cri plaintif, la vue d'un enfant. Pourquoi craindrions -nous de le dire? il fut aimé, il aima; mais de ce chaste amour qu'avait inspiré à Fénelon la Rêveuse des torrents, amour qui habite les hautes régions de l'idéal, soleil de l'âme dont la lumière colore toutes les choses de l'intelligence. Attaqué, au sujet de ses relations avec Mme Galon, Fauchet écrivit :
« Je n'ai jamais menti. Je suis sévèrement reKgieux. Ma croyance est ferme et raisonnée.... Mes mœurs sont exac'.es, et cependant hardies comme mon caractère. Je chéris les