LE ROI RAMENÉ A PARIS
conseils; mais il est venu avant vous, et je n'ai plus rien à TOUS dire , sinon que je n'ai pas eu l'intention de partir et que je ne m'éloignerai pas de l'Assemblée nationale. » Mounier, pour la seconde fois, retourna à son poste.
Lafayette, chargé de veiller au salut de la famille royale, ne fut cependant autorisé à garnir de ses sentinelles à lu que les postes extérieurs du château, les gardes du corps de service occupant tous les postes intérieurs, et leur détachement ayant pris position sur la terrasse de l'orangerie. Mais tel était le trouble inséparable des circonstances, que mainte précaution indispen.sabie fut négligée, et que, par exemple, la porte de la cour de l'Opéra resta ouverte toute la nuit.
Néanmoins , soit ignorance du véritable état- des choses, soit conGance aveugle en son étoile, Lafayette se rendit de nouveau chez le roi, pour l'assurer que la nuit serait tranquille et qu'il répondait de tout. Ses propos assoupirent les craintes , et le roi , toujours facile à persuader, se coucha.
Aussitât, saisi d'une singulière impatience de communiquer la contagion de sa sécurité , Lafayette fit savoir à Mou nier qu'il pouvait lever la séance et aller prendre quelque repos : d'où le surnom de général Morphée donné dérisoirement à Lafayette par les royalistes. Lui-même, il prit la roule de l'hôtel de Noailles, où il s'endormit de ce sommeil qui, aux yeux des partisans de la cour, allait être le moins pardonné de ses crimes.
Comme la nuit était froide et pluvieuse, la milice parisienne s'était dispersée dans les églises, dans les écuries, dans les cafés, sous les portes et dans les cours des maisons. Ceux qui n'avaient pu trouver d'asile ou que l'iiabitude de souffrir avait endurcis à la douleur, se tenaient accroupis, sur les places, autour de grands feux allumés de distance en distance. Quelques inconnus au visage sombre rôdaient aux environs du château.