GRANDE FÉDÉRATION
test, point de noblesse, point de religion dominante.... On
vous a montré dans la cathédrale de Paris ce vilain colosse
de Saint - Christophe ? Les rois ressemblent assez à cette
énorme sculpture, qui n'est qu'un vain épouvanlail sur son
piédestal ; mais si ce colosse était suspendu à la voûte, ne
frissonneriez -vous pas? Eh bien, monsieur, nous avons mis
K Saint-Christophe en lieu de sûreté, et tous les magots qui
Ht pesaient sur nos têtes sont brisés. Des fourbes, en vous pré-
^H sentant cette singulière carte géograpiiique, d'où la France a
^■disparu, ont étrangement abusé de votre crédulité. Pour
^Bmoi, qui suis en France sans avoir l'honneur d'être Français.
je vois tout différemment; car, quand je fixe les yeux sur une mappemonde, il me semble que tous les autres pays ont disparu, et je ne vois que la France.... Vous ignorez, monsieur, le véritable sujet de notre dispute avec les aristocrates. Il s'agissait d'une pyramide posée sens dessus dessous, et que nous avons eu l'habileté et le courage de remettre sur sa large base. Nous parlions à Londres avec enthousiasme des [)yramides d'Egypte : vous n'avez qu'à franchir le pas de Calais, pour en voir une dont l'aspect vous jettera en extase. Venez, vous me trouverez digne d'être votre cicérone, comme vous m'avez trouvé digne d'être votre ami. »
Tel fut l'opulent baron prussien, Jean-Baptiste Glootz , surnommé par lui-même Anacharsis, et à qui vint l'idée de bien marquer que la fédération n'était pas exclusivement française. Une fois son projet arrêté, le voilà qui rassemble dans Paris un certain nombre d'étrangers : Anglais, Espagnols, Allemands, Hollandais, Italiens, Tartares, Persans, Turcs, Arabes, Américains, et le 19 juin, date célèbre que l'abolition de la noblesse consacra, il se présente, suivi du cortège cosmopolite, à l'Assemblée nationale. A l'aspect de ces hommes en costumes divers, •< les initiés, raconte ironiquement Ferrières, remplissent la salle d'acclamations bruyantes, tandis que les tribunes, ivres de joie de voir l'univers au milieu de l'Assemblée, battent des mains, trépignent, des pieds. » Menou présidait. Glootz s'avance et dit :
« Le faisceau imposant de tous les drapeaux de l'empire français, qui vont se déployer, le 14 juillet, dans le Champ de Mars, dans ces mêmes lieux où Julien foula tous les préjugés, où Gharlemagne s'environna de toutes les vertus, cette cérémonie civique ne sera pas seulement la fête des Français, mais encore celle du genre humain. La trompette qui sonne la résurrection d'un grand peuple a retenti aux quatre coins du monde , et les chants d'allégresse d'un chœur de vingtcinq millions d'hommes libres ont réveillé des peuples ensevelis dans un long esclavage.... Un nombre d'étrangers, de toutes les contrées de l'univers, demandent à se ranger au milieu du Champ de Mars, et le bonnet de la liberté, qu'ils élèveront avec transport, sera le gage de la délivrance prochaine de leurs malheureux concitoyens. Jamais ambassade ne fut plus sacrée. Nos lettres de créance ne sont pas tracées sur des parchemins ; mais notre mission est gravée en signes ineffaçables dans le cœur de tous les hommes. »
Le président de l'Assemblée répondit en peu de mots, avec une grave émotion, et la députation obtint les honneurs de la séance.
Les ennemis de la Révolution avaient été frappés de ce que le mouvement des fédérations prophétisait ; mais en attaquer le principe, ils ne s'étaient point emportés jusque-là : dès qu'on sembla l'exagérer, leur colère s'échappa par cette issue. Ils s'étudièrent à couvrir de ridicule le philosophe prussien et son cosmopolitisme ; ils répandirent que sa députation n'était qu'un ramas de vagabonds payés pour jouer un rôle et affublés d'habits d'emprunt. L'assertion eût-elle été vraie, la trivialité de l'expédient employé laissait entière, pour peu qu'on la considérât en elle-même , la valeur de ridée émise ; mais enfm, ce fait, dont les écrivains royalistes se sont emparés, Clootz le nia publiquement, formellement, sur le ton de la sérénité la plus méprisante : « On a prétendu que notre Arabe était un Turc emprunté à l'Opéra, et f[ue le Ghaldéen n'avait jamais vu l'Euphrate. Ces savants Orientaux sont trop connus à la Bibliothèque du roi et au Collège royal, pour qu'il soit besoin de réfuter de pareilles sornettes.-.. Dans la séance du 19, un huissier qui parle anglais et qui passe pour aristocrate, vint du fond de la salle causer avec nous , sïmaginant que nos Anglais étaient de Ghaillot. On lui répondit en bons termes miltoniens, et il s'en retourna tout confus vers ceux de la droite qui l'avaient envoyé. »
Cependant, la date désirée approchait. Mais voilà que tout à coup une vague inquiétude pénètre les esprits ; on parle de trames abominables, de catastrophes imminentes, d'un carnage odieusement préparé ; on assure qu'au moment de la confédération, des mines ouvertes sous l'École militaire doivent, éclatant soudain, engloutir des milliers de victimes; on annonce une Saint -Barthélémy- des prêtres et des nobles.
Parmi les ennemis de la Révolution, les uns crurent à ces bruits, les autres affectèrent d'y croire, et la désertion commença. Heureux peut-être de l'occasion qui s'offrait à eux de fuir l'obligation d'un serment que leur cœur détestait, des députés royalistes demandèrent précipitamment des congés, M. de Saint-Simon, par exemple. Des familles entières sortirent de la capitale, comme frappées d'épouvante, et la panique fut au point que, dans ses Annales patriotiques, Carra, au nom de la sécurité publique, somma bien haut Lafayette de s'expliquer.
A leur tour , répondant à ces terreurs par des terreurs contraires, quelques patriotes se déclarent exposés à des vengeances que ne servira que trop bien, en les enveloppant de son tumulte, une fête à laquelle sont appelés tant d'inconnus. « On affirme, écrit à Marat un citoyen du district des Récollets, que, dans une maison de la rue Saint-Honoré, il a été saisi une prodigieuse quantité de bâtons à stylets. » Quand tous seront au Champ de Mars, qui empêcherait une bande de malfaiteurs soldés de l'envaliir, de le piller, de le brûler ?
Loustalot combattit ces rumeurs : « Elles détournent , écrivait-il, notre attention des grands objets qui nous environnent. » Marat lui-même, Marat n'osa qu'à demi s'abandonner à ses soupçons ordinaires ; et, toutefois, il disait : « Lafayette répondra sur sa tête de la moindre égralignure faite à MM. Barnave, Lameth, Robespierre, Duport, d'.\iguillon et Menou. »
La Commune intervint, de son côté, par une proclamation où on lisait : a Que ceux qui affectent la terreur sortent donc puisqu'ils le veulent ! qu'ils fuient la fête de la liberté, sous prétexte de dangers chimériques ; mais que les amis de la Révolution restent; qu'ils songent qu'on ne voit pas deux fois un pareil jour. » Et le lendemain , on distribuait dans les rues une lettre dont l'auteur, nommé Guillaumot, informait Bailly qu'il n'existait aucune fouille d'anciennes carrières sous l'emplacement de l'École militaire.
A la cour, le sentiment qui dominait, c'était l'espérance.- Une fois la province arrivée, plus de Paris ; étoufle sous la France, il cesserait de jeter des flammes : on aimait à se nourrir de cette illusion. Et puis, le hasard, l'imprévu, qui sait? la puissance d'un regard du roi, d'un gracieux sourire de la reine, sur des hommes moins familiarisés que ceux de Paris avec le prestige des diadèmes, tout cela n'avait-il rien qu'on pût ajouter au chapitre des chances heureuses?
Une circonstance gâta ce beau rêve. Après avoir prévenu l'Assemblée nationale de son retour, par une lettre ipie de La Touche, député de Montargis, lut daus la séance du 5 juillet, le duc d'Orléans arriva de Londres. I«a cour aurait dû s'y attendre, et cependant elle se montra consternée. La première visite du duc avait été pour l'Assemblée, dont il était membre; la seconde fut pour le roi, auquel il avait toujours témoigné le plus profond respect. Mais quels traits empoisonnés que ceux qui s'enfoncèrent alors dans son cœur! Aussitôt qu'il parut, de toutes parts l'outrage l'environna; les femmes lui tournaient le dos; les hommes le regardaient en face avec l'attitude de la provocation et le sourire du mépris ; comme s'il eût apporté là, caché dans le creux de sa main , ce genre de meurtre qui n'exige pas du courage , on murmurait autour de lui : Prenez garde aux plats ! et quand il descendit, on lui cracha, du haut de l'escalier, sur la tête. Louis XVI, en l'apercevant, lui avait dit ces dures paroles : Venez, monsieur, vous apprendrez à Hre bon Français.
Et les préparatifs de continuer, au milieu d'un mouvement
VISION SUBLIME DE L'AVENIR
extraordinaire des esprits. D y avait sur la place des Victoires quatre statues représentant les provinces enchaînées aux piedfi de Louis XIV ; afin d'épargner aux fédérés l'humiliatioQ d'un pareil spectacle , et conformément à un vœu émis dans la séance du 19 juin, on les enleva, non sans exciter de la part des royalistes outrés quelques plaintes qu'Anacharsis Clootz tourna spirituellement en ridicule : « Les sols regrettent ces quatre figures, sous prétexte de la beauté de l'art; mais les sots ne voient pas que l'enlèvement de ces statues st une des plus belles figures de l'art oratoire! »
Rappeler en détail tout ce que la vie bouillonnante de Paris produisit pendant les mois de Juin et de juillet, trop difficile vraiment serait la tâche. Il y eut des montagnes de brochures ; il y eut un croisement inouï de motions, en général, très -noblement inspirées. L'un demandait que, le 14 juillet, chacun dressât sa table en pleine rue; l'autre, lus le nom de club de la fédération, proposait l'établissement d'une sorte de bazar intellectuel où, à leur arrivée, les Flamands pussent rencontrer les Provençaux, où Bourgui- 'uons et Languedociens, Lorrains et Béarnais, pussent enuer en communion de pensées; un troisième, faisant observer qu'une route de cent lieues n'avait pas effrayé les braves Bretons, témoignait, pour eux, l'espoir d'un accueil iriomjilial : * Toute la Grèce se leva devant Thémistocle, quand il parut aux jeux olympiques..» Chose caractéristique! une confédération d'écrivains, proposée par Loustalot, acceptée par Camille, fut au moment de s'accomplir.
Seul, Alarat restait inquiet, violent et sombre. Tant de joie l'attristait. Dans cet entraînement vers l'unité nationale, ^on intelligence glacée ne voyait que la passion du bruit, que la fureur des nouveautés. Ce pacte fédcratif, si désiré, il le dénonçait comme un « moyen d'as.scrvissement, » et irrité lie l'incrédulité que rencontraient ses noires prophéties, il répétait sans cesse : « J'aurai le sort de Cassandre. » L'Assemblée ayant décrété et le roi sanctionné la formule de serment suivante : * Nous jurons de rester à jamais fidèles à la nation, à la loi et au roi ; de maintenir de tout notre pouvoir la Constitution; de protéger, conformément aux lois, la sûreté des personnes et des propriétés, la libre circulation lies grains et la perception des contributions pubhques ; de demeurer unis à tous les Français par les liens indissolubles lie 'la fraternité; • Marat s'écria : c Quoi! nous ferons le -erment téméraire de maintenir indistinctement tous vos dérets? celui du veto? celui de la loi martiale? celui du marc I argent? » et, le visage tourné vers les faubourgs, il ajoutait : « Pour vous charger de fers, ils vous amusent par des jeux d'enfants. Ils couronnent de fleurs les victimes. » ...Eh! |ioun{uoi envier ainsi à ce peuple qui est destiné à tant souffrir, quelques instants pleins d'un charme héroïque? sontoUes donc si fréquentes dans l'histoire des nations, les journées où des milliers d'hommes se sentent à la fois bons et heureux? Ah! si tout cela ne doit être qu'un rêve, ne le troublez pas! Elles viendront bien assez vite, les heures de la colère !
C'était le Champ de Mars, on l'a vu, qu'on avait destiné à servir de théâtre à la fête. Or, les travaux à accomplir l'-taient considérables, sur un espace qui ne comprenait pas moins de trois cent mille pieds carrés. Il fallait de chaque eûté de celte arène immense relever les terres en talus propres à porter la masse des spectateurs ; il fallait creuser le sol à une grande profondeur et le retourner en tout sens ; il II!! lit, conformément au plan adopté, édifier entre l'amphi- 'iii'àtre et la rivière un arc de triomphe égal en dimensions I celui de la porte Saint-Denis ; il fallait enfin, au milieu du
Champ de Mars, construire l'Autel de la patrie. Le nombre des ouvriers mis en œuvre fut de quinze mille ; mais la besogne avançait si lentement que, le 7 juillet, l'impossibilité d'être prêt pour le 14 fut reconnue..., à moins pourtant de quelque miracle, et le miracle se fit. Sur une simple lettre adressée à la Chronique de Paris par un garde national du bataillon de la Trinité, nommé Cartheri, lequel proposait à tous les Parisiens de se transformer subitement en ouvriers, la ville entière, hommes, femmes, enfants, vieillards, s'élança vers le Champ de Mars , par un de ces élans irrésistibles dont seule la France est capable. Qu'on se figure trois cent mille ouvriers volontaires, de tout âge, de toute condition, revêtus des costumes les plus divers, et, du matin au soir, dans la douce ivresse d'un commun désir, avec cette harmonie qui naît d'elle-même de l'accord des âmes, sous la loi d'une cordiale égalité, au bruit des chansons, creusant, roulant, reversant la terre avec autant d'ardeur que des soldats en mettent à ouvrir une tranchée. Courage ! courage ! c'est la fête de la patrie qu'il s'agit de préparer : que les vieillards se raniment ; que les jeunes garçons accourent ; que les fiancées viennent par leur présence faire de la fatigue un enchantement et sourire aux plus braves ! Ce fut un prodige. Un étranger écrivait à un de ses amis, alors en Suisse : « Je viens de voir attelés au même chariot une bénédictine, un invalide, un moine, un juge, une courtisane. • On remarqua Sieyès et Beauhamais qui piochaient côte à cAte. A quelques pas d'un joyeux groupe chantant avec toute la vivacité française, non pas le terrible Ça ira de 93 , mais celui de 90 : Ça ira, ça ira; celui qui s'élève on l'abaissera, les Chartreux, conduits par Dom Gerle, travaillaient silencieux et recueillis. L'abbé Maury s'étant abstenu, les charbonniers mirent à un d'entre eux un manteau court et un rabat, le garrottèrent, rappelèrent Maury, et le conduisirent gaiement au Champ de Mars, derrière leur drapeau. Pas un invalide qui eût manqué à l'appel, même de ceux qui n'avaient qu'un bras ou une jambe ; les aveugles aidaient à tirer les tombereaux. Loustalot raconte, avec un attendrissement dont il ne peut se défendre, que des hommes coiffés de bonnets de papier sur lesquels on lisait : Révolutions de Paris ayant fait leur apparition, le Ciiamp de Mars retentit d'applaudissements. Mais ce qui fut émouvant, sur toutes choses, ce fut la sainte ardeur de l'homme de peine, du manœuvre, du laboureur, venant, après une longue journée de labeur, prendre leur part de la besogne patriotique.
Est-il besoin de dire qu'au travail se mêlait le plaisir? A chacpie instant passaient des soldats affublés d'un capuchon ou des moines sous le casque; les guimpes voltigeaient à côté des longs mirzas des chananéennes ; le tombereau qui partait plein de terre revenait orné de branchages et chargé du groupe rieur des jeunes femmes qui concouraient auparavant à le traîner. Les théâtres se signalèrent, assure une actrice, Louise Fusil, dans ses Mémoires. Chaque cavalier choisissait une dame à laquelle il offrait une bêche bien légère, ornée de rubans ; et, musique en tête, on allait au rendez-vous universel. Il fallut, comme on pense bien, inventer un costume qui résistât à la poussière : une blouse de mousscbne grise, des bas de soie et des brodequins de même couleur, une écharpe tricolore, un large chapeau de paille , telle fut la tenue d'artiste. Il plut! on ne fit qu'en rire; les femmes les plus élégantes, pour la première fois de leur vie, je suppose, sacrifièrent de bon cœur leurs plumes et leurs linons; on appela les ondées les larmes des aristocrates, et, au grand étonnement des étrangers, témoins de ces scènes fabuleuses, on continua vaillamment sous la pluie.
Que le lecteur philosophe ne reproche pas dédaigneusement à l'histoire de se complaire en de semblables détails. Jamais problème plus important et plus profond ne reçut une solution plus décisive. Cette théorie du travail attrayant, loi certaine de l'avenir et que l'esprit réformateur de notre dix-neuvième siècle a si puissamment mise en lumière , elle fut appliquée alors d'une manière presque fortuite , d'instinct , et avec quels admirables résultats I Nonseulement des travaux qui semblaient devoir coûter des années se trouvèrent achevés en une semaine; mais, pendant tout ce temps, le niveau de l'humanité parvint et se maintint à une élévation extraordinaire. Car, au sein d'une confusion apparente , à peine descriptible , l'ordre observé fut admirable. Nul propos injurieux, nulle querelle. Dirigeait les travaux qui s'en jugeait capable : les autres obéissaient. Dans l'innombrable foule rassemblée là au hasard , il n'y avait pas une sentinelle , et l'on ne signala ni un homme en état d'ivresse ni un voleur. Des brouettes chargées de tonneaux de vin parcourant les groupes, ceux-là seuls burent dont les forces étaient épuisées. On pouvait laisser sa montre .sur le sable et partir : on la retrouvait. Il a donc son point d'honneur comme la guerre, le travail! Exception, direî-vous? Et pourquoi de l'exception ne s'étudierait-on pas à faire la règle? En quoi consiste le progrès si ce n'est à rétrécir de plus en plus le mal et à élargir le bien? Mais non : ce genre glorieux d'émulation qui a toujours paru si naturel sur un champ de carnage, on le déclarera, longtemps encore peut-être, impossible dans l'atelier! Longtemps encore peutêtre, la GLOIRE ne sera que de s' entr' égorger au bruit des fanfares. 0 folie des hommes!
Cependant, les fédérés arrivaient de toutes parts, les armes hautes , le bagage sur le dos, le front couvert de sueur et de poussière, l'œil animé. Paris reçut tour à tour les Lorrains , les Normands , les enfants de l'énergique Bretagne , les montagnards du Jura, les Marseillais toujours fiers de leur Mirabeau. Nombre de vieux soldats, pliant sous le poids des fatigues militaires , s'étaient retrouvés jeunes pour quelques jours, et venaient du fond de la France à pied! On leur fit à tous une réception digne des âges héroïques. Les vainqueurs de la Bastille coururent embrasser les Bretons sur la route de Saint-Gyr. Cent convives eurent leur couvert mis à la table de Lepelletier Saint-Fargeau. Beaumarchais ne fut pas moins magnifique ; pauvres ou riches, tous rivalisèrent d'empressement; on put dire que, dans Paris, il n'y avait plus qu'une table et un toit.
Parmi les fédérés , beaucoup n'ayant jamais franchi les limites de leurs provinces, et quelques-uns même n'étant jamais sortis de leurs villages , ce ne devait pas être pour eux un médiocre sujet de curiosité que de contempler de près le roi, qu'on disait si bon, la reine surtout, cette reine qu'on disait si belle.
Louis XVI alla au-devant de ce désir avec bonhomie et charma par la simplicité de ses manières ses respectueux visiteurs. Il laissa pénétrer jusqu'à lui le commandant des Bretons, et comme celui-ci se jetait à ses genoux, il le releva , le pressa contre sa poitrine , et d'une voix attendrie : « Portez cet embrassement à vos camarades. •• Camille l'en loua , d'un ton à demi railleur : « Ce n'était point , écrivit-il en parlant de ce baiser paternel , le brève oscuhnn de Tibère à Germanicus. >• Louis XVI accueiUit aussi d'une façon trèsafl'able une députation des fédérés tourangeaux, qui venait lui offrir un anneau donné autrefois par Henri IV aux Bénédictins de Marmoutiers : il prit l'anneau et promit de le porter le jour de la Fédération.
Quant à la reine, elle ne chercha point à dissimuler devant les nouveau-venus la tristesse dont son âme était remplie, soit fierté, soit secret dessein d'éveiller autour d'elle une pitié ciievaleresque. Aussi bien, une décision ré(;pnte l'avait profondément blessée : il avait été arrêté , dans le programme de la fête, que ni elle ni ses enfants n'auraient au Champ de Mars une place officielle, ce qui était la traiter, non comme la reine , mais comme la femme du roi , suivant l'expression dont aimait grossièrement à se servir Camille Desmoulins. Elle se montra donc atteinte de mélancolie au milieu de la joie universelle, sans oser révéler toutefois le fond de ses pensées autrement que par des plaintes voilées et des mots obscurs , comme lorsqu'elle répondit à quelques fédérés qui criaient sur son passage : « Vive la reine ! » « Oh! oui, mais on vous trompe.... » Le passage suivant d'un récit aussi naïf qu'authentique et précis fera juger de l'effet que pouvait produire une semblable attitude , adoucie par beaucoup de grâce : « L'avant -veLUe de la confédération des Français, les fédérés eurent ordre de se réunir l'aprèsmidi aux Champs-Elysées pour passer la revue du roi. Une pluie abondante fit changer l'ordre, et on défila sous le vestibule devant le roi, la reine et sa famUle. Le département dont je suis, au lieu de l'habit gros bleu, avait adopté pour uniforme l'habit bleu de ciel , revers et parements rouges, ce qui nous donnait un air étranger qui nous fit remarquer par la reine. J'étais chef de file du premier peloton : soit pour mieux nous examiner, ou que le passage, très-étroit , fût engorgé de curieux, on nous arrêta deux minutes environ devant le roi. La reine se penche, me tire doucement par la basque de mon habit, et me dit : Monsieur, de quelle province êtes-vous? — De celle où régnaient vos aïeux, fut la réponse que je fis en baissant mon sabre. — Quoi! vous êtes?... — Vos fidèles Lorrains; et je disais vrai. Elle me remercia par une inclination accompagnée d'un regard que je vois encore, tant il me pénétra alors; et se penchant vers le roi, elle lui dit : Ce sont vos fidèles Lorrains. Le roi nous salua de la tête, et comme nous continuâmes de défiler, je n'en vis pas davantage. Eh bien, ce peu de mots, ce regard qu'aucun de mes camarades ne perdit , nous avaient tous émus au point que nous étions prêts à exécuter tout ce que ces deux infortunés nous eussent ordonné dans le moment. •
Mirabeau avait trop de sagacité pour ne pas comprendre ce que renfermait de puissance le prestige qui environnait encore le trône. Il aurait donc voulu qu'on mît un soin extrême à en tirer parti. Tremblant que , si on n'y prenait garde, Lafayette ne fût « l'homme des provinces, l'homme unique, l'homme de la Fédération, » il insistait pour que le monarque se produisît le plus possible ; pour que lui-même il invitât les ambassadeurs étrangers ; pour qu'il s'en fît un imposant cortège ; surtout pour qu'il se tînt prêt à prononcer au Champ de Mars un discours de nature à ramener à lui toutes les pensées. Ce discours , Mirabeau désirait vivement qu'on le chargeât de le rédiger; mais son orgueil attendait qu'on le lui demandât. La timidité de Louis XVI en décida autrement. Le 13 juillet, l'archevêque de Toulouse mandait ce qui suit au comte de La Marck : « Depuis que je vous ai écrit, monsieur le comte, la reine m'a fait appeler, comme je passais, en revenant de l'Assemblée. Elle m'a dit qu'il n'y avait pas moyen de gagner sur le roi de parler demain matin; qu'il croyait que ce qu'il devait dire à la députation très-nombreuse de ce soir y suppléerait. La reine m'a dit en même temps les principales idées de son discours qui venait d'être achevé. Elles sont en vérité très-bien, et ce qui m'en paraît plu? merveilleux, c'est que c'est lui qui l'a fait. L'idée
VISION SUBLIME DE L'AVENIR
(l'aller dans les provinces s'y trouve et m'a paru bien amenée. La reine a fait judicieusement effacer une phrase qui semblait .l'aire dépendre ce voyage des travaux de l'Assemblée. »
La députation dont l'archevêque de Toulouse parlait dans cette lettre fut en effet présentée, ce soir là même, au roi par le général Lafayette, dont la harangue, d'ailleurs assez froide, finissait ainsi : « Les gardes nationales de France jurent à Votre Majesté une obéissance qui n'aura de bornes que les lois et de terme que la vie. »
Louis XVI répondit avec effusion :
t Puisse le jour solennel où vous allez renouveler votre
serment à la constitution chasser la discorde, rétablir le calme, fixer le règne de la liberté et des lois!... Défenseurs de l'ordre public ! dites de ma part à vos concitoyens que je voudrais pouvoir leur parler à tous comme je vous parle ; dites-leur de ma part que leur roi tst leur père, leur frère, leur ami ; qu'il ne saurait être heureux que de leur bonheur et grand que de leur gloire ; puissant que s'ils sont libres ; riche que s'ils prospèrent ; dites-leur que s'ils souffrent, il souffre avec eux. Par-dessus tout , portez mes paroles ou plutôt les sentiments de mon cœur dans la cabane du pauvre, dans l'asile des malheureux; dites-leur que, quoiqu'il
JOUTE SUR l'eau en mémoire DE LA GRANDE FÉDÉRATION
ne soit pas en mon pouvoir oe tous accompagner à leurs demeures, je veux être toujours avec eux par mon affection , veiller sur eux, vivre et, s'il le faut, mourir pour eux. Dites aussi aux différentes provinces de mon royaume que plus tôt il me sera permis par les circonstances de satisfaire mon désir de les visiter avec ma famille, plus heureux je serai. •
Il se leva enfin, le jour attendu. Le rendez-vous des fédérés avait été fixé au boulevard du Temple ; c'est de là qu'ils partirent, rangés par département sous quatre-vingt-trois l>annières, larges carrés blancs sur chacun desquels était peinte une couronne de chêne. Les vieillards portaient les drapeaux ; et comme signe de la future abdication des ar-
mées, les députés des départements précédaient et suivaient, sabre en main , les députés militaires qui s'avançaient, eux . l'épée au fourreau. Le cortège traversant les rues Saint- Martin, Saint-Denis, Saint-Honoré, se rendit par le Goursla-Ileine à un pont de bateaux construit sur la rivière, à travers une population innombrable qui inondait les rues, couvrait les quais, se pressait à toutes les fenêtres. Sur le passage, ce n'étaient que ijénédictions et vivats. Les hommes accourus au-devant des fédérés leur tendaient la main avec transport ; les femmes leur venaient offrir du vin et des fruits. Dans la rue de la Féronnerie, les Béarnais s'arrêtèrent tout à coup, et saluèrent en silence le lieu où Henri IV fut assassiné. A la place Louis XV, l'Assemblée nationale,
rejoignant le cortège, y prit place entre le bataillon des vieillards et celui des enfants, vive image des fêtes lacédémoniennes dont parle Plutarque. On s'était mis en marche à huit heures du matin, et ce fut à trois heures et demie seulement qu'on atteignit le Champ de Mars.
Là un spectacle d'une grandeur inouïe, auquel se mêlait je ne sais quel charme attendrissant. Environné d'arbres et d'arbustes , le Champ de Mars apparaissait comme plongé dans un océan de verdure. Quatre cent mille spectateurs , hommes et femmes, s'étageaient sur des gradins décrivant un cintre incliné, tout le long d'un cirque, qui, ouvert par un arc de triomphe , se terminait par la façade de l'École militaire. De ce côté, huit vastes galeries ornées et couvertes dont le trône occupait le milieu. Le roi avait un habit à la française : pas de sceptre, pas de couronne, pas de manteau de pourpre, aucun de ces hochets dont s'amuse la servilité des peuples qui ne sont point sortis de l'enfance ou qui y sont retombés. La reine portait des plumes aux couleurs de la nation. Au milieu, l'Autel de la pairie, et sur les marches, vêtus d'aubes blanches que coupaient des ceintures tricolores, la face tournée vers la rivière, deux cents prêtres.... et à leur tête cet évêque au regard ironique, au sourire faux, Talleyrand !
A trois heures et demie la cérémonie commença. Après la messe qui fut célébrée au son des instruments militaires , révoque d'Autun bénit les quatre-vingt-tipis bannières. Puis, le canon retentit. S'avançant aussitôt et appuyant sur l'Autel son épée nue, Lafayette prononça le serment. Alors, avec le roulement des tambours, avec le bruit de cent pièces d'artillerie, qui d'échos en échos devait faire parvenir jusqu'aux frontières l'auguste nouvelle, un cri s'éleva, un seul cri poussé par quatre cent mille bouches. Sous la môme inspiration, par un même mouvement, tous les bras se tendirent vers l'Autel de la patrie. Au loin , les spectateurs dont les fenêtres étaient chargées s'unirent à cet élan, et l'on cita un père qui prit la main de son fils au berceau pour le faire participer à l'engagement sacré. Le roi, contre l'attente gémérale, ne se rendit pas à l'Autel. Ce fut de sa plate, à haute Toix du reste et d'un air satisfait, qu'il, dit : « Moi, roi des Français, je jure d'employer le pouvoir que m'a délégué l'acte constitutionnel de l'Etat, à maintenir la constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par moi. " En ce moment, le temps qui était sombre s'éclaircit, les averses que depuis le matin chassait devant lui le vent du nord, cessèrent tout à coup, et un rayon de soleil, perçant les nuages, fit étinceler le Champ de Mars. La reine montra son fds au peuple : « mouvement inattendu, dit Ferrières, qui fut pay '■ par mille cris de « Vive la reine ! vive le dauphin ! » Mais ces cris, selon Loustalot, ne partirent que de la galerie des privilégiés, la galerie couverte.
Vinrent ensuite les réjouissances, les farandoles joyeuses, les danses 'de la Provence , celles de 1 Auvergne. Il avait beaucoup plu dans la journée, et l'eau ruisselait le long des chapeaux, des robes, des habits; mais cela môme fournissait matière à des accès de gaieté, et plus d'un pensa peut être ce qu'Anacharsis Clootz écrivait à Mme de Beauharnais : « Qui sait jusqu'où l'idolâtrie provençale pour le roi nous aurait menés avec un coup de soleil sur nos têtes combustibles ? La chaleur étouffa le philosophe Thaïes aux jeux olympiques, mais la pluie n'a jamais tué personne. »
Le soir, vingt-deux mille couverts attendaient les fédérés .'dans les jardins de la Muette. « Les tables, raconte Camille !D(5smoulins , furent servies avec une magnificence digne ^d'Antoine; a mais il se hâta d'ajouter : « C'est avec ces
vingt-deux mille tables que César faisait supporter sa dict; ture ; si bien que lorsque ensuite les Caton et les Tubéio;i voulant, pour satisfaire à l'usage établi, régaler le peuple, étendaient sur le tiiclinium des peaux de chèvre, ils étaient rejetés de la préture ! »
Loustalot, de son oôté, ne fut pas sans accompagner de quelques remarques chagrines l'expression de sa joie patriotique. Il trouva mauvais que le roi, qui essuyait à la chasse les plus fortes pluies, n'eût pas consenti à aller à pied, parce qu'il pleuvait, au milieu de la nation délibérante et armée. Il demanda pourquoi on avait arboré un drapeau blanc sur le trône; il se plaignit surtout des scènes d'idolâtrie dont Lafayette avait été l'objet, de la part d'un certain nombre de fédérés qu'on avait vus, au Gliamp de Mars, se jeter à ses genoux et embrasser ses mains, son habit, ses bottes, jusqu'à la selle de son cheval blanc. Il est certain que, s'il y avait eu un héros de la journée, c'était lui, et le peuple l'avait beaucoup applaudi avalant avec une intrépide confiance un verre de vin que lui présentait un inconnu.
On juge si Mirabeau fut inconsolable d'un tel triomphe! Aussi, dînant ce soir-là en compagnie de l'abbé Sieyès et de Stanislas Girardin, il leur dit d'un ton plein d'amertume ; « Avec un pareil peuple, si j'étais appelé au minis; ère, 'poignardez moi ; car un an après, vous seriez tous esclaves ! •
Quant à Marat, sa fureur était au comble. « Pourquoi cette joie effrénée? pourquoi ces témoignages stupides d'..llégresse? La Révolution n'a été encore qu'un songe doulourei pour le peuple. •
Ainsi, la solennité de la Fédération n'était pas encoi terminée, que déjà le patriotisme alarmé, l'ambition déçui l'envie, les noirs pressentiments, prenaient la p<irole. N'importe! un grand acte venait d'être accompli, et l'histoire de la nation française comptait un beau jour de plus.
Les Parisiens ne voulaient pas se séparer si vite de leui frères de la province ; il les retinrent , le plus longtemj ([u'ils purent, par des fêtes. Devant eux, avec eux, ils portèrent en triomphe, orné d'une couronne civique et ceint d'une écharpe de feuilles de chêne, le buste de l'immortel Jean- Jacques. Trois nuits durant , l'emplacement de la Bastille servit de salle de bal. L'illumination offrait le plan régulier de la forteresse. Quatre-vingt trois arbres qu'on avait Irans-i plantés portaient presque à chacune de leurs branches des lampions de diverses couleurs, formant une immense voùi de lumière. Sur le lieu même où avaient été trouvés des squelettes de prisonniers, une entrée lugubre conduisait à une caverne dans la([uelle on ap'Srcevait un homme et une femme enchaînés, s'appuyant sur un globe : c'étaient les figures qui avaient si longtemps décoré le cadran de l'horloge de la Bastille. Au seuil des anciens cachots convertis en bocages , on lisait cette inscription d'une simplicité sublime : Ici l'on danse.
Parmi les pièces de théâtre que la circonstance inspira, i' y eut deux comédies qu'il n'est pas sans intérêt de rappeli i à cause du nom de leurs auteurs : l'une était de Ronsiu . l'autre de CoUot d'Herbois.
On avait remarqué au Champ de Mars trois cents Anglais portant sur leur poitrine un ruban avec ces mots : Ubi Hurlas, ibi pairiii. C'était bien comprendre l'esprit de la Fédération. Et en efl'et, ce ne fut pas seulement à Paris qu'on la célébra. A Londres, il se donna, à cette occasion, plusieurs festins patriotiques, un entre autres où Sheridan, le docteur Price assistèrent, et qiie présida lord Stanhope. On y but à la majesté du peuple , à la destruction de la BastiUe, à la Révolution, à la France.
VISION SUBLIME DE L'AVENIR
0 dominateurs des nations, prenez-leur la liberté, s'ils ont la folie de vous la li^Ter;mais gardez-vous d'avilir ou d'épuiser leur enthousiasme ; oui, grâce au moins pour l'enthousiasme, l'eu divin, plus important à conserver chez un peuple que celui que les vierges antiques entretenaient sur l'autel de Vesta !
Telle fut cette fête de la Fédération, image anticipée d'un monde nouveau, véritable prophétie en action, la plus surprenante peut être et la plus haute vision de l'avenir qu'ait jamais eue un grand peuple. Sans doute 0 ne fut pas tenu, ce serment qui se liait à des espérances, hélas! trop tôt déçues ; mais la France n'en avait pas moins écrit là, et de manière qu'il fût impossible de la déchirer désormais , la première page d'un livre destiné à être repris phis tard et continué. Peuple léger, disent du peuple français les esprits superficiels, en le voyant tour à tour sublime et tombé, aujourd'liui plein d'un glorieux délire, demain abattu, tantôt emporté jus'{u'à la licence, tantôt comme endormi aux pieds d'un maître. Les détracteurs de la France ne se doutent pas~^ qu'il n'y a en ceci de léger qu'eux-mêmes, et qu'à la frivolité de leur appréciation se mêle le crime de l'ingratitude. Si la France est livrée au tourment d'une fluctuation perpétuelle ; si sa vie se compose d'une alternative de succès et de revers; s'il lui est donné d'étonner la terre par tant d'aspects divers et imprévus, c'est |>arce (jue l'initiative du progrès moral est
en elle, parce que son sol est le champ de toutes les expérimentations de la pensée ; c'est parce qu'elle cherche, parce qu'elle explore, parce qu'elle se risque, parce (ju'elle souffre et se bat, parce qu'elle court les aventures, pour le coraptt du genre humain tout entier. Lorsque, au prix de fatigues mortelles, elle se trouve avoir fait quelque découverte précieuse ; lorsque, le sein déchiré, elle se trouve avoir remporté quelque magnanime victoire, si, baignée dans son sang et épuisée, elle se couche un moment sur le bord du chemin pour reprendre des forces, les autres nations la montrent du doigt d'un air railleur, et elles avancent avec calme, elles ([ui profitent du résultat sans s'être affaiblies par l'effort, en faisant honneur à leur propre sagesse de ce qu'elles doivent au dévouement du peuple précurseur et martyr. « Dieu veuille, nous disait un jour le plus profond penseur de l'Angleterre moderne, John Stuart Mill, Dieu veuille que jamais la France ne vienne à manquer au monde ! Le moiide retomberait dans les ténèbres. » Le philosophe anglais disait vrai. Il est un flambeau à la lueur duquel fous les peuples marchent, quoi()ue à pas inégaux, du côté de la justice, et comme il est porté à travers les tempêtes, il ne faut pas s'étonner si quelquefois, sous le souffle de l'aquilon, il vacille et semble près de s'éteindre. Or. c'est la France qui le tient, ce flambeau !