‹ Histoire de la Révolution française; (volume 4)Chapitre 269 sur 303 · FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU

Le Directoire du département de la Seine crut devoir appuyer le veto par une pétition à l'Assemblée. Rédigée, selon toute apparence, par Talleyrand, elle parut avec sa signature, associée à celles de Germain Garnier, de Brousse, de Beaumetz , de Desmeuniers , de La Rochefoucauld. Le style en était dogmatique et hautain. On y disait : « Puisque aucune religion n'est une loi, qu'aucune religion ne soit un crime. »

Voltaire accourut pour défendre, contre Talleyrand et les hypocrites, les peuples trornpés. Quel effroi parmi les prêtres, quand ils le virent, ce Voltaire qu'ils croyaient mort, reparaître soudain, toujours étincelant de verve, mais rayonnant de jeunesse cette fois, et la lèvre entr'ouverte par un sourire plus violent, dans la personne de Camille Desmoulins! Camille avait dû fuir après l'affaire du Champ de Mars ; mais , comme le Parthe, il n'avait cessé de lancer ses flèches en fuyant.

Sur la scène où venait de s'aventurer Talleyrand, il s'élança pour l'écraser. Le 11 décembre, il apporta dans l'Assemblée une contre-pétition qu'il pria Fauchet de lire, parce qu'il se défiait de sa voix. C'était un chef-d'œuvre de grâce et de malice , comme presque tout ce qui sortit de cette plume d'or. « Dignes représentants , les applaudissements sont la liste civile du peuple.... » Il continuait dans ce style charmant, se gardant bien de reprocher au roi son veto; car il était tout simple qu'un roi n'aimât point la souveraineté nationale et s'opposât précisément aux meilleurs ' décrets. Machiavel n'avait -il pas dit qu'U serait par trop cruel de trouver mauvais qu'un prince résistât constamment à la volonté générale, attendu qu'il est contre nature de tomber volontairement de si haut ? Le bon cœur de GamUle se rangeait bien vite à cette maxime , et , en excusant le roi, il prenait exemple de Dieu , dont les commandements ne sont point impossibles. Mais les vrais coupables , c'étaient ceux qui, après avoir fait très-bien fusiller les pauvres pétitionnaires du Champ de Mars, et avoir sévi dans la Constitution contre tout écrit provoquant à l'avilissement des pouvoirs, s'en venaient maintenant décrier l'Assemblée nationale par une pétition, « premier feuiUet d'un grand registre de contrerévolution, véritable souscription de guerre civile, envoyée à la signature de tous les fanatiques , de tous les esclaves permanents et de tous les idiots. • Là-dessus, la conduite à tenir était toute tracée d'avance. Contre les princes conspirateurs, la foudre ; contre un directoire insolent, la verge. Vive était la péroraison : Exorcisez le dém.on du fanatisme par le Jeûne..., et.... frappez à la tête!

L'Assemblée décréta l'envoi du procès -verbal de cette séance aux départements ; mais, le lendemain, remis de leur troubles, les Feuillants firent si bien, qu'au milieu des murmures par où éclatait l'indignation des galeries, le décret d'envoi fut rapporté.

Ainsi se poursuivaient la guerre aux émigrés, la guerre aux prêtres : restait à décider.,., la guerre aux rois.

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