OAS I ON CAMUS
II. CH. DE LAMETH — III. CH. F. BOUCHÉ — IV. THOUUET V. MARQUIS DE FEKRIÈRES
Nous nous occuperons des moyens de conciliation qu'on nous propose. »
Toute révolution trouve, à son début, des hommes qui la servent débile encore et médiocre, mais qui cherchent à l'entraver aussitôt qu'elle se fortifie, qu'elle s'agrandit, qu'elle menace de devenir sublime. De ces hommes furent Mounier et Malouet. Le premier déjà s'interrogeait avec anxiété sur les suites. Le second essaya, dès lors, de glacer le mouvement. Effrayé du calme indomptable des Communes, efl'rayé des airs hautains de la, noblesse, Malouet ne craignit pas d'inviter la force à prendre l'attitude suppliante de la faiblesse. Il rédigea un projet de déclaration où il était dit :
« Nous devons et désirons ardemment nous réunir à nos
codéputés du clergé et de la noblesse Nous espérons de
leur patriotisme et de toutes les o])ligations qui leur sont communes avec nous qu'ils ne différeront pas plus longtemps de mettre en activité l'assemblée nationale.... Nous en sommes d'autant plus impatients.... que nous sommes affligés de n'avoir encore pu rendre au roi, par une députation des États généraux, les remercîments respectueux, les vœux et les hommages de la nation. Nous déclarons formellement être dans l'intention de respecter et n'avoir aucun droit d'attaquer les propriétés et les prérogatives honorifiques du
clergé et de la noblesse » Quel accueil les Communes
feraient- elles à un projet où le niveau des sentiments et du langage était à ce point abaissé? Malouet eut des doutes à cet égard; car, avant de risquer sa motion, il crut devoir consulter un personnage qui ne faisait point encore partie de la représentation nationale, mais ([ui avait la main dans les événements et qu'une mélancolie sauvage, une énergie concentrée, une parole sentencieuse et sobre conduisaient au rôle de la profondeur. Ce personnage, c'était le fame\ix abbé Sieyès. 11 applaudit au respect de Malouet ])our les propriétés des deux premiers ordres, mais il lui conseilla de se taire sur les prérogatives honorifiques. * Auriez-vous donc, s'écria Malouet surpris, le dessein de détruire la noblesse? — Oui, certainement. — Et vos moyens? — Nous en trouverons. Il faut au moins placer des jalons. Ce que nous ne pourrons faire, nos successeurs l'exécuteront. » Ainsi, détruire la noblesse eût été l'affaire de la génération à venir : et voilà ce que pensait alors, ce ([ue disait Sieyès, l'homme aux combinaisons sûres, le calculateur vanté I •
Malouet présenta sa motion aux Communes, qui la rejetèrent.
11 fallait pourtant prendre un parti. Le clergé, la noblesse avaient élu des commissaires conciliateurs : il s'agissait de savoir si, à leur tour, les Communes en désigneraient. C'est ce que proposa, le Ik mai, Rabaut-Saint-Êtienne, ministre protestant de Nîmes, à condition néanmoins « qu'on ne se départirait pas des principes de l'opinion par tête et de rindivisibililé des Étals généraux. » Mais tant de réserve parut une humiliation ou un péril à Le Ghajielier, député de Rennes. Il n'y avait plus, suivant lui, qu'à faire énergitjuement , péremptoirement la déclaration suivante : « Les députés des Communes ne reconnaîtront pour représentants légaux que ceux dont les pouvoirs auront été examinés par des commissaires nommés en assemblée générale.... chaque député ne pouvant recevoir que d'elle seule la sanction qui le constitue membre des États généraux. » C'était couper court aux tergiversations, et si l'appel à l'unité n'était pas entendu, jeter le gant du combat. L'Assemblée s'agite, elle se partage. Un petit nombre se range autour de Le Chapelier; la plupart sont pour Rabaut-Saint-Êtienne Un député d'Arras, Maximilien Robespierre, se lève «ilors, et, désespé-
rant de voir adopter la vigoureuse motion de son collègue de Rennes, il adjure l'assemblée de s'abstenir du moins à l'égard des nobles d'une démarche dont triompherait leur orgueil, et de ne s'adresser qu'à l'ordre où se trouvaient, à côté de prélats superbes, les modestes et populaires confesseurs de l'Évangile. Robespierre avait rédigé son projet : il demande qu'on en délibère. Mais son influence était si bornée, sa voix avait si peu d'empire, qu'on dédaigna d'opiner sur l'avis qu'il venait d'ouvrir. La motion de Robespierre était donc étouflée , quand Mirabeau s'en empara et en fit le texte d'un discours brûlant que résumaient ces mots : « Envoyez au clergé, messieurs, et n'envoyez point à la noblesse; car la noblesse ordonne et le clergé négocie. » Le 18 mai, après quatre jours de débat , l'opinion de Rabaut-Saint- Etienne l'emportait. Une commission, dont il fit lui-même partie, fut aussitôt nommée : on y trouvait Rarnave, on y cherchait Mirabeau.
Les conférences commencèrent donc. Et les députés de la noblesse choisirent ce moment pour annoncer qu'ils renonçaient à leurs privilèges. Mais, de leur part, c'était moins un élan qu'un calcul. Rien résolus à ne rien céder sur la question décisive du vote en commun, ils voulaient couvrir de l'éclat d'un sacrifice patriotique ce qu'avait de périlleux leur isolement obstiné. Il est juste d'ajouter (jue ce sacrifice était commandé à beaucoup d'entre eux par leure cahiers mêmes, et qu'il répondait aux sentiments généreux de la minorité des gentilshommes. Les conférences furent de courte durée : on ne put s'entendre; et le 26 mai, sur la proposition du duc de VUlefiuier, la chambre de la noblesse rompit l)rusquement les négociations. La lutte s'envenimait.
De leur côté, les Communes n'étaient pas sans ressentir comme un sourd ébranlement de passions contraires. Observateur encore ol>scur des hommes et des choses, déjà Robespierre cherchait à deviner les transfuges, et il les marquait en silence au fond de son cœur. Dans les lettres qu'il écrivait aux plus intimes confidents de ses pensées, il signalait déjà les desseins de Malouet, artisan dangereux du triomphe exclusif de la bourgeoisie, et il se réjouissait du déclin des réputations f[ui n'étaient pas une force pour le peuple : celles de Target et de Mounier, par exemple. Mirabeau, il le craignait peu, lui sachant un caractère capable de ces défaillances où le génie perd toute autorité, sinon tout éclat. Il y aurait des divisions, certainement; des trahisons, peut-être. Mais Robespierre se rassurait en apercevant autour de lui « plus de cent citoyens disposés à mourir pour la patrie. »
Du reste, les dissidences au sein des Communes n'avaient alors rien que de très-vague, et elles n'empêchaient pas le tiers de croître, à l'égard de la noblesse, en confiance et en fierté. Tout le servait d'ailleurs. L'amour de la concorde lui donnait pour auxiliaires, dans la chambre du clergé, des prêtres tels que les curés Rallart, Jallet, Dillon, Grégoire. Le sentiment de la justice uni au goût de la popularité lui valait pour soutiens, dans la chambre des nobles, une minorité où figuraient le duc d'Orléans, Alexandre et Cliarles de Lameth, Lafayette, le marquis de Castellane, le comte de Grillon, le comte de Montmorency. Parmi les femmes de la cour, plusieurs, et des plus spirituelles, des plus influentes, faisaient d'un essai de patriotisme l'occupation de leurs loisirs; on citait Mesdames de Staël, de Goigny, de Castellane, d'Aiguillon, de Luynes comme assistant aux séances des Communes, donnant des dîners politiques, parlant constitution, inspirant des brochures, et entretenant l'ardeur plébéienne. Enfin, Paris achevait de nommer ses représentants : secours impatiemment allendu. Et en effet, ce fut le 25 mai qu'on vit
ASSEMBLEE NATIONALE
«ntrer dans la salle des Etats les vingt députés nouveaux que la capitale envoyait. Or, parmi eux, l'abbé Sieyès et Bailly. Le premier arrivait sombre, taciturne et résolu. Le second fut saisi, en abordant la. salle des États, d'une émotion mêlée <l'eml)arras et de respect. Portant l'iiabit noir, le manteau, la chevelure longue, la cravate, costume d'éticjuette que beaucoup déjà commençaient à abandonner, Bailly s'avança d'un air timide, regrettant un peu son importance de l'Hôtel de Ville, et semblable, il l'a confessé naïvement lui-même, à un
fils de famille cpii, de la maison paternelle où il était l'objet de mille soins, passe tout à coup dans le grand monde où l'on ne prend pas garde à lui. Mais il avait des vertus qu'on allait bientôt saluer en sa personne : de la modération, de la fermeté. C'étaient les vertus de l'heure présente.
Les Communes ne pouvaient donc fléchir. Mais à leur patient, à leur inébranlable vouloir la noblesse opposait les violences de l'oi^ueil irrité. Elle suivait avec un emportement liautain la route que lui traçaient le long des abîmes d'Épré-
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l'armée française sous lOL'IS XVI
1. CARDE DE LA MANCHE — 2. ET AT-M A JOR , CARDES FRANÇAISES — 3. CUIRASSIER DU ROI — i. CARABINIER