‹ Histoire de la révolution franc̜aise (volume 2)Chapitre 14 sur 26 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Cette France exaspérée, avec son Assemblée nationale, a enfin obtenu quelque chose ; sans aucun doute, quelque chose de grand, d’important, d'indispensable; cependant reste toujours cette question : En quoi particulièrement? Question difficile à résoudre, même pour des spectateurs calmes à la distance où nous nous trouvons; tout à fait insoluble pour les acteurs qui y sont mêlés. Les États généraux, créés et mis en mouvement par l’effort passionné de toute une nation, c’est une chose grande et placée bien haut. L’espérance en jubilation s’écrie qu’ils seront comme un miraculeux serpent de bronze dans le désert, guérissant tous les maux, toutes les morsures de serpent chez quiconque le regarde avec foi et obéissance.

Quant à nous, nous pouvons répondre qu’ils serviront de bannière symbolique, autour de laquelle les vingt-cinq millions' exaspérés et gémissants, jusqu’ici isolés et sans

pouvoir, vont se rallier et faire le travail qui leur est donné (le faire. Si ce travail doit être un combat, comme on ne peut s’empêcher de le présumer, alors ce sera une bannière de combat (comme le gonfalon italien dans son vieux carroccio) ; il sera porté haut sur un char étincelant au soleil, et avec une langue de fer fera retentir plus d’un signal. Chose de première nécessité; laquelle, soit à l’avant-garde, soit au centre, soit conduisant la multitude qui combat, soit conduite par elle, doit lui rendre d’incalculables services. Pendant quelque temps, alors que cette bannière flotte aux premiers rangs, même lorsqu’elle reste là immobile et solitaire, attendant que la force se groupe autour d’elle, le carroccio national et la cloche du signal qu’il fait tinter au loin seront pour nous la principale affaire du temps.

Le présage des chapeaux rabattus gardés sur la tête montre que les députés sont bien décidés à une chose : savoir, que ni la noblesse, ni le clergé n’auront la préséance sur eux, à peine Sa Majesté elle-même. Voilà où nous ont conduits le Contrat social et la force de l’opinion. Qu’est-ce, en effet, que Sa Majesté, sinon le délégué de la nation ; délégué et marchandé (d’une manière même assez serrée) dans une assez singulière situation d’affaires, dont Jean-Jacques n’a pas fixé la date?

Venant donc le lendemain, dans leur salle, masse inorganique de six cents individus, ces députés des communes voient sans terreur qu’ils l’occupent tout seuls. Leur salle est aussi la salle générale pour les trois ordres. Mais il paraît que la noblesse et le clergé se sont retirés dans leurs deux chambres séparées, et s’occupent là à vérifier leurs pouvoirs, non conjointement, mais séparément. Vont-ils donc constituer deux ordres séparés, votant peut-être sé-

parement? C’est comme si la noblesse et le clergé avaient silencieusement résolu qu’il en serait ainsi. Deux ordres contre un; et ainsi le troisième laissé toujours en perpétuelle minorité?

Beaucoup de choses peuvent rester indécises, mais ce qui est décidé, c’èfet que cette séparation ne sera pas acceptée; c’est décidé dans la tète des chapeaux rabattus, dans la tête de toute la nation française. Sans quoi la double représentation et tout le reste qu’on a obtenu deviendrait nul. Sans doute, les pouvoirs doivent être vérifiés; sans doute, la commission, les documents électoraux de chaque député doivent être examinés et validés par les députés frères: c’est le préliminaire de tout. Cette question, d’ailleurs, de la faire séparément ou conjointement, n’est pas en elle-même vitale : mais si elle entraîne la question vitale? Il faut s’y opposer. Bien sage est cette maxime : Résistez aux commencements. Principiis ubsta. Et puis quand la résistance serait hors de propos, dangereuse même, cependant l’attente est toute naturelle; l’attente, avec vingt-cinq millions d’hommes derrière soi, peut devenir une assez solide résistance. La masse inorganique des députés des communes se retranchera dans un système d 'inertie, et, pour le moment, reste inorganisée.

Cette méthode, convenable en même temps à l’habileté et à la timidité, est adoptée par les députés des communes ; et avec adresse, avec plus de ténacité, ils y persistent jour par jour, semaine par semaine. Pendant six semaines, leur histoire est du genre nommé stérile, lequel, ainsi que le sait la philosophie, est souvent le plus fertile de tous. Ces jours furent leurs jours de tranquille création, leur période d’incubation. En fait, ce qu’ils faisaient judicieusement était de ne rien faire. Journellement le corps

inorganique se rassemble, regrette de ne pouvoir être organisé par la vérification des pouvoirs en commun, de ne pouvoir commencer à régénérer la France. S’il se fait des motions violentes, il faut les réprimer; l’inertie seule est inattaquable et invincible.

La ruse doit être combattue par la ruse, d’orgueilleuses prétentions par l’inertie, par un ton modéré de douleur patriotique, modéré, mais opiniâtre, inaltérable. La sagesse du serpent, la douceur de la colombe : quel spectacle pour la France ! Six cents individus inorganiques, essentiels pour sa régénération et son salut, siègent là. sur leurs bancs elliptiques, aspirant passionnément à la vie, dans une pénible attente, comme des âmes cherchant à naître. Des discours sont prononcés, pleins d’éloquence, retentissant au dedans et au dehors. L’esprit s’agite, l’esprit répond ; la nation contemple avec un intérêt de plus en plus vif. C’est ainsi que les députés des communes continuent l’incubation.

Il y a des réunions privées, des soupers, des consultations, le club breton, le club de Viroflay, germes de beaucoup de clubs. C’est un élément de bruits confus, d’obscurités, d’ardeurs irritées, où cependant l’œuf de l’avenir peut se tenir en sécurité, sans être cassé avant l’éclosion. Il y a pour cela assez de savoir chez vos Mounier, vos Malouet, vos Lechapelier, assez de ferveur chez vos Barnave et vos Rabaut.

Parfois vient une inspiration du royal Mirabeau ; il n’est nullement encore reconnu pour royal : même, à la première mention de son nom, il se produisit des murmures; mais il lutte pour se faire reconnaître.

Dans le cours de la semaine, les communes ayant appelé au fauteuil leur député le plus âgé, en lui donnant

de jeunes aides avec de bons poumons, peuvent maintenant parler distinctement et déclarer en termes lamentables, entendus au loin, qu’elles forment un corps inorganique, aspirant à devenir organique. Des lettres arrivent; mais un corps inorganique ne peut ouvrir des lettres, elles restent intactes sur le bureau. Le président d’âge peut tout au plus se procurer une liste ou un rôle pour compter les votes ; il attend les événements. La noblesse et le clergé sont tous deux ailleurs. Cependant un public avide encombre toutes les tribunes, tous les coins; ce qui est un encouragement. Après quelques efforts, il est enfin décidé, non qu’une députation soit envoyée, car comment un corps inorganique enverrait-il des députations, mais que certains individus, membres des communes, iront d’une manière accidentelle dans la chambre du clergé, puis dans celle de la noblesse, et diront là, comme une chose observée par eux, que les communes semblent les attendre pour vérifier leurs pouvoirs. C’est la méthode la plus sage. Le clergé, où il se trouve une multitude de non dignitaires représentant les communes en robes de curés, envoie aussitôt une députation déclarant sur un ton respectueux qu’il est et va être plus que jamais tout occupé de cette besogne. La noblesse, au contraire, répond d’un ton cavalier, quatre jours après, que, pour sa part, elle est entièrement vérifiée et constituée et qu’elle avait cru que les communes l’étaient également, la vérification séparée ayant toujours été la sage méthode constitutionnelle des ancêtres : ce que cette noblesse se fera un plaisir de démontrer par l’envoi d’une commission de son ordre, si les communes veulent envoyer une commission de leur côtél Immédiatement après vient une députation du clergé, répétant d’un ton de conciliation insidieuse la

même proposition. Ici commencent les perplexités : que

décideront les communes dans leur sagesse?

Avec prudence, avec inertie, les sages communes, considérant qu’elles forment, sinon le tiers état de la France, au moins une agrégation d’individus prétendant à ce titre, décident, après cinq jours de discussion, qu’il sera nommé une commission, avec injonction sous-entendue de ne pas se laisser convaincre : un sixième jour se passe à nommer la commission ; un septième, un huitième à fixer les formes de la réunion, la place, le jour et l’heure ; de sorte que ce n’est que dans la soirée du 23 mai que la commission de la noblesse se rencontre avec la commission des communes, celle du clergé prenant le rôle conciliateur, et alors commence la tâche impossible de la conviction. Une autre réunion suffira le 25 mai : les communes ne se laissent pas convaincre ; la noblesse et le clergé persistent à vouloir convaincre ; les commissions se retirent, chacune maintenant ses premières prétentions (1).

Ainsi se sont écoulées trois semaines. Pendant trois semaines, le carroccio du tiers état, avec le gonfalon vu au loin, est resté immobile, narguant les vents, attendant les forces qui doivent se grouper autour de lui.

L’imagination seule peut concevoir les sentiments de la cour; les conseils succédant aux conseils, et l’inanité creuse et sonore, égarée dans le tourbillon confus, où la sagesse ne trouvait aucune place. Cette machine à impôts si habilement montée est debout, organisée avec un incroyable labeur, et se tient là, ses trois compartiments

(1 ) Histoire parlementaire, t. I, p. 379-422, Compte rendu du 6 mal nu 1 er juin 1789.

en contact ; ses deux volants sont la noblesse et le clergé, et l’arbre de couche, le tiers état. Les deux volants tournent de la manière la plus facile, mais, chose prodigieuse à contempler, l’immense arbre de couche reste immobile, se refuse à marcher. Les plus habiles ingénieurs sont en défaut. Mais quand commencera-t-il, comment travaillera-t-il? D’une manière effrayante, mes amis ; quant à lever des impôts et à moudre du grain pour la cour, on peut prévoir qu’il n’en fera rien. Ah 1 si nous avions pu continuer à lever les impôts à la main! N’y a-t-il pas quelque vérité dans les présages de monseigneur d’Artois, Conti, Condé (nommés le triumvirat de la cour), les auteurs de l’antidémocratique Mémoire au roi? Ils peuvent balancer en reproche leurs têtes superbes ; ils peuvent fouetter leur pauvre cervelle ; mais les plus habiles ingénieurs ne peuvent rien. Necker lui-même, dût-on l’écouter, commence à pôlir. La seule chose que l’on trouve à propos est de faire venir des soldats. Deux nouveaux régiments et le bataillon d’un troisième sont déjà arrivés à Paris, d’autres se mettront en marche, bans tout état de choses, il est bon d’avoir des troupes à portée ; il est bon que le commandement soit en des mains sûrs. Que de Broglic soit nommé ; le vieux maréchal duc de Broglie, vétéran disciplinaire, avec la solide moralité d’un sergent recruteur, sur qui l’on peut compter.

Car, hélas ! ni le clergé, ni la noblesse ne sont ce qu’ils devraient être et ce qu’ils pourraient être en face des menaces du dehors, c’est-à-dire compactes et unis au dedans. La noblesse, il est vrai, a son Catilina ou Crispin d’Espréménil, aux sombres regards, avec ses ardeurs de renégat, son bruyant Mirabeau-Tonneau ; mais aussi elle a ses Lafayctte, ses Liancourt, ses Lameth ; par-dessus

tous son d’Orléans, qui a brisé pour toujours ses attache de cour et médite pesamment sur les magnifiques prise qu’il peut rencontrer dans son voyage vers le chaos ; ca n’est-il pas un descendant de Henri IV et pouvant ei être héritier présomptif? Et puis, parmi le clergé, tan sont nombreux les curés, voici qu’il se fait des déserteurs : deux petites bandes; dans la seconde le curé Grégoire. Bien plus, on parle de cent quarante-neuf d’entrt eux sur le point de déserter en masse, retenus seulemenl encore par l’archevêque de Paris. C’est une partie qui se perd.

Jugez, durant ce temps, si la France, si Paris se tiennent oisifs I Des adresses venues de près ou de loin abondent ; car nos communes sont devenues assez organiques pour ouvrir des lettres, et même pour en discuter le contenu. Ainsi le pauvre marquis de Brézé, huissier suprême, grand maître des cérémonies, ou quel que fût son titre, écrivant sur quelque affaire de cérémonie, trouve naturel de clore sa lettre par ces mots : « Je suis à vous, monsieur, avec un sincère attachement. — A qui s’adresse, demande Mirabeau , ce sincère attachement ? — Au président du tiers état. — Il n’y a aucun homme en France, reprend-il, qui ait le droit d’écrire cela. » Sur quoi les tribunes ne s’abstiennent pas d’applaudissements (1), suivis des applaudissements du monde. Pauvre de Brézé, les communes ont contre lui une plus vieille rancune, et il n’en a pas encore fini avec elles.

D’un autre côté, Mirabeau a encore eu à protester contre la brusque suppression de son Journal des États généraux , et à le continuer sous un autre titre. Et, dans

(1) Moniteur, Histoire parlementaire, L I, p. 405.

:et acte de vigueur, il a été soutenu par les électeurs de ^aris, encore occupés à rédiger leurs cahiers. Par une idresse à Sa Majesté, ils réclament la complète liberté de a presse, parlent môme de démolir la Bastille et d’élever sur son emplacement la statue de bronze du roi patriote ! /oilà où en sont les riches bourgeois : jugez donc ce qu’il m pouvait être du mélange confus des oisifs, des rôdeurs, les déclassés et de la canaille quintessenciée, tous devenus éleuthéromaniques , tous encombrant les avenues du Palais-Royal ; pensez aux sombres murmures devenus bientôt des hurlements, qui partent du faubourg Saint- Antoine, et des vingt-cinq millions en danger d’être affamés !

Il y a une incontestable rareté de blé ; que ce soit, cette année, par complot aristocratique, par complot d’Orléans, et l’année passée, par sécheresse et grêle. En ville et en province, le pauvre contemple d’un regard désolé le sort sans nom qui l’attend. Et ces États généraux, qui pouvaient nous faire un âge d’or, sont obligés de rester immobiles, ne peuvent avoir leurs pouvoirs vérifiés! Tout travail languit nécessairement, si ce n’est celui de faire des motions.

Dans le Palais-Royal, on a élevé, apparemment par souscription, une espèce de tente en planches de bois (1) très-commode, où un patriotisme choisi peut maintenant à son aise rédiger des réclamations, émettre des harangues, quelque temps qu’il fasse. Espèce de domicile satanique où les ardeurs se donnent carrière. Sur une table, sur une chaise, dans chaque café est debout un orateur patriotique: une foule autour de lui à l’intérieur; une foule

(•) Histoire parlementaire, t. I, p. 429.

CARLYI.E. — I. 12

l’écoutant au dehors, la bouche ouverte, encombrant portes et fenêtres, avec des tonnerres d’applaudissements pour toute proposition, toute expression se distinguant par sa hardiesse. Dans le voisinage est la boutique de M. Dessein, le centre du débit des pamphlets; ce n’est qu’en jouant fortement des coudes que l’on peut arriver au comptoir : chaque heure produit son pamphlet ou une litière de pamphlets : « treize aujourd’hui, seize hier, » quatre-vingt-douze dans la semaine passée (1). » Figurez-vous à côté de cela, la tyrannie, la disette, l’éloquence ardente, les rumeurs, la Société pablicole, le club Breton, le club des Enragés. Au fait, chaque café, chaque buvette, chaque réunion sociale, chaque groupe accidentel de la rue, n’était-ce pas, sur toute la surface de la France, autant de clubs d’enragés?

Au récit de tout cela, les députés des communes ne pouvaient qu’écouter avec une sublime inertie de douleur; réduits à s’occuper de leur police intérieure. C’était une position des plus sûres, s’ils la gardaient avec habileté. Que la température ne s’élève pas trop haut : que l’œuf ne soit pas cassé, jusqu’à ce qu’il soit complètement couvé, jusqu’à qu’il se casse de lui-même. L’avide public qui se presse dans les tribunes et dans tous les coins applaudit sans qu’on puisse l’en empêcher. Les deux ordres privilégiés, la noblesse vérifiée et constituée, peuvent regarder de l’air qu’ils voudront, non sans une secrète appréhension au cœur. Le clergé, qui vise à un rôle de conciliation, fait un appel aux tribunes et à la popularité, mais manque son coup. En effet, il vient de sa part une députation, avec de tristes doléances sur la disette de grains , et la

(1) Arthur Young, t. I, p. I0â.

nécessité de mettre de côté de vaines formalités, pour délibérer sur ce malheur public. Proposition insidieuse! que cependant les communes (sur la motion du verdâtre Robespierre) prennent adroitement comme une insinuation ou môme une annonce du clergé sur son intention de se joindre à elles, de constituter les États généraux, et ainsi de diminuer le prix du grain (1). Enfin, le 27 mai, Mirabeau, jugeant le moment venu, propose de renoncer à l’inertie, de laisser la noblesse à son orgueilleux isolement, de faire un appel au clergé « au nom du Dieu de paix » , et de commencer (2). Si à cet appel, il reste sourd, nous verrons! N’y a-t-il pas déjà cent quaranteneuf d’entre eux prêts à déserter?

O triumvirat de princes, nouveau garde des sceaux Barentin, ministre de l’intérieur Breteuil, duchesse de Polignac, et reine trop empressée à écouter, — qu’y a-t-il maintenant à faire? Ce tiers état va entrer en mouvement avec la force de toute la France en lui. Le mécanisme clergé et le mécanisme noblesse, qui devaient servir de beaux contre-poids et de balances, vont être honteusement entraînés par lui et prendre feu avec lui. Qu’y a-t-il à faire? L’OEil-de-Bœuf devient plus troublé que jamais. Propos et contre-propos; une vraie tempête de propos. Des meneurs des trois ordres y sont chaque nuit convoqués, comme autant de magiciens; mais leur magie ne peut conjurer ceci. Necker lui-même y serait maintenant le bienvenu, si son intervention pouvait être efficace.

Que Necker intervienne donc, et au nom du roi. Heureusement, le message incendiaire au nom du Dieu de

(1) Mémoires de Bailly, t. I, p. 114.

(2) Hist. parlementaire, t. I, p. 413.

paix n’est pas encore répondu. Les trois ordres auront de nouveau leurs conférences ; avec ce ministre patriote, quelque chose peut être arrangé, raccommodé. — Pendant ce temps, nous ferons venir les régiments suisses et cent pièces de canon. Voilà ce que décide, pour sa part, l’OEilde-Bœuf.

Quant à Necker — hélas! pauvre Necker, ton opiniâtre tiers n’a qu’un mot, le premier et le dernier, vérification en commun , comme la garantie du vote et de la délibération en commun. Des demi-mesures de la part d’un ami si éprouvé! Ils y répondent par des regards d’étonnement. Les tardives conférences sont promptement rompues : le tiers état, maintenant prêt et résolu, avec un monde derrière lui, retourne à sa salle des trois ordres; et Necker à l’OEil-de-Bœuf, avec le caractère d’un magicien sans magie, — bon seulement à être congédié (1)!

Et ainsi les députés des communes sont enfin, par leur propre force, devenus maîtres du terrain. Au lieu d’un président d’âge, ils ont maintenant leur président élu, l’astronome Bailly. Ils sont en route, mais avec une vengeance. Après beaucoup d’éloquence bruyante ou modérée, portée sur les ailes des journaux dans tout pays, ils ont décidé, le 17 juin, que leur nom n’est plus celui de tiers état , mais d 'assemblée nationale. Ce sont eux donc qui forment la nation ? Triumvirat de princes, reine, noblesse et clergé réfractaires, alors qu’êtes-vous? Profonde question, à laquelle à peine y a-t-il une réponse dans les dialectes politiques du jour.

Sans plus en tenir compte, notre assemblée nationale

(1) Compte rendu des débats , du 1 er au 17 juin 1789, Histoire parlementaire, 1. 1, p. 422-478.

MERCURE DE BRÉZË.

s’occupe à nommer un comité des subsistances , cher à la France, quoique cela ne donne que peu ou point de grain. Ensuite, comme si notre assemblée nationale se tenait ferme sur ses jambes, elle nomme quatre autres comités permanents; puis elle travaille à maintenir la sécurité de la dette nationale, à donner de la fixité à l’impôt annuel; le tout dans quarante-huit heures. C’est à ce degré de vitesse qu’elle marche : les conjurés de l’OEil-de-Bœuf peuvent à bon droit se demander : Vers quel but?

Le moment est assurément venu pour le Deus ex machina, car il y a un nodus digne de lui. La seule question est celle-ci : Quel dieu ? Sera-ce Mars de Broglie avec ses cent pièces de canon? — Non, répond la Prudence; le roi Louis est si mou, si irrésolu 1 Que ce soit le messager Mercure, notre huissier suprême, de Brézé.

Le lendemain, qui est le 20 juin, les cent quarante-neuf traîtres curés, que ne peut plus retenir l’archevêque de Paris, déserteront en corps : que de Brézé intervienne et produise des portes fermées 1 Non-seulement il y aura une séance royale dans cette salle des Menus; mais, jusquelà, il ne s’y fera aucune réunion, aucun travail (excepté celui des charpentiers). Votre tiers état, s’appelant assemblée nationale, se verra soudainement exclu de sa salle, de cette adroite manière, avec des charpentiers, et réduit à ne rien faire; pas même à se réunir, ou à articuler des

lamentations, jusqu’à ce que Sa Majesté, avec sa séance royale et de nouveaux miracles, se trouve prête. C’est ainsi qu’interviendra de Brézé, comme Mercmeex machina , et, si l’OEil-de-Bœuf ne se trompe pas, accomplira le dénoûment.

A propos de ce pauvre de Brézé, il est bon de remarquer qu’il n’a encore réussi dans aucune de ses affaires avec ces communes. Il y a cinq semaines, au baisement des mains de Sa Majesté, le mode prescrit par lui n’obtient que des censures; et puis son sincère attachement , avec quel dédain il fut accueilli. Ce soir, avant souper, il écrit au président Bailly une nouvelle lettre, qui doit lui être remise le lendemain matin, au nom du roi. Laquelle lettre, cependant, Bailly, dans l’orgueil de sa dignité, se contente de mettre toute chiffonnée dans sa poche, comme un billet qu’il ne compte pas payer.

En conséquence, le samedi matin, 20 juin, à travers les rues de Versailles, des hérauts proclament d’une voix perçante qu’il y aura lundi une séance royale , et que jusque-là il n’y aura aucune réunion des États généraux. Et, cependant, au son de cette annonce, nous voyons le président Bailly, avec la lettre de de Brézé dans sa poche, s’avancer, suivi de toute l’assemblée nationale, vers la salle accoutumée des Menus; comme si de Brézé et ses hérauts n’étaient que du vent. Elle est fermée, cette salle, occupée par des gardes françaises. « Où est votre capitaine? » Le capitaine produit l’ordre royal ; des ouvriers, il regrette de le dire, sont tous occupés à élever la plate-forme pour Sa Majesté; malheureusement, on ne peut entrer; tout au plus, peut-on admettre le président et les secrétaires, pour enlever les papiers, que les charpentier? pourraient détruire ! — Le président Bailly entre avec les

secrétaires, et revient emportant les papiers. Hélas! à l’intérieur, ail lieu de l’éloquence patriotique, il n’y a plus que le bruit des marteaux, des scies, des rabots et de toutes les opérations de charpente. Profanation sans pareille.

Les députés se tiennent groupés sur la route de Paris, dans l’ombreuse avenue de Versailles , se plaignant hautement de l’indignité qui leur est faite. Les courtisans, on peut le supposer, regardent par leurs fenêtres, et se frottent les mains. La matinée n’est pas des plus belles; humide, il tombe même une fine pluie. Mais tous les passants s’arrêtent; des patriotes, habitués des tribunes, des spectateurs de toute classe, augmentent les groupes. Des avis audacieux se croisent. Quelques députés exaspérés proposent d’aller tenir la séance dans le grand escalier extérieur de Marly, sous les fenêtres du roi ; car, il paraît que Sa Majesté s’est retirée là-bas. D’autres parlent de faire de la place d’ Armes un nouveau champ de mai des Français libres; ou môme de réveiller par les accents d’un patriotisme indigné les échos de l’OEil-de-Bœuf. Enfin, avis est donné que le président Bailly, aidé du judicieux Guillotin et d’autres, a trouvé un emplacement dans le jeu de paume de la rue Saint-François. Aussitôt, en longues files, comme des grues sur l’aile du vent, les députés s’y dirigent, bruyants et irrités.

Étrange spectacle que celui qui se voyait dans la rue Saint-François, vieux Versailles ! Un jeu de paume dénudé, tel que le représentent les tableaux du temps : quatre murs, nus aussi, excepté dans les hauteurs où règne à l’entour un pauvre appentis de bois servant de galerie aux spectateurs ; dans le bas, ce n’est plus un vain bruit de joueurs, de balles rebondissant sur des raquettes,

mais le fracas retentissant d’une représentation nationale indignée, qui s’y trouve scandaleusement exilée. Cependant une nuée de témoins la contemplent, du haut de l’appentis de bois, des murs, des toits voisins et des cheminées ; la foule accourt vers elle de tous les quartiers, articulant tout haut des bénédictions passionnées. Trouvons une table pour écrire ; quelques chaises, sinon pour s’y asseoir, au moins pour y monter en guise de tribune. Les secrétaires déroulent leurs papiers; Bailly a constitué l’assemblée.

L’expérimenté Mounier, pour qui de telles choses ne sont pas entièrement nouvelles, les ayant vues ou apprises dans des révoltes parlementaires, pense qu’il serait bon, dans ces lamentables et menaçantes circonstances, de s’unir par un serment. — Acclamation universelle, comme de poitrines oppressées qui trouvent de l’air 1 Le serment est rédigé, prononcé hautement par Bailly, et d’une voix si sonore, que la foule des auditeurs l’entend même du dehors et y répond par ses cris de joie. Six cents mains droites se lèvent avec celle du président Bailly, pour prendre Dieu à témoin que les députés ne se sépareront sur l’ordre d’aucun homme; mais se réuniront en en tous lieux, dans toutes circonstances, partout où deux ou trois hommes pourront se rencontrer, jusqu’à ce qu’ils aient fait la Constitution. Faire la Constitution, amis! c’est une longue besogne. Six cents mains, cependant veulent signer, après avoir juré; six cents individus moins un; un fidèle Abdiel, encore visible dans l’histoire par ce seul petit point de lumière, et qu’il faut nommer, le pauvre Martin d’Auch, député de Castelnaudarv, en Languedoc. On lui permet de signer ou signifier son refus ; on le sauve même des colères de la foule, en décla-

rant sa tête dérangée. A quatre heures, les signatures sont toutes apposées : une nouvelle réunion est fixée au lundi matin, avant l’heure de la séance royale, afin que les cent quarante-neuf déserteurs du clergé ne soient pas gagnés : nous nous réunirons à l’église des Récollets ou ailleurs, dans l’espoir que nos cent quarante-neuf nous y joindront, — et maintenant, il est temps d’aller dîner.

Voilà donc la fameuse séance du jeu de paume , dont le bruit a retenti dans toutes régions. Voilà l’apparition de M. de Brézé comme Deus ex machina , voilà le fruit qu’elle produit. Les joyeusetés des courtisans dans l’avenue de Versailles sont transformées en un piteux silence. Est-ce que la cour égarée, avec son garde des sceaux Barentin, son triumvirat et compagnie, s’est imaginée qu’il suffisait de la verge noire ou blanche d’un premier huissier pour disperser six cents députés nationaux portant en eux une constitution nationale, comme autant d’oiseaux de basse-cour ne portant en eux presque rien. Les oiseaux delà basse-cour s’enfuient en caquetant ; mais les députés nationaux font face avec des physionomies de lions, et, avec la main droite levée, prononcent un serment qui doit ébranler les quatre coins de la France.

Le président Bailly s’est couvert d’honneur, ce qui lui méritera des récompenses. L’assemblée nationale est maintenant doublement et triplement l’assemblée de la nation, non-seulement militante et martyre, mais triomphante; outragée, mais au-dessus de l’outrage. Paris se met en vacances encore une fois pour contempler avec des regards sombres la séance royale qui, par un nouveau bonheur, est remise à mardi. Les cent quarante-neuf, et même avec eux des évêques, ont eu tout le loisir d’aller en longue procession rejoindre solennellement les communes

qui siègent en les attendant dans leur église. Les communes les accueillent avec des cris de joie, de9 embrassements et même des larmes (1), car maintenant c’est devenu une affaire de vie ou de mort.

Quant à ce qui regarde la séance elle-même, les charpentiers semblent avoir achevé leur plate-forme, mais tout le reste demeure inachevé. Toute l’affaire en elle-même était futile, nous pourrions dire fatale. Le roi Louis entre à travers un océan de spectateurs silencieux et sombres, irrités par bien des choses, car il tombe aussi une grosse pluie ; il entre devant un tiers état, également silencieux et sombre, trempé de pluie par une attente sous les maigres portiques, et introduit par les portes de derrière pendant que la cour et les privilégiés pénétraient par la grande entrée. Le roi et le garde des sceaux (car Necker est absent) font connaître, non sans longueurs, la détermination de la royale volonté. Les trois ordres devront voter séparément. D’un autre côté, la France peut attendre de considérables bénédictions constitutionnelles , contenues dans les trente-cinq articles (2), que le garde des sceaux s’enroue à lire. Lesquels trentecinq articles, ajoute Sa Majesté en se levant, si malheureusement ils ne rencontrent pas l’accord des trois ordres pour les mettre à exécution, j’exécuterai moi-même: seul je ferai le bien de mes peuples. Ce qui, étant interprété, peut signifier : « Vous, députés hargneux des États généraux, vous n’avez probablement pas longtemps à rester là. » Mais, en somme, tous devront pour aujourd’hui se retirer, pour se réunir ensuite demain matin,

(1) Dumont, Souvenirs sur Mirabeau, t. I, p. 4.

(2) Hist . parlera., t. I, 13.

MERCÜRE DE BRÉZÉ. 245

chaque ordre dans sa salle séparée, pour dépêcher les affaires. Telle est la détermination delà royale volonté : solennelle et claire. Sur quoi, le roi, sa suite, la noblesse et la majorité du clergé se retirent, comme si toute l’affaire était définitivement conclue d’une manière satisfaisante.

Ceux-là donc se retirent à travers un océan de peuple silencieux et sombre. Seulement, les députés des communes ne se retirent pas, mais restent assis dans un morne silence, incertains de ce qu’il faut faire. Un seul homme parmi eux n’est pas incertain, un seul homme parmi eux voit et ose. C’est maintenant que le roi Mirabeau s’élance à la tribune et fait retentir sa voix de lion. Jamais assurément parole ne fut plus opportune ; car, en de telles scènes, la minute est la mère des siècles 1 Si Gabriel-Honoré n’avait pas été là, on peut supposer que les députés des communes, terrifiés des périls menaçants qui maintenant les environnent de toutes parts, et la pâleur de chacun grandissant à la pâleur de tous, auraient très-naturellement, l’un après l’autre, gagné la porte, et tout le cours de l’histoire européenne eût été bien différent.

Mais il est là. Ecoutez le grondement de cette royale voix de la forêt, d’abord sourd et lamentable, puis s’enflant jusqu’au rugissement ! Les yeux s’allument aux feux de son œil ; les députés nationaux ont reçu mission de la nation, ils ont prononcé un serment; ils.... mais regardez ! Pendant que la voix du lion rugit formidable, quelle est cette apparition? C’est M. de Brézé, marmottant on ne sait quoi . « Plus haut ! » s’écrie-t-on. — « Messieurs, reprend de Brézé, d’une voix criarde, vous avez entendu les ordres du roi. » — Mirabeau le regarde avec des yeux étincelants, secoue sa noire crinière de lion : « Oui,

» monsieur, nous avons entendu ce qu’on a conseillé ai » roi de dire ; et vous, qui ne pouvez être l’interprète dj » ses ordres aux États généraux ; vous qui n’avez ici ni » place, ni droit de parler, vous n’êtes pas l’homme qui » peut nous les rappeler. Allez, monsieur, allez dire è » ceux qui vous ont envoyé que nous sommes ici par h » volonté du peuple, et que nous n’en sortirons que paj » la force des baïonnettes (1). » Et le pauvre de Brézé disparaît en frissonnant de l’assemblée nationale ; et aussi (si ce n’est encore dans une seule teinte obscure à quelques mois de là) disparaît finalement des pages de l’histoire.

Infortuné de Brézé ! destiné à survivre pendant de longs siècles dans la mémoire des hommes, de cette triste manière, avec sa verge blanche tremblante dans sa main. Il était fidèle à l’étiquette, sa seule foi ici-bas. Des ma/H teaux courts de laine ne pouvaient pas baiser les mains de Sa Majesté de la même façon que les manteaux longs de velours. Bien plus, quand récemment le pauvre petit Dauphin était étendu mort, et qu’il se présenta une visite en cérémonie, il fut ponctuel à l’annoncer, même au cadavre du Dauphin : « Monseigneur, une députation des États généraux (2). » Sunt lacrymœ rerum.

Mais que fera l’OEil-de-Bœuf maintenant que de Brézé est revenu en frissonnant? Dépêcher la force des baïonnettes? Non pas ; les flots de peuple s’amassent multiples, guettant ce qui se passe. S’élançant même et roulant avec de longs mugissements dans les cours mêmes du château, car le bruit court que Neckerdoit être congédié.

(1) Moniteur, Hist. parlent., t. II, p. 22.

(2) Montgaillard, t. II, p. 38.

MERCERE DE BRÉZÉ. 217

Le pis est que les gardes françaises ne semblent pas disposées à agir; deux de leurs compagnies refusent de tirer, malgré les ordres des officiers (1). Nccker, par suite de son absence à la séance royale, sera acclamé, porté en triomphe, et ne doit pas être congédié. D’un autre côté, Sa Grâce de Paris est réduite à fuir avec les panneaux de sa voiture brisés, et ne doit la vie qu’à la rapidité de ses chevaux. On avait fait sortir les gardes du corps ; on trouve plus sage de les faire rentrer (2). Il n’y a pas à songer à envoyer des baïonnettes.

Au lieu de soldats, l’OEil-de-Boeuf envoie des charpentiers pour défaire la plate-forme. Expédient inefficace I En peu d’instants, les charpentiers cessent de marteler et de démembrer la plate-forme , y restant debout, le marteau en main, et écoutant, bouche béante (3). Le tiers état décrète qu’il est, qu’il était, qu’il sera, rien qu’une assemblée nationale, et de plus une assemblée inviolable, chaque membre inviolable. « Infâme, traître » envers la nation, et coupable de crime capital, sera » toute personne, toute corporation, tout tribunal, cour » ou commission, qui aujourd’hui ou plus tard, durant » la présente session ou après, osera poursuivre, inter- » roger, arrêter ou faire arrêter, détenir ou faire détenir » quelques membres, de quelque part que viennent les » ordres (4). » Cela fait, on peut résumer la journée par ces mots de Siéyès : « Messieurs, vous êtes aujourd’hui ce que vous étiez hier. »

Les courtisans peuvent crier ; mais il en est, il en res-

(1) Uist. parlent., t. U, p. 26.

(2) Bailly, t. I, p. 217.

(3) llisl. patient ., t. II, p. 23

(4) Montgaillard, t. II, p. 47.

CARI.YI.E. — 1. 13

tera ainsi. Leur explosion bien chargée a éclaté à travers le trou de lumière ; les couvrant eux-mêmes de contusions, de confusion et d’une épaisse suie ! Pauvre triumvirat! pauvre reine ! et surtout pauvre mari de la reine I qui a de bonnes intentions, s’il avait quelque intention fixe. La sagesse qui n’arrive qu’après coup est la vraie folie. Il y a peu de mois, trente-cinq concessions auraient rempli la France d’un contentement qui aurait pu durer plusieurs années. Maintenant elles sont sans valeur ; l’idée même en est repoussée ; les ordres exprès de Sa Majesté mis à néant.

Toute la France est en tumulte ; un océan de monde, estimé ît dix mille individus, tourbillonne toute cette journée dans le Palais-Royal (1). Le reste du clergé, et quarante-huit nobles, parmi lesquels d’Orléans, ont passé aux communes triomphantes, par lesquelles, naturellement, ils ont été reçus avec acclamation.

Le tiers état triomphe ; tout Versailles le saluant de ses cris ; dix mille personnes tourbillonnant dans le Palais- Royal, et toute la France debout sur la pointe des pieds, assez prête aussi à tourbillonner 1 que l’OEil-de-Bœuf y prenne garde. Quant au roi Louis, il dévorera ses injures, temporisera, gardera le silence; il veut à tout prix avoir la paix du moment. C’était le mardi 23 juin qu’il articulait péremptoirement son mandat royal ; et la semaine n’est pas passée, qu’il écrit au reste opiniâtre de la noblesse que ce serait l’obliger que de céder. D’Espréménil pousse ses derniers cris de rage ; Mirabeau-Tonneau brise son épée, en faisant un vœu qu’il eût bien fait de tenir. La triple famille est maintenant complète, le troisième frère égaré

(1) Arthur Young, t. 1, p. 119.

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