‹ Histoire de la révolution françaiseChapitre 37 sur 52 · COMME UN NUAGE TONNANT · texte numérisé non relu

COMME UN NUAGE TONNANT

Mais le grand, le principal et essentiel aspect de la consommation de la Terreur nous reste encore à considérer; l’histoire à l’œil myope n’a presque jamais jeté un coup d’œil sur cet aspect, l’âme du tout, et qui rend la Terreur terrible aux ennemis de la France. Que le despotisme et la coalition cimmériennc y réfléchissent. Tout en France, hommes et choses, est mis en réquisition ; quatorze armées sont sur pied, le patriotisme avec toutes les ressources qu’il a dans le cœur et dans la tête,

(1) Deux Amis , t. XIF, p. 62-5.

dans l’àme ou dans le corps, ou dans les poches de ses culottes, vole au\ frontières pour vaincre on mourir I Carnot est occupé au comité de salut public, occupé, pour sa part, « d’organiser la victoire ». La guillotine ne va pas plus vite dans son mortel mouvement de systole-diastole , sur la place de la Révolution, que ne fait l’épée du patriotisme, pour renvoyer les Gimmériens sur leurs propres frontières, et les chasser du sol sacré.

Au fait, le gouvernement est ce que l’on peut appeler révolutionnaire, et quelques hommes sont « à la hauteur »des circonstances, et d’autres ne sont pas « à la hauteur », — tant pis pour eux. Mais l’anarchie, on peut le dire, s’est organisée d’elle-même ; la société est littéralement renversée ; ses forces anciennes agissent avec une folle activité, mais en sens inverse; elle détruit et se détruit elle-même.

Il est curieux de voir comme tout obéit encore à une tête; l’anarchie même a besoin d’un centre de révolution. Il y a aujourd’hui six mois que le comité de salut public a pris naissance ; trois mois que Danton a proposé qu’on lui accordât de pleins pouvoirs « avec une somme de cinquante millions » et que le gouvernement fût proclamé révolutionnaire! Lui-même, à partir de ce jour, a cessé d'en faire partie, bien qu’il ait été sollicité plusieurs fois; mais il siège en simple député sur la montagne. Depuis ce jour, les neuf, dont le nombre est même porté h douze, deviennent permanents et sont toujours réélus quand leur terme est expiré ; le salut public , la sûreté générale, ont adopté leur dernière forme et leur mode d’opérer.

Le comité de salut public est suprême, celui de sûreté générale subalterne; conseil inférieur et conseil supérieur, ces comités, jusqu’ici on ne peut plus d’accord, sont de-

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venus le centre de tout. Ils sont portés par cet ouragan; c’est par la force des circonstances, insensiblement et d’une manière étrange, qu’ils se sont élevés à cette terrible hauteur; — ils le dirigent, et semblent le diriger. Le monde ne vit jamais pareille réunion d’assembleurs de nuages. Robespierre, Billaud, Collot, Couthon, Saint- Just, sans parler des moindres, tels que Amar, Vadier, de la sûreté générale : voilà les maîtres de la foudre. Il ne faut que peu d’intelligence ; et en effet, parmi eux, excepté chez Carnot, occupé d’organiser la victoire, où en trouverez-vous ? Le talent est plutôt d’instinct, c’est celui de deviner ce que ce vaste et muet tourbillon désire et veut; c’est celui de vouloir avec plus de fureur que tout autre, ce que tout le monde veut. Ne s’arrêter devant aucun obstacle ; n’avoir égard à aucune considération humaine ou divine ; savoir bien qu’une seule chose est nécessaire, le triomphe de la république, la destruction des ennemis de la république 1 Avec ce seul talent et quelques autres semblables, il est curieux devoir comment un muet et orageux tourbillon de choses met, pour ainsi dire, ses rênes dant vos mains, et vous invite, vous force à lui servir de chef.

Tout près de là siège la municipalité de Paris ; tous les membres en bonnets rouges depuis le h novembre dernier; tous sont « à la hauteur des circonstances » et même au-dessus. Le doux maire Pache, Chaumette, Hébert, Varlet et Henriot leur grand chef; sans parler de Vincent, le commis de la guerre, de Momoro, de Doblent, et autres de même espèce; tous veulent le pillage des églises, le culte de la Raison, le massacre des suspects et le triomphe de la révolution. Peut-être poussent-ils les choses trop loin? On a entendu Danton murmurer contre

les strophes civiques et recommander la prose et la décence. Robespierre murmure également qu’en renversant la superstition nous n’avions pas l’intention de faire une religion athée. Votre Chaumette et compagnie constituent une sorte de jacobinisme hyperbolique, une « faction des enragés qui a donné de l’ombrage au patriotisme orthodoxe dans ces derniers mois. « Reconnaître un suspect dans les rues »; cela n’est-il pas fait pour mettre la loi même des suspects en mauvaise odeur? Hommes h moitié fous, hommes à zèle outré, — ils se donnent beaucoup de peine avec leurs bonnets rouges, leur mouvement perpétuel, pour remplir ce qui leur reste d’existence.

Et les quarante-quatre mille autres communes, chacune avec un comité révolutionnaire, appuyé sur la Société jacobine, éclairé par l’esprit du jacobinisme, animé par les quarante sous par jour 1 — La constitution française a toujours rejeté avec dédain tout ce qui ressemblait à deux chambres, et pourtant, voyez, n’a-t-elle pas deux chambres en réalité? La Convention nationale élue en est une ; la Mère du patriotisme en est une autre 1 La Mère du patriotisme a ses débats rapportés dans le Moniteur , comme des délibérations d’État importantes, et elles le sont indubitablement. Nous appelons la Société-Mère une seconde chambre : à moins qu’elle ne ressemble davantage à ce vieux corps écossais appelé « Lords of the articles » , sans l’initiative et le signal duquel le parlement proprement dit ne pouvait introduire aucun bill ni traiter aucune affaire. Robespierre lui-même, dont les paroles font loi, ouvre souvent ses lèvres incorruptibles dans la salle des Jacobins. Le petit conseil de salut public, le grand conseil de sûreté générale , tous les corps actifs viennent ici pour parler, pour décider d’avance à quelle décision ils doivent

COMME UN NUAGE TONNANT, arriver, à quelle destinée ils doivent s’attendre. Mais, si une question s’élève, laquelle de ces deux chambres, la Convention ou les Lords of the articles , serait la plus forte? Heureusement ils se donnent encôre la main.

Quant h la Convention nationale, c’est vraiment à présent un corps des mieux composés ; elle a calmé son ancienne effervescence ; les soixante-treize sont sous clef ; les turbulents amis des Girondins se sont tous cachés parmi les gens calmes de la plaine, qu’on appelle aussi « les crapauds du marais »1 Des adresses arrivent ; le butin des églises arrive ; des députations avec prose ou strophes; la Convention reçoit tout cela. Mais par-dessus tout la Convention a principalement une chose à faire: écouter ce que propose le salut public , et dire oui.

Bazire, suivi de Chabot, a déclaré un matin avec une sorte d’impétuosité que ce n’était pas là une conduite digne d’une assemblée libre. « Il faut une opposition, un côté droit. Si personne ne veut le former, s’écria Chabot, je le formerai. Le peuple me dit, vous serez tous guillotinés chacun à votre tour, d’abord vous et Bazire, puis Danton, puis Robespierre lui même » (1) . Ainsi parle le défroqué d’une voix forte. La semaine d’après Bazire et lui sont à l’Abbaye; de là ils iront, j’en ai peur, vers Tinvilleetla guillotine, et «le peuple me dit», semble être une vérité. Le sang de Bavire était tout enflammé par la fièvre de la révolution, par le café et des rêveries spasmodiques (2). Quant à Chabot, comme il est encore heureux avec sa riche épouse autrichienne juive, naguère veuve Fereyî Mais il est en prison, et ses deux beaux-

(1) Débats du 10 novembre 1793.

(2) Dictionn, îles hommes marquants, t. I, p. 115.

frères, juifs autrichiens, les banquiers Ferey, y languissent avec lui, attendant l’arrêt fatal. Que la Convention nationale, par conséquent, prenne garde et sache quel est son rôle. Qu? la Convention, comme un seul homme, prépare ses épaules pour le travail ; ce ne sont pas des éclats d’éloquence qu’on lui demande, mais des services plus complaisants.

Les commissaires de la Convention, que nous devons appeler « représentants en mission » , volent comme le messager Mercure, sur tous les points du territoire, portant vos ordres partout. Avec « leurs chapeaux ronds » ornés de plumes aux trois couleurs, bordés d’une frange n de taffetas tricolore, avec l’épée et les bottes fortes », ces hommes sont plus puissants que rois et césars. Ils disent à tous ceux qu’ils rencontrent : agis, et il faut agir; tous les biens des citoyens sont à leur disposition, car la France n’est qu’une immense cité en état de siège. Ils frappent de réquisitions et d’emprunts forcés; ils ont droit de vie et de mort. Saint-Just et Lebas ordonnent aux classes riches de Strasbourg de « se dépouiller de leurs chaussures » et les envoient à l’armée, « où il n’en faut pas moins de dix mille paires » . Dans ces vingt-quatre heures, également, « un millier de lits » doivent être prêts (1), enveloppés dans des nattes et expédiés, car le temps presse ! Comme des tonnerres agiles lancés de l’olvmpe orageux du salut public , ces hommes se précipitent, le plus souvent par couples, répandent vos ordres foudroyants à travers la France et en font un énorme orage révolutionnaire.

(1) Moniteur, du 27 novembre 1793.

FAIS TON DEVOIR

FAIS TON DEVOIU.

Eu conséquence, à côté de ces feux de joie formés des balustrades des églises, à côté du bruit des canonnades et des noyades, il s’élève une autre espèce de feu et de bruits, le feu des forges et le grondement des canons qu’on éprouve dans les manufactures d’armes.

Isolée de la Suède et du monde, la république doit apprendre à faire l’acier pour son propre compte, et avec l’aide de la chimie elle l’a appris. Les villes qui ne connaissaient que le fer connaissent aujourd’hui l’acier ; de leurs nouveaux cachots de Chantilly, les aristocrates peuvent entendre le bruit sourd de nos nouveaux fourneaux pourl’acier. Les cloches ne sont-elles pas transformées en canons, les barres de fer en armes blanches ; les meules de Langres crient et s’entourent d’une auréole d’étincelles; elles n’aiguisent plus que des épées. Les enclumes de Charleville retentissent sous les fusils qu’elles forgent. Que disons-nous, Charleville? Deux cent cinquante-huit forges sont établies à Paris en plein air; cent quarante sur l’esplanade des Invalides, cinquante-quatre dans le jardin du Luxembourg; dans toutes ces forges, des forgerons à mines farouches battent et forgent des platines et des canons de fusil. Les horlogers sont venus, mis en réquisition pour les pièces plus délicates et les ouvrages de lime. Cinq grandes barges se balancent à l’ancre sur la Seine, et retentissent du bruit des machines à forer. Ces machines énormes frappent comme un tonnerre l’oreille

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et le cœur ; tous s’évertuent de leur mieux, chacun suivant sa capacité. — Des calculs propres à inspirer l’espérance, établissent que « mille mousquets peuvent être livrés chaque jour » (1). Les chimistes de la république nous ont appris à faire des prodiges de rapidité en fait de tannerie (2). Le cordonnier perce et pique, et il ne faut pas qu’il emploie « du bois ou du carton » , car, il aurait à en rendre compte à Tinvilleî Les femmes cousent les tentes et les habits ; les enfants font de la charpie ; les vieillards sont assis sur les places des marchés, les hommes valides sont en marche ; tous les hommes sont en réquisition ; de ville en ville flotte, agitée par les vents du ciel, cette bannière: le peuple français soulevé contre les tyrans .

Tout cela est bien, mais une question s’élève : comment faire pour le salpêtre? Le commerce intercepté et les flottes anglaises nous privent de salpêtre, et sans salpêtre point de poudre. La science républicaine se met à méditer, elle découvre que le salpêtre existe ici et là, bien qu’en petite quantité ; que le vieux plâtre des murs en contient, que le sol des caves de Paris en renferme confondu avec les décombres ordinaires, que si on les enlève et les nettoie, on doit y trouver du salpêtre. Aussitôt, voyez! Les citoyens, couverts de leurs bonnets rouges ou tête nue et les cheveux humides de sueur, piochent avec ardeur, chacun dans sa propre cave, pour obtenir le salpêtre. La terre s’amoncelle devant chaque porte ; les citoyennes munies de hottes et de sceaux la transportent ; les citoyens, tous les muscles tendus, creusent et piochent

(1) Choix des rapports , t. Xlît, p. 189.

(2) Choix des rapports , t. XV, 360.

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pour l’existence et le salpêtre. Creusez, mes braves, et ne perdez pas de temps. La république aura le salpêtre qu’il lui faut.

L’accomplissement du sans-culottisme a beaucoup d’aspects et de teintes, mais la teinte la plus brillante, aussi brillante, en vérité, que la lumière du soleil et des étoiles, est celle que lui donnent les armées. Cette même ferveur de jacobinisme qui couvre, à l’intérieur, la France de haines, de soupçons, d’échafauds et de culte de la Raison, se montre sur les frontières comme un glorieux pro patria mori. Toujours, depuis la défection de Dumouriez, trois représentants de la Convention sont avec chaque général. Le comité de salut public les a envoyés, souvent, en ne leur donnant que cet ordre laconique, « fais ton devoir ». Il est étrange de voir malgré quels obstacles le feu du Jacobinisme, comme les feux de ce genre, parvient à brûler. Ces soldats ont des sabots et des chaussures de carton ou marchent les jambes garnies de cordes de foin, et cela par un froid mortel ; ils jettent une natte sur leurs épaules et manquent presque de tout. Mais aussi ne se battent-ils pas pour les droits du peuple français, de l’humanité ; le feu inextinguible ici, comme partout, opère des miracles : « Avec de l’acier et du pain, dit le représentant de la Convention, on peut aller en Chine. » Les généraux vont vite à la guillotine, justement et injustement. Qu’en concluons-nous? Ceci par exemple t que la défaite est la mort, que la victoire seule est le salut î Vaincre ou mourir n’est point ici une phrase déclamatoire, mais bien une nécessité , une vérité pratique. Tout girondinisme, tout moyen terme > tout compromis est supprimé. En avant, défenseurs de la république, officiers et soldats ! frappez avec votre impétuosité gauloise sur

l’Autriche, l’Angleterre, la Prusse, l’Espagne, la Sardaigne, sur Pitt, Cobourg, York et le démon et l’univers ! Derrière nous il n’v a que la guillotine, devant nous la victoire, l’apothéose et le millennium sans fin î Aussi, voyez, sur toutes les frontières, comme les fils de la nuit, surpris après un court triomphe, lâchent pied, — les fils delà république volent après eux avec le Ça ira ou le A ux armes de la Marseillaise , furieux comme des chats sauvages ou des démons incarnés, auxquels nul enfant de la nuit ne peut résister ! L’Espagne qui s’était avancée à travers les Pyrénées, déployant les bannières des Bourbons, et pendant une saison avait remporté çà et là quelques avantages, hésite à la venue de ces chats sauvages; elle recule toujours, trop heureuse que les Pyrénées soient infranchissables. Non-seulement Dugommier, vainqueur de Toulon, repousse les Espagnols; il envahit l’Espagne. Le général Dugommier y pénètre par les Pyrénées à l’est, et le général Muller l’envahira à l’ouest. Il l’envahira ; le comité de salut public l’a dit. Le représentant Cavaignac, qui est là en mission, doit voir l’ordre s’exécuter. Impossible ! dit Muller; — infaillible, répond Cavaignac. Difficulté, impossibilité, rien n’y fait: « le comité n entend pas de celte oreille-là », répond Cavaignac. De combien d’hommes, de chevaux, de canons, as-tu besoin? Tu les auras. Vainqueurs, ou vaincus et pendus, en avant, il le faut. Et cela fut fait comme le représentant l’avait dit. Le printemps de la nou\elle année vit l’Espagne envahie, les redoutes enlevées et les passages et les hauteurs les plus escarpées, franchies; l’état-major espagnol est frappé de stupéfaction à la vue d’une telle ardeur de chat sauvage et le canon oublie de faire feu (1). Les Pyrénées sont bâti) Deux Amis, t. XII, 205-30. — Toulongcon, elc.

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layées, les villes s’ouvrent l’une après l’autre forcées par la terreur ou le pétard. Dans le courant de l’année suivante, l’Espagne implorera lapaix, reconnaissant ses fautes et la république ; oui ! Madrid se réjouira de la paix comme d’une victoire.

Peu de choses, nous le répétons, peuvent être plus remarquables que ces représentants conventionnels revêtus d’un pouvoir plus que royal. Mais au fond, ne sont-ils pas • en quelque façon des rois? N’ont-ils pas été choisis parmi les sept cent quarante-neuf rois français, avec cette recommandation : fais ton devoir? Le représentant Levasseur, court de taille et paisible accoucheur de son état, a des mutins à dompter; des armées furieuses (furieuses de la condamnation de Custine) mugissent de tous côtés. Il est seul au milieu d’elles, seul le petit représentant, — petit, mais dur comme le caillou qui contient aussi du feu ! C’est lui qui, à Hondschooten, bien avant dans l’après-midi, déclare que la bataille n’est pas perdue, qu’on doit la gagner ; il combat lui-même avec sa main d' accoucheur. — Son cheval est tué sous lui, et à pied « plongé jusqu’à la ceinture dans la marée montante, il frappe d’estoc et de taille, bravant l’eau, la terre, l’air et le feu, le colérique petit représentant qu’il était ! En conséquence et tout naturellement, Son Altesse royale d’York eut à se retirer,

— parfois au grand galop, et faillit être engloutie par la marée, et son siège de Dunkerque s’évanouit comme un rêve où il n’y eut de réel que la perte d’une belle artillerie de siège et de troupes vaillantes.

Le général Bouchard, à ce qu’il paraît, se tint derrière une haie dans cette affaire de Hondschooten ; c’est pour

' I ) Levasseur, Mémoires, l. Il, cltap. 11 -vii.

lARLÏLK, lll.— if»

quoi il a été guillotiné. Le nouveau général Jourdan, naguère le gergent. Jourdan, le remplace dans le commandement. (Test lui qui, dans les longues batailles de Watigny, « mêlant le feu meurtrier de l’artillerie aux chants d’hymnes révolutionnaires » , repousse les Autrichiens au delà de la Sambre; il espère en purger le sol de la liberté. Après une lutte acharnée, avec de l’artillerie et le Ça ira , on y parviendra. Dans le cours d’un nouveau printemps, Valenciennes se verra à son tour agsiégée ; Condé également ; tout ce qui est encore dans les mains de l’Autriche sera assiégé et bombardé. Bien plus, par décret de la Convention, nous les sommons « d’avoir à se rendre dans les vingt-quatre heures, ou sinon ils seront passés au fil de l’épée», — paroles altières qui, bien qu’elles n’aient point été exécutées, montrent quels sont nos sentiments.

Le représentant Drouet , ancien dragon , combattait comme par nature ; mais il était malheureux. Dans une sortie de nuit en octobre dernier, il fut pris par les Autrichiens à Maubeuge. Ils le mirent presque à nu, dit-il, l’exposant au public comme l’homme qui avait arrêté le roi à Varenne. On le jeta sur un chariot et on l’expédia au loin dans l’intérieur de la Cimmérie, « dans une forteresse appelée Spitzberg », sur le Danube, et on le laissa, à une hauteur d’environ cent cinquante pieds, se livrer à ses réflexions amères. A ses réflexions et aussi à ses expédients, car l’indomptable et vieux dragon construit une espèce de machine à ailes, espèce de cerf-volant. Il scie les barreaux de la fenêtre et se décide à descendre en volant. 11 saisira un bateau, suivra le courant de la rivière et abordera quelque part en Tartarie, dans la mer Noire ou dans les environs de Constantinople, à la Sindbad 1

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L’histoire authentique, portant ses regards dans les profondeurs de la Gimmérie, entrevoit confusément un phénomène. Dans le silence d’une faction nocturne, la sentinelle du Spitzberg est près de se trouver mal de terreur ; c’est un monstre énorme et vague descendant au milieu des ombres de la nuitl c’est un représentant national, aucien dragon, qui opère sa descente au moyen d’un cerf-volant, trop rapidement, hélas 1 parce que Drouet a pris avec lui « une petite quantité de provisions du poids de vingt livres environ, » ce qui a accéléré la descente; aussi tomba-t-il et se cassa-t-il une jambe et il resta là, gémissant, jusqu’à la venue de l’aurore, et alors on put voir clairement. qu’il n’était pas un monstre, mais un représentant.

Voyez encore Saint-Just, dans les lignes de Weissembourg, bien que naturellement faible et timide, comme il charge à la tête de « ses paysans alsaciens armés à la hâte »; sa figure solennelle semble flamboyer; sa chevelure noire, et les rubans tricolores de son chapeau flottent au gré des vents 1 Ces lignes de Weissembourg avaient été forcées, et Prussiens et émigrants se précipitaient par la brèche; mais nous les renforçons, et Prussiens et émigrants se précipitent plus vite encore pour fuir, — chassés par la pointe des baïonnettes et le terrible Ça ira.

Le ci-devant sergent Pichegru, le ci-devant sergent Hoche, élevés au grade de général, ont fait des prodiges. Le grand Pichegru était destiné à l’Église ; il fut d’abord professeur de mathématiques à l’école de Brienne, — il eut pour élève le plus remarquable le jeune Napoléon Buonaparte. Puis n’étant pas d’une humeur très-douce, il s’engagea, échangeant la férule pour le mousquet ; il avait gagné la hallebarde au delà de laquelle il n’y avait plus rien à espérer, quand les grilles de la Bastille, en

tombant, lui firent un passage, et il est ici. Hoche avait mis la main à la démolition de la Bastille ; il était, comme nous l’avons vu, sergent dans les gardes françaises , dépensant sa paye en veilleuses et en achats de livres à bon marché. Que de montagnes ont éclaté, que d’Encelades ont été désemprisonnés; que de capitaines fiers de leurs parchemins ont été balayés avec leurs parchemins h travers le Rhin, dans les limbes lunaires? Que de hauts faits s’accomplirent dans ces quatorze armées? comment par amour de la liberté et dans l’espoir de l’avancement, la valeur plébéienne s’est, frayé un chemin vers le généralat ; comment, depuis Carnot, qui siège au salut public , jusqu’au dernier tambour des frontières, tous les hommes luttent pour leur république; c’est au lecteur de se l’imaginer! Les neiges de l’hiver, les fleurs de l’été, ne cessent d’être teintes d’un sang guerrier. L’impétuosité gauloise grandit toujours avec la victoire; l’ardeur du jacobinisme s’unit à la vanité nationale; les soldats de la république deviennent, ainsique nous l’avons prédit, les vrais fils du feu. Sans chaussures, sans provisions, avec du pain et du fer, vous pouvez aller en Chine! C’est une nation seule combattant contre tout l’univers ; mais cette nation a en elle ce que le monde entier ne pourra pas lui enlever. Les Cimmériens stupéfaits reculent plus ou moins vite ; tout autour de la république se dessine, pour ainsi dire, un cercle magique de fusillades et de Ça-ira. S. M. prussienne, ainsi que S. M. espagnole reconnaîtront bientôt leurs erreurs et la République, et feront la paix à Bâle.

Le commerce avec l’étranger, les colonies, les comptoirs dans l’Orient et l’Occident sont tombés ou tombent entre les mains de Pitt, le souverain des mers, l’ennemi du genre humain. Cependant quel bruit vient frapper

FAIS TON DEVOIR

notre oreille, le 1 er juin 1794 ; bruit d’un tonnerre de guerre venant de l’Océan? Ce tonnerre vient des eaux de Brest Villaret-Joyeuse et l’Anglais Howe, après de longues manœuvres, se sont rangés là en bataille, et vomissent le feu. Les ennemis du genre humain sont dans leur élément ; ils ne peuvent être vaincus, ni empêchés de vaincre. Après douze heures d’une canonnade enragée, le soleil se plonge au couchant dans la fumée de la bataille; six bâtiments français sont pris, la bataille est perdue ; tous les navires qui peuvent encore faire voile s’enfuient ! Mais comment se fait-il alors que ce navire le Vengeur , ne se rende, ni ne s’enfuie? Il est désemparé, il ne peut fuir, il ne peut pas se rendre. Le feu des ennemis victorieux le frappe à la proue et à la poupe ; le Vengeur s’engloutit. Vous êtes forts, ô vous tyrans de la mer, mais nous, sommes-nous faibles? tenez, tous les pavillons, les drapeaux, les banderoles, tout ce que nous avons de haillons tricolores flotte encore aux cordages, et se déroule au vent. L’équipage entier s’amoncelle sur le pont supérieur, et tous, avec ces clameurs qui rendent les âmes folles, s’écrient : vive la République l — le vaisseau enfonce, enfonce; il tournoie, il plonge, il tourne une dernière fois ; l’Océan ouvre son abîme, le Vengeur sombre, emportant avec lui le cri de vive la République! il sombre, invincible dans l’éternité (1). Que les despotes étrangers s’en souviennent. L’homme est invincible, quand il s'appuie sur les droits de l’homme; que les tyrans et les esclaves, et tous les peuples le sachent : que ceux seulement qui s’appuient sur les torts de l’homme, tremblent

(1) Choix des rapports, t. XIV, A 16-21. — Lord Howe ( Annunl rrgis ter of 179A, p. 86).

de le savoir. — Ainsi sans concevoir le moindre doute, l’histoire raconte la perte du Vengeur.

— Lecteurl Mendez, Pinto, Mtinchhausen, Gagliostro, Pzalmanazar, ont été grands ; mais ils ne sont pas les plus grands. O Barrère, Barrère, Anacréon de la guillotine! L’histoire, curieuse pour être fidèle, doit, dans une nouvelle édition, redemander « qu’est devenu le Vengeur ? » que doit-on croire de son glorieux suicide ? et avec son pinceau impitoyable, elle trace une large bande noire, une bande injurieuse, sur toi Barrère, et sur lui! Hélas 1 hélas! le Vengeur, après avoir lutté vaillamment, a sombré comme tout autre navire, tandis que son commandant et plus de deux cents hommes d’équipage s’échappaient avec joie sur des bateaux anglais; etcette grande action héroïque, cet exploit immortel, n’est plus qu’un énorme mensonge héroïque, qui n’existe nulle part, si ce n’est à l’état de mensonge, dans le cerveau de Barrère ! Telle est la vérité. Toute cette histoire a été fondée comme le monde même, sur le néant; prouvée par le rapport de la Convention, par des décrets solennels de la Convention et le « modèle en bois du Vengeur », crue, pleurée, chantée par tout le peuple français jusqu’à cette époque, on peut la regarder comme le chef-d’œuvre de Barrère; comme le plus prodigieux, le plus héroïque échantillon de blague qui ait été produit depuis plusieurs siècles, par aucun homme, aucune nation. C’est à ce titre seul qu’il doit être désormais mémorable.

Ainsi flamboie cette consommation du sans-culottisme.

d’un feu enragé de toutes les teintes imaginables, depuis le rouge de Tophet, jusqu’au brillant de l’étoile.

Mais la centième partie des choses qui furent faites et la millième partie des choses projetées et décrétées fatigueraient la langue de l'histoire. Ainsi la statue du peuple souverain , aussi haute que le clocher de Strasbourg, projettera son ombre du Pont-Neuf au Jardin national et iila salle de la Convention ; — énorme, dans la tête du peintre David ! D’autres colosses, en grand nombre, s’élèvent de même sur le papier. La statue de la Liberté elle-même n’est encore qu’en plâtre sur la place de la Révolution. On établit l’unité des poids et mesures et le système décimal ; las instituts de musique et de beaucoup d’autres choses; institut général; école des arts, école de Mars, élèves de la patrie; écoles normales; au milieu des canons que l’on fore, des autels où brûle l’encens, du salpêtre qu’on extrait et des prodigieux progrès de la tannerie.

Par exemple, que fait l’ingénieur Chappe dans le parc de Vincennes? Dans le parc de Vincennes, et plus loin, dit-on, dans le parc de Lepelletier Saint-Fargeau le député assassiné, et encore plus loin sur les buttes d’Ecouen et plus avant encore, il a établi des échafauds, des poteaux avec bras de bois et charnières, qui se remuent et s’agitent dans l’air, d’une manière mystérieuse et rapide 1 Les citoyens soupçonneux y accourent. Oui, ô citoyens, nous envoyons des signaux ; c’est une invention digne de la République, une chose que nous appellerons l’ art d’écrire au loin , sans l’aide de la poste ; en grec on l’appellera télégraphe. — Télégraphe sacré! reprend le patriotisme, pour correspondre avec les traîtres, avec l’Autriche? — Et on le met en pièces. Chappe n’eut autre chose à faire que de s'enfuir et d’obtenir un nouveau décret. Néan-

moins, il a accompli son œuvre, l’infatigable Cliappe; son télégraphe avec ses bras de bois articulés peut se faire comprendre intelligiblement, et des phrases sont envoyées aux frotitières du Nord et partout. Dans un soir d’automne de l’an II, le télégraphe venant d’écrire que la ville de Condé nous avait fait sa soumission, nous envoyâmes des Tuileries, de la salle de la Convention, cette réponse en forme de décret : « Le nom de Condé est changé en celui de Nord-libre. L’armée du Nord ne cesse pas de bien mériter de la Patrie. » Quelle invention surprenante î voilà qu’après une demi-heure environ, pendant que la Convention est encore en délibération, arrive cette réponse nouvelle : « Je t’annonce, citoyen président, que le décret de la Convention ordonnant le changement du nom de Condé en celui de Nord-libre , et celui qui déclare que l’armée du Nord n’a pas cessé de bien mériter de la Patrie, ont été transmis et reçus parle télégraphe. J’ai ordonné à mon employé à Lille de les envoyer à Nord-libre par exprès. » Signé, Chappe (1).

Et voyez encore, au-dessus de Fleurus, dans les Pays- Bas, où le général Jourdan ayant balayé le sol de la Liberté, et s’étant avancé bien avant, est sur le point de combattre, de balayer ou d’être balayé : sous la voûte des cieux est suspendu un prodige, qu’aperçoivent les yeux et les lunettes des Autrichiens ; cela ressemble à un énorme sac rempli de vent, avec un réseau et une immense soucoupe qui y sont suspendus. Est-ce la balance de Jupiter, ô lunettes autrichiennes ! Est-ce un des plateaux de la balance de Jupiter qui paraît, tandis que le vôtre, trop haut, reste hors de vue? Par le ciel, répondent les lunettes,

(1) Choix iIm rnpporU, l. XV, p. 378-384.

LF. TABLEAU DE FLAMMES. b21

c’est une mongol tière, un ballon, d’où partent des signaux ! La batterie autrichienne aboie après cette montgolfière, bien inutilement, comme le chien après la lune; la montgolfière continue à faire ses signaux ; révèle les embuscades autrichiennes et descend à son aise(1). — Que n’imaginent pas ces démons incarnés?

Mais avant tout, n’est-ce pas, ù lecteur, un des plus extraordinaires tableaux de flamme qui se soit jamais produit; brillant sur le fond noire de la guillotine? Chaque soir il y a vingt-trois théâtres, soixante salles de danse, où l’on ne trouve qu 'égalité, fraternité et carmagnole. Et les salles de comités, de sections, sont au nombre de quarante-huit, toutes parfumées de tabac et d'eaude-vie; encouragées par quarante sous par jour, elles tiennent en bride les suspects. Et les maisons d’arrêt au nombre de douze pour Paris seulement sont encombrées, et même gorgées. Et à tout, moment vous avez besoin de votre certificat de civisme, soit pour sortir, soit pour entrer; et sans lui, vous ne pouvez pas, même avec de l’argent, obtenir vos onces de pain de chaque jour. Les sombres queues de bonnets rouges aux portes des boulangers s’agitent bruyamment ! Car nous vivons encore sous le régime du maximum en toutes choses; entre deux fléaux, la disette, et l’anarchie. Les physionomies des gens sont assombries par le soupçon, qu’ils soupçonnent ou soient soupçonnés: les rues ne sont pas balayées, les chemins ne sont pas réparés. La loi a fermé ses livres; elle parle peu, sinon dans les improvisations de Tinville. Les crimes demeurent impunis, excepté les

(1 ) 2G juin 1794 [Rapports rie Guyton-Mnrrenii sur les aérostats, Moniteur du G vendémiaire an II).

crimes contre la Révolution (1). Le nombre « de9 enfants trouvés », ainsi que quelques personnes l’ont calculé, a doublé.

Comme le royalisme est silencieux maintenant, ainsi que l’aristocratisme et la respectabilité qui a gardé sa voiture! L’honneur aujourd’hui et la sûreté sont à la pauvreté et non à la fortune. Le citoyen qui veut être à la mode, se promène avec sa femme au bras, en bonnet de laine rouge, en spencer de peluche, en carmagnole complète. L’aristocrate se cache et se tapit dans les abris qui lui restent, se soumettant à toute réquisition et vexation, trop heureux encore de sauver ses jours. Les châteaux sinistres vous regardent sur le bord des routes, sans toitures, sans croisées; le démolisseur national les épluche, pour en retirer le plomb et le moellon. Les anciens habitants inconsolables sont au delà du Rhin avec Condé; quel spectacle pour les hommes! Le ci-devant seigneur, au palais délicat, deviendra un excellent cuisinier de restaurant à Hambourg; la ci-devant madame, dont le goût était exquis pour la toilette, réussira à Londres, comme marchande de modes. Dans Newgate- Street, vous rencontrez monsieur le marquis, une planche de sapin sur l’épaule, la doloire et le rabot sous le bras ; il s’est fait menuisier, il faut vivre (2). — Plus que tout autre Français, l’agioteur fait fortune, par ce temps de papier-monnaie. Le fermier s’enrichit également ; « les fermes, » dit Mercier, « ressemblent à des maisons de prêteurs sur gages » ; des meubles de toute espèce, des ustensiles, des vaisselles d’or et d’argent s’y accumulent.

(1) Mercier, Deux Amis, t. XII, p. 142-199.

(2) Deux Amis, t. XV, p. 189-192.

Le pain est cher; le fermage se paye en papier-mouuaie, et le fermier, seul des mortels, a du pain; le fermier est plus à son aise que le propriétaire, et il deviendra luimême propriétaire.

Et journellement, disons-nous, semblable à un noir spectre, silencieux, à travers ce tumulte de la vie, passe le char de la révolution ; inscrivant sur les murs ces mots : Ma né. Mané, tu es pesé et trouvé trop léger ! Spectre avec lequel on s’est familiarisé. Les hommes s’y sont résignés, il ne s’échappe aucune plainte de ce tombereau de la Mort. Les faibles femmes et les ci-devants , avec leurs plumes et leurs bijoux ternis, s’y trouvent, étonnés, silencieux, comme s’ils plongeaient leurs regards dans le noir infini. La lèvre autrefois souriante est contractée par une amère ironie ; elle ne prononce aucune parole et le tombereau passe. Ils peuvent être coupables ou non devant les cieux ; mais ils sont coupables, nous le supposons, aux yeux de la révolution. Et puis la République « ne doit-elle pas battre monnaie, » sur eux avec sa hache énorme? Les sombres bonnets-rouges hurlent de sinistres bravos ; le reste de Paris regarde, et se permet tout au plus un soupir. Un soupir peut-il sauver nos semblables que l’affreuse nécessité et Tinville ont condamnés.

Nous ne mentionnerons plus qu’une chose, ou plutôt deux autres choses : les perruques blondes et la tannerie de Meudon. On parle beaucoup de ces perruques blondes ; ô lecteur, elles proviennent de têtes de femmes guillotinées 1 Ainsi, le toupet d’une duchesse peut servir à couvrir le péricrâne d’un cordonnier; sa blonde chevelure franco-germaine couronnera cette noire tête gauloise si elle est chauve. On peut aussi les porter comme reliques,

mais cela vous rend suspect (1). Les citoyens en usent,

non sans moquerie, avec une sorte de cannibalisme.

Elle soulève encore plus le cœur, cette tannerie de Meudon, non mentionnée parmi les autres prodiges de la tannerie 1 «A Meudon », dit Montgaillard avec beaucoup de calme », il y avait une tannerie de peaux humaines ; de celles des guillotinés qui valaient la peine d’être écorchés, on faisait d’excellente peau pour des culottes et autres usages. La peau des hommes fait-il remarquer, était supérieure en consistance et en qualité à celle du chamois; celle des femmes n’était presque bonne à rien, étant d’un tissu trop tendre (2). — L’histoire en se reportant au cannibalisme, aux relations des pèlerins de Pio chas , et à toutes les relations anciennes et modernes, ne trouvera peut-être pas de cannibalisme aussi épouvantable; c’est un cannibalisme industriel, paisible, presque élégant 1 Hélas ! la civilisation humaine n’est donc qu’une enveloppe sous laquelle la nature sauvage de l’homme peut encore brûler à jamais d’un feu infernal? C’est encore la nature qui fait l’homme, et il y a en elle de l’enfer et du ciel tout à la fois.

:1) Mercier, t. Il, |i. 134.

(2) Montgaillard, t. IV, p. 290.

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