LIVRE PREMIER (1555). i
OU des psaumes de David. Lorsqu'il se trouvait à Ingolsladt, en présence de l'armée des protestants, on l'avait vu, à minuit, dans sa tente, agenouillé, les mains jointes, devant un crucifix '. Charles-Quint s'était constamment signalé par sa ferveur religieuse. Tous les jours il entendait une messe particulière pour l'âme de l'impératrice Isabelle, morte en 1 539 ; après avoir donné ensuite quelques audiences, il retournait à la chapelle assister à une messe publique. Il disait beaucoup d'oraisons, ayant coutume de tenir un crucifix entre les mains , se confessait et communiait quatre fois par an et obligeait ses serviteurs à observer les pratiques de la religion '. La mort de l'impératrice, qui possédait toute son affection, avait fait une profonde impression sur son esprit et contribué à augmenter ses sentiments de piété. Charles- Quint, en proie à la plus vive douleur, manifesta, pour la première fois, sa résolution d'abdiquer la souveraine puissance, dans un entretien confidentiel avec le grand écuyer de l'impératrice défunte, le célèbre Francisco do Borja, marquis de Lombay et duc de Gandia, qui , lui-même, semblait anéanti devant le cercueil d'Isabelle de Portugal. Ce dessein de se retirer du monde, que Charles-Quint venait de révéler, il en avait conçu la première pensée du vivant même de limpératrice, après la glorieuse expédition de Tunis, en 1535 '. Dix ans après, il fut vivement frappé de la détermination prise par Francisco de Borja qui, ayant perdu également sa femme, renonça à la vice-royauté de Catalogn^jpour entrer dans la milice religieuse que venait de créer Ignace de Loyola. Reprenant alors le dessein qu'il avait annoncé en 1 539, et dont le marquis de Lombay l'avait détourné,
' Relation dePederigo Badouaro sur Charles-Quint (^537).
* Belationt des ambassadeurs vénitiens Bernardo Navagero, Marine Cavalli et Badouaro.
* MiGNET, Charles-Quint, son abdication, son séjour et sa mort au monastère de Yuste {Paris, ^854), p. 6.
Temperewr le communiqua ilérativemcnt au nouveau jésuite, mais en lui recommandant encore le secret. Il /ut confirma dans ses projets de retraite par André Vésale, son médecin, qui, avec une franchise extrême, ne fit aucune difficulté de lui dire qu'il ne pourrait vivre longtemps \ Sa mère, Jeanne de Castille, enfermée depuis près do cinquante ans h cause de l'égarement de son esprit , mourut sur ces entrefaites, le *3 avril 15S5, et cet événement parut fortifier les pressentiments de l'empereur, ainsi que le penchant qu'il nourrissait pour la àolitude. Lorsque l'infant Philippe fut enfin arrivé à BruxeMes, le 8 septembre, Charles-Quint s'empressa d'arrêter, d accord avec son fils^ les dernières dispositions qui allaient rendre celui-ci le souveraÎD le pins puissant de TEurope.
On peut croire, avec Strada, que ce ne fut point une raison lé^re et indigne d'une grande âme, mais bien une raison pieuse, qui fit prendre è Charles-Quint la résolution de passer dans la retraite les jours qui le séparaient encore de sa fin. Mais quels que fussent les sentiments religieux de Charles, à quelque excès qu'il portât la dévotion dans ses jours d'affaissement et de mélancolie, il est certain toutefois qu'iî ne poussa point Tabnégation jusqu'à vouloir échanger la pourpre des Césars pour le froc des moine^s hiéronymites. Ce qu'il désirait, c'était de rejeter le fardeau qu'il supportait depuis quarante ans et, dégagé de cette immense respons^ibilité, de se rendre sur la montagne solitaire de Yuste pour s'y recueillir avant le repos éternet
La lassitude après tant do travaux, la satiété après tant de gloire, la maladie qui paralysait l'activité de son intelligence, peut-être aussi Tespoir de paraître plus grand aux yeux de la postérité : tels furent donc les motifs qui , joints à des raisons
'Strada, Ik Betio bftgico, î^ et BiuntÔmk, Capitaines «êti'&nfjers [éÛSimn de Leyde de 1699), l, I«', p, 38.