LIVRE PREMIER (i
dans la grande salle du palais, qui était ornée de la tapisserie de la Toison d'or, représentant l'histoire de Gédéon. Ils prirent place sur des bancs disposés en amphithéâtre, en face d'une estrade, sat lialqtiellè on avait placé le dosseret aux armes de Bourgogne, avec trois fauteuils : celui du milieu pour l'empereur, celui de droite pour le roi Philippe et celui de gauche pour la reine douairière de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas. Du côté droit, un banc tapissé avait été paiement préparé pour les chevaliers de la Toison d'or, et du côté gauche, un banc semblable pour les autres personnages éminents ; un peu plus bas, mais toujours sur Testrade, étaient des banquettes pour les membres de trois conseils auxiliaires du gouvernement des Pays-Bas, le conseil d'État, le conseil privé et le conseil des finances. Malgré les archers et les hallebardiers de la garde placés aux portes, la foule avait fait Irruption dans la salle et comblait l'espace qui n'était pas réservé pour les personnages invités. Plus de mille personnes étaient présentes dans cette vaste salle qui allait devenir le théâtre d'un des plus grands événements de l'histoire.
Quand les députés des provinces eurent pris place, selon le rang auquel ils avaient droit, l'empereur, qui attendait dans la chambre du conseil privé, entra enfin dans la salle, appuyé de la main gauche sur un bâton et la droite posée sur l'épaule de Guillaume de Nassau, prince d'Orange. Quoiqu'il n'eût pas encore atteint l'âge de cinquante-six ans, Charles était courbé par la maladie, et toute sa personne révélait les signes d'une vieillesse anticipée. Autrefois il n'avait pas eu d'égal dans les exercices du corps ; maintenant il devait, pour assurer ses pas, réclamer l'appui de ses serviteurs. Cependant on admirait toujours dans son aspect ce .mélange de gravité et de douceur, cet air méditatif et ce calme profond, qui caractérisaient le chef de tant d'États. Charles- Quint était d'une taille médiocre, mais son front élevé, ses yeux bleus et pleins d'expression, son nez aquilin et légèrement arqué
dénotaient la fermeté de son caractère et la vigueur de son tntel^ Jigence. Il était reconnaissable entre mille aux dimensions extraordinaires de la mâchoire inférieure ; elle était si large et si longue qu'il ne pouvait joindre facilement les dents lorsqu'il parlait, ce qui rendait peu intelligible le commencement et surtout la fm de ses discours. Cette singulière conformation de la partie Inférieure du visage était, au surplus^ le signe distînctif delà maison d'Autriche,
L'empereur était suivi de son fils, le roi Philippe, de sa sœur Marie, reine douairière de Hongrie et gouvernante générale des Pays-Bas, de son neveu Philibert Emmanuel, duc de Savoie, et des autres chevaliers de la Toison d'or, tous revêtus de leur grand collier, des gouverneurs des provinces, des membres des trois <>3nseils suprêmes, des gentilshommes de la cour, et des ambassadeurs des souverains, ses alliés '.
A Taspect de leur souverain, du maître des deux mondes, naguère triomphant au faite do la puissance et maintenant accablé par une maladie cruelle, les députés s'étaient respectueusement levés et inclinés, Charles monta lentement les degrés de Tcstrade et s'assit sous le dais d£ Bourgogm, entouré de sa famille et des grands personnages de l'État.
Chacun ayant pris place, le premier huissier du conseil d'État appela successivement les députés des provitices et leur demanda s'ils étaient munis des pouvoirs nécessaires* Lorsqu'ils eurent répondu affirmativement à cette question , Charles ordonna à
* Afuûectes bêlqiqmSf p. 7S ; Po.ntus Helteris , Rertim belgicarum lîbri quindecim (Anvers, <598, ïn-4«), p, 668, — lî n*esL constaté dans aucun dûcumeut contempordin que la sœur aloé^ de Charleâ'Quiiitf Éléoaore d'Autriche, veuve de Français I", ni que rarehîduc Ferdinand^ second fils du roi des Rotnains, bien qiï*il fût arrivé à Bruxelles quelques jours aupar* avant, aient assisté â rabdicâtîon. On od pourrait pa» non plus afQrnfierla présence de la nièce de TEmperaur . Christine , duohesse douairière de Lorraine p ûUb d'Isabelle d'Aotrirheet do Christiern II, roi de Danemark.