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TRAITEMENT CURATIF

19 Traitement de la Scarlatine simple, régulière.

« Nimis doctè tractati sæpe nullà aliä de causà quam ob nimiam medici diligentiam moriuntur.» Cette proposition est vraie lorsqu'on l’applique à la scarlatine bénigne, la seule que Sydenham ait eu l’occasion d'observer : car cette maladie, lorsqu'elle est régulière, parcourt spontanément ses diverses périodes, et se guérit toujours par les seules ressources de la nature, tandis qu'une médication active aurait pour effet de perturber sa marche naturelle et de susciter des complications plus ou moins fâcheuses.

Le repos au lit, une diète sévère, des boissons émollientes ou rafraichissantes que l’on administrera tièdes ou fraiches et en quantité proportionnée à la soif de l’enfant : tels sont, avec les précautions hygiéniques dont nous avons parlé plus haut, les moyens qui conviennent dans la scarlatine régulière. S'il y a de la constipation, on la combattra par de légers laxatifs. Si le mal de gorge a quelque intensité, on prescrira des gargarismes, soit avec de l’eau d'orge et du miel rosat, soit avec un mélange d’infusion de fleurs

de sureau et de vinaigre. Pendant la période d’efflorescence, si l’éruption marche, on se contentera de veiller à ce que rien ne l’entrave, et l’on parviendra le plus souvent à la maintenir dans de justes bornes en insistant sur les moyens précédents. Dans la période de desquamation, on conseillera des frictions douces, des bains tièdes, etc. Ces derniers ont été beaucoup vantés par Aroyher'. Voici la méthode qu’il recommande : Le neuvième jour de la maladie, lorsque la desquamation commence, le malade prend un bain chaud dans lequel il reste jusqu’à ce qu’il éprouve une sensation de fraicheur ; il se met alors au lit. Il en prend un autre le lendemain et les jours suivants, en ayant soin que chaque bain soit de deux degrés plus froid que celui de la veille. Au cinquième bain, le malade reste levé toute la journée; au septième, 1l sort au grand air ; et le huitième est le dernier. Ce traitement, suivant l’auteur qui le conseille, préviendrait toujours les accidents secondaires, et dissiperait même l’anasarque si elle existait déjà. Lorsque le malade est très-faible, 1l est bon d’ajouter au bain un peu de vin ou d’eaude-vie.

SE

(4) Med. Jahrb. des œsterr. Staates, neueste Folge, E 1v, p. 70, 1899,

Quelle que soit la période de la maladie, il faut en surveiller la marche avec soin, pour voir si elle ne tendrait pas à prendre un caractère nerveux où adynamique.

20 Traitement de la Scarlatine irrégulière.

Nous allons successivement passer en revue et apprécier les diverses médications qui ont été proposées contre la scarlatine irrégulière.

Emissions SANGUINES. — L'emploi de la saignée générale dans la scarlatine a été tour-à-tour préconisé et proscrit du traitement de cette maladie. Sennert ouvrait quelquefois la veine au début de cette pyrexie, qu’il traitait néanmoins par les diaphorétiques et les alexipharmaques. Sydenham, bien qu'il füt partisan de la méthode tempérante, défendait au contraire la saignée, dans la crainte qu’elle empèchät la despumation du sang, en détournant la matière morbifique de la périphérie du corps; tandis que son contemporain Horton y avait quelquefois recours en la combinant avec un régime excitant. Parolini et Targioni traitaient l’œdème chaud par la phlébotomie et les

CURATIF. 335 tempérants. Rosenstein regardait cette opération comme indispensable chez les adultes dans la scarlatine maligne. Fothergill et Huxham étaient très-réservés sur l’usage de ce moyen thérapeutique, qu'ils employaient uniquement au début de la maladie chez les adultes, et qu’ils ne répétaient jamais. Vavier considérait la saignée comme trèsutile contre l’angine : dans ce cas, il saignait au bras; il ouvrait au contraire la jugulaire lorsqu'il y avait coma. Plenciz nous a laissé, sur l’opportunité des émissions sanguines générales dans la scarlatine, des considérations importantes dont nous parlerons plus loin. Dehaen abusait de la saignée dans cette maladie. Clark et Withering la réprouvaient formellement. Parmi les auteurs modernes, le docteur Dewar ‘ est celui qui en a usé le plus largement : il recommande de l’employer dans tous les cas au moment de léruption ; grace à cette médication, il n'aurait perdu que 3 malades sur 183, pendant une épidémie trèsmeurtrière. D’un autre côté, /Viese et Lichtenstædt ? la rejettent de la manière la plus absolue.

Les praticiens français sont, en général , beaucoup plus sobres de la saignée dans la scarlatine

(4) The Edinb. med. and surg. Journal, t. xLIV, p. 56. Gazette des hôpitaux, 21 août 1838.-— (2) Hecker’s neue Annalen, t. 111, p. 1.

que leurs confrères d'Angleterre et d'Allemagne. Ils pensent, et avec raison, qu'une médication aussi héroïque ne peut être employée comme méthode exclusive , et qu’elle doit être réservée pour certains cas déterminés. Il ne faut pas oublier, en effet, qu’une saignée intempestive peut occasioner la rétrocession de l’exanthème, et qu’elle tend à favoriser la liquéfaction et la décoloration du sang, qui sont fréquemment la conséquence d’une scarlatine grave. Il ne faut donc y avoir recours que lorsqu'elle est positivement indiquée par l’état de la grande circulation ou par quelque complication phlegmasique. MM. Cazenave et Schedel, Rilliet et Barthez, Blache et Guersant, et d’autres praticiens distingués, ont reconnu les avantages des émissions sanguines dans la scarlatine inflammatoire; mais ils recommandent de ne les pratiquer que dans les cas où la force et la fréquence du pouls, la température du corps, indiquent clairement l'existence d’une réaction générale vive. Lorsque, dans la période d’invasion, la fièvre est considérable et qu’on a lieu de craindre un raptus sanguin vers quelque organe important, si surtout l’éruption ne se montre pas à l’époque voulue, on ne doit pas hésiter à pratiquer une émission sanguine; souvent l'espèce de détente qui en résulte est immédiatement suiviede

l'apparition de l’exanthème, et tous les symptdmes graves disparaissent. Toutefois M. Barrier ‘ recommande, en pareille circonstance, une précaution qui lui paraît très-importante : c’est d’agir sur la peau par des irritants pour y appeler la fluxion éruptive; sans cette précaution, dit-1l, la chute des forces due à la saignée dépassant certaines limites, l’éruption pourrait ne pas s’accomplir, et la saignée aurait alors un effet véritablement nuisible.

Quant aux complications phlegmasiques , bien qu'il faille les combattre avec activité, on doit cependant user d’une certaine réserve à l'égard des pertes de sang : car, outre qu'elles n’ont pas toujours sur les inflammations concomitantes une influence aussi heureuse que quand ces affections sont franches, isolées, en les poussant trop loin, on risque de produire un état hyposthénique grave. Il est d’une grande importance de ne jamais perdre de vue que dans les fièvres exanthématiques il y a autre chose qu’une inflammation de la peau ; quel qu’il soit, un principe délétère a porté son action sur l’économie. Que si dans ces circonstances, même accompagnées de complications inflammatoires de toute évidence, on

(4) Traité pratique des maladies de l'enfance, 1844, t.1x, p. 299.

traitait ces dernières affections comme sielles ex1staient seules, on se trouverait dans d’autres conditions. Si, en un mot, on use largement des émissions sanguines au lieu de les employer avec circonspection, et de manière à ne pas ôter à la nature la portion suffisante de forces réactives dont elle a besoin pour lutter avec avantage contre l'infection miasmatique, il y a bientôt collapsus, rétrocession, affaissement, mort. Avant d’employer une médication active , il faut d’ailleurs

bien distinguer les symptômes plus ou moins ora- . L 57 geux qui assez souvent accompagnent l’érup-

tion et se dissipent quand elle est achevée, ou en voie de déclin, de ceux qui appartiennent réellement à quelque complication sérieuse ?.

Lorsqu'il survient des symptômes de méningite ou d’encéphalite, 1l faut distinguer avec soin s'ils dépendent d'une phlegmasie du cerveau, ou si ce sont des accidents sympathiques; car dans ce dernier cas une saignée serait nuisible. Lorsque celle-ci est nettement indiquée, il ne faut pas se laisser arrêter par le jeune âge du sujet: Host? rapporte avoir plusieurs fois pratiqué des saignées de

(1) Berton. Traité pratique des maladies des enfants, 2e édition, Paris, 1842, p. 690.— (2) Geschichte des Scharlachfiebers, 1826, L.11, p.200,

90 à 150 gr. sur des enfants robustes de 2 à 3 ans, en Cas d’imminence d'accidents cérébraux. Meyer ‘ opérait la phlébotomie sur des scarlatineux de 2 ans. Marshall-Hall? a ouvert la jugulaire chez un scarlatineux de 12 ans. Suivant Rosentein, Home aurait saigné au bras, deux fois en 24 heures, un enfant de 15 mois atteint du croup.

Il ne sera peut-être pas inutile de rappeler ici quelques considérations importantes auxquelles s’est livré Xreyssig sur l’état du pouls dans la maladie qui nous occupe. Dans cette phlegmasie , dit-il, le pouls est souvent un indice trompeur. Qu'on ne s’en laisse pas imposer par des battements en apparence forts et pleins : on a souvent vu des fièvres adynamiques débuter ainsi ; bientôt le masque tombe, et les prétendus symptômes inflammatoires sont remplacés par une prostration générale. D’après la faiblesse du pouls, il ne faut pas non plus conclure ladynamie : car souvent les forces sont opprimées , et non épuisées. Dans ce cas, il n’est pas très-difficile de découvrir dans les battements de l'artère une certaine dureté qui décèle l'énergie latente : une saignée médiocre

(4) Rust’s Magazin, t. XVIII, p. 300. — (2) Gazette médicale de Paris, 1840, p.469.

rend alors la liberté à la circulation; le pouls redevient large, accéléré, vigoureux. Plenciz " avait déjà fait une remarque analogue. « J’ai plusieurs fois observé avec étonnement, dit-il, que desenfants robustes et sains éprouvaient en peu de temps une grande faiblesse, de l'abattement; que leur pouls était faible, fréquent et irrégulier : aussi, dans ce cas, étais-je irrésolu sur l'opportunité de la saignée. Mais l'expérience m’a appris que ces malades étaient plutôt fortifiés qu’affaiblis par la saignée : car après cette opération le pouls devenait plus égal, plus fort et plus souple; ce qui prouve que chez eux il y avait plutôt oppression qu’épuisement des forces. Dans ces cas le pouls, quoique faible, est contracté et dur; les joues sont rouges, et la peau chaude. »

Ce que nous venons de dire des émissions sanguines générales s'applique également à la saignée locale, qui a sur la phlébotomie l'avantage d'agir directement sur le viscère congestionné, sans altérer d’une manière aussi profonde la masse du sang, mais dont l'emploi demande aussi beaucoup de circonspection. Hufeland? a vu une application de deux sangsues au cou déterminer

(1) Tractatus de scarlatinà. Vienne, 1762, p. 156. — (2) Bemerkungen über Blattern, etc., Berlin, 1798, p. 457.

chez un enfant de quatre ans des symptômes adynamiques auxquels 1l succomba le lendemain.

Rosen de Rosenstein regarde une application de sangsues au cou ou derrière les oreilles comme indispensable lorsque le scarlatineux est tourmenté par une dentition difficile.

AFFUSIONS ET IMMERSIONS FROIDES. — « La saignée, dit Gœden', n’occupe qu’un rang secondaire dans lappareil antiphlogistique propre à combattre la scarlatine. On doit placer en première higne l’application du froid sous différentes formes. » Cet auteur a peut-être exagéré l’importance de la médication hydrothérapique dans l’affection dont il s’agit; mais il faut reconnaître qu’elle constitue une des ressources les plus précieuses dont on puisse disposer dans certains cas de scarlatine maligne.

Reid? est le premier qui ait appliqué à la scarlatine cette méthode thérapeutique que Wright, et même, dit-on°, Antoine Musa, médecin d'Auguste, avaient employée depuis long-temps contre le typhus. Currie“ eut le mérite, non point d’in-

(4) Loc. cit., p.200. — (2) Medical and physical Journal, t.1x, p. 27, — (3) Leclerc. Histoire de la médecine, Lahaye, 1729, in-1°. — (41) Medical Reports on the effects of water cold and warm, ec. Liverpool, 1814.

venter, comme on l’a prétendu, mais de populariser ce mode de traitement si opposé à toutes les idées reçues jusqu'alors parmi les médecins et les gens du monde. Il montra jusqu’à quel point 1 avait confiance dans les affusions froides, en les employant chez ses deux fils atteints de scarlatine maligne, et dont la guérison fut rapide. Dans une épidémie qui régna à Liverpool de 1801 à 1804, il traita de la mème manière, et toujours avec succès, plus de cent cinquante malades. Quelques années après, un professeur d'Edimbourg, Gregory, fit sur ses trois enfants l’essai de la méthode de Currie, et ils furent guéris en peu de temps. En 1808, Kolbany ' de Presbourg traita trentehuit malades par les affusions froides et tièdes, sans en perdre un seul. Depuis, dans un mémoire présenté à la société de physique et de médecine d'Erlangen, il assure avoir traité de la même manière plus de cent scarlatineux , sans qu’un seul ait succombé. De 1808 à 1812, 'o0od, Nasse, Petz, et Horn, confirmèrent par leurs expériences l'efficacité de la méthode dont il s’agit. Plus récemment, un grand nombre de praticiens distingués ont rendu témoignage à l'excellence du trai-

(1) Beobachtungen über den Nutzen des lauen und kalten Wa achens im Scharl. Presburg, 1808.

tement de la scarlatine par l’eau froide. « Nous ne possédons en médecine, dit Bateman', aucun agent, sans en excepter l’usage de la saignée dans les inflammations aiguës, qui agisse sur les fonctions de l’économie animale avec autant d’efficacité, de sûreté et de promptitude que l'application de l’eau froide sur la peau pendant la chaleur la plus forte de la scarlatine et de toute autre fièvre. Ce moyen réunit en lui-même toutes les propriétés médicales qui sont indiquées contre cet état maladif. Ce moyen est non-seulement le fébrifuge le plus efficace, Le febrifugum magnum; mais c’est de fait le seul sudorifique et le seul calmant qui ne trompe pas l’attente du praticien.» Fræœhlich? assure que, lorsqu'elle est bien indiquée, l’eau froide prévient presque toujours les complications et les accidents secondaires de la scarlatine. Samuel Jackson * cite un cas désespéré dans lequel les effets de l’eau glacée furent, suivant ses expressions, immédiats, incroyables, presque divins. V'aletta et Giannini ‘ regardent les affusions d’eau froide comme le seul remède qui réussisse dans la

(1) Abrégé pratique des ma adies de la peau, traduction Bertrand , Paris, 1820, p.117.— (2) Abhandlung über die Wirkung der Uebergiessungen. Wien, 1820. — (3) The americ. Journal ofthe medic. scienc., juillet 1833. — (4) Giornale medico Napolitano , L. HHE.

scarlatine angineuse. MM. Guersant, Bielt, Casenave, Caron (d'Annecy), regardent cette méthode comme pouvant offrir des avantages incontestables, surtout dans la scarlatine grave et en temps d’épidémie. Pendant son séjour à Græfenberg et à Freiwaldau, M. Schedel a vu traiter des cas assez nombreux de scarlatine par l’hydrothérapie, et il assure que cette médication facilite l’éruption, modère les accidents nerveux et la fièvre; tous les malades ont guéri, et pas un seul n’a été atteint d’anasarque'. Nous pourrions encore citer comme partisans de la méthode de Currie MM. Hubertus, Gérard, Reuss, Autenrieth, Heim, Harder, Martins, Stœber, Hirsch, Brandis, Pascalis.

Gœden” et Lodge® vont beaucoup trop loin lorsqu'ils prétendent que les affusions d’eau froide conviennent dans toutes les périodes et dans toutes les formes de la scarlatine. Leur emploi exige, au contraire, beaucoup de circonspection, et il existe un grand nombre de cas où elles sont contre-indiquées d’une manière formelle. Les régles qui doivent diriger le médecin dans leur applica-

(1) Examen clinique de l’hydrothérapie, Paris, 1845, p. 4160-80, cité dans le Compendium de Monneret et Fleury. — (2) Loc. cit., p. 201. — (3) Medical and physical Journal by Samuel Fofhergill,. mai 1815, t. XXXII, R° 195.

tion n'ont pas encore été posées d’une manière bien nette; cependant, en analysant les observations des auteurs que nous avons cités, nous croyons qu'on peut les formuler de la manière suivante :

Les affusions ou les lotions d’eau froide ne doivent ètre employées que lorsqu'il y a sécheresse de la peau, augmentation de la chaleur animale appréciable au thermomètre, accélération considérable du pouls, et appétence de boissons froides ; toute perspiration sensible en contre-indique lusage. Currie cite deux cas de scarlatine putride dans lesquels, par suite d’un mal-entendu, tandis que la peau était fraiche et humide et le pouls à peine sensible, on soumit les malades à des affusions d’eau très-froide, dont l'effet fut presque 1mmédiatement mortel. L'emploi de ce traitement ne peut avoir que les effets les plus fâcheux lorsque le malade, malgré une sensation de chaleur anormale, frissonne et tremble souvent, lorsqu'on voit se manifester une grande susceptibilité des sens, et en particulier de la sensibilité générale, surtout à l'égard du froid extérieur. L'existence d’une phlegmasie locale, même peu intense, doit le faire rejeter de la manière la plus absolue. Enfin, suivant Bateman, Henke, Rilliet et Barthez, Guersant et Blache, etc., l'application de l'eau froide constitue le seul remède vraiment efficace

dans la forme adynamique ou ataxique, lorsque le pouls est petit et fréquent, que des symptômes cérébraux caractérisés par de l’agitation alternant avec de l’assoupissement se montrent dès le début, tandis que l’exanthème est partiel, pâle, fugace. Les formes légères ou simplement inflammatoires ne paraissent pas réclamer l’usage d’un moyen aussi énergique. Enfin, Æegevish dit qu’il convient particulièrement dans les cas où la maladie s’est développée par contagion, et qu’elle règne épidémiquement.

L'application de leau froide, lorsqu'elle est bien indiquée, a constamment pour effets de diminuer la chaleur et la sécheresse de la peau, de calmer la soif, de faire cesser le délire lorsqu'il existe, etde déterminer le ralentissement du pouls.

Loin de rétropulser l’exanthème, elle le favorise '; ou, si elle en diminue lintensité, elle le rend plus uniforme ?, « La première impression, dit Nasse”, étonne les enfants; mais chez aucun je n’ai remarqué de frisson ; aucun ne s’est plaint; aucun w’a pleuré; tous se sont laissé faire tranquille ment; plusieurs même manifestaient leur contentement, et priaient de répéter l'opération. » Les

(1) Schedel. Loc. cit. — (2) Nasse. Hufeland’s Journal, oct. 1811. — (3) Thidem.

signes d'amélioration qui surviennent ordinaire ment au bout de quelques minutes, sont suivis d’un calme et d’un sommeil réparateur qui paraît quelquefois dégénérer en coma, mais dont il ne faut pas s'inquiéter. On observe aussi fréquem— ment, à la suite de l’emploi de l’eau froide, un léger œdème des mains; mais cette enflure disparait le plus souvent d'elle-même, et ne réclame aucune médication spéciale.

Quant au mode d'administration, l’eau froide peut être appliquée sous forme d’affusions, de lotions, ou de bains. Pour pratiquer les affusions , on fait mettre le malade dans une baignoire vide, et on lui verse dessus quatre à cinq seaux d’eau froide : c'était le procédé de Currie, de Gregory, et de Xolbany. Les lotions s’opèrent en passant à plusieurs reprises sur la peau une éponge trempée dans le même liquide. Le bain frais convient surtout pour remplacer les affusions, lorsque le médecin craint de blesser les préventions des parents. À Græfenberg, Priessnitz fait envelopper le malade dans un drap mouillé, où il reste jour et nuit; on le renouvelle si la fièvre est forte, et dès que le malade a sué, on lui fait des ablutions sur tout le corps avec de l’eau à la température de 12°".

(1) Manuel d'hydrosudopathie, par Bigel, Paris, 1810, p. 203.

Quel que soit le procédé qu’on emploie, l’eau dont on se sert doit être d’autant plus froide que la chaleur de la peau s'élève davantage au-dessus de la température normale. L'opération terminée, on essuie le malade avec soin, et on le met dans son lit. On la répète plusieurs fois par jour, aussitôt que la peau redevient sèche et brülante. Lorsque l’excès de la chaleur est tombé, on éloigne les affusions, ou bien on emploie de l’eau d’une température plus élevée.

LOTIONS D'EAU CHLORÉE OU VINAIGRÉE. — Fuchs les a vantées comme un moyen moins dangereux et non moins puissant que les affusions d’eau froide. Il emploie presque toujours le liquide tiède. Soit que lPétat électrique de la peau en soit modifié, soit qu'il y ait une réaction chimique, il arrive souvent que dès la première lotion, et pour ainsi dire sous l'éponge, l’exanthème se caractérise, devient général, et que ce changement est suivi d’une prompte amélioration dans les autres symptômes. Îl est assez fréquent de voir une éruption lisse devenir vésiculeuse à la suite de ce traitement. Schænlein croit que la crise déterminée par le chlore est violente et perturbatrice, et que ce n’est pas un moyen aussi innocent que

Fuchs Ya annoncé. Quant aux lotions d’eau vinaigrée, Lodge ‘ dit les avoir trouvées invariable-

ment nuisibles. « Quelques minutes après son emploi, le malade se sent raide et mal à l'aise, ce

qui est dû à ce que la matière mucilagineuse que contient le vinaigre bouche les pores de la peau et gène par-là la transpiration. »

AFFUSIONS D'EAU CHAUDE. — Schœnlein les préfère aux affusions froides lorsque l’exanthème est bleuûtre, livide, la peau sèche et turgescente, le tronc chaud et les extrémités froides. Voici comment 1l les emploie : On verse de l’eau à 32 ou 39° R., d’une hauteur de huit à dix pieds, sur le malade; au bout de dix minutes, on l'enveloppe d'un linge : on l’essuie, et on le met dans un lit chauffé : on voit alors, dit-il, l’éruption prendre sa couleur normale, le pouls, de petit et tremblant, devenir large et bien développé. Si l’amélioration tarde à survenir, on renouvelle les affu— sions jusqu’à ce qu’elle se manifeste. M. Sarrazin* conseille de faire faire des lotions tièdes sur la poitrine et les membres, lorsque l’éruption se fait lentement.

(1) Medical and physical Journal by Samuel Fothergill, mar 4815.— (2) Gazette de santé, n° 1, nov. 1818.

Purcarirs. — Les purgatifs ont surtout été préconisés comme médication générale par des praticiens qui plaçaient la cause déterminante de la scarlatine dans un embarras du tube digestif".

Hamilton”, médecin écossais, les a vantés au commencement de ce siècle dans des vues empiriques, uniquement déterminé par les succès qu'il en avait obtenus dans la fièvre typhoïde. Il ne faut pas croire, du reste, qu’il en ait borné l’emploi à la forme typhoïde de la scarlatine. « Je les prescris dans toutes les variétés de cette maladie, dit-il; et dans le cours d’une longue pratique, je n’ai pas rencontré un seul exemple de cette débilitation tant redoutée par les auteurs; je n’ai Jamais vu non plus cette médication révulser l’exanthème n1 le faire päâlir. Le choix des purgatifs est d’ailleurs indifférent; et quels qu’ils soient, ils suffisent pour mener la maladie à bien, pourvu qu'on ait soin de tenir le malade proprement, et d’aérer convenablement sa chambre. » Nous n’avons pas besoin de faire ressortir tous les inconvénients d’un mode de traitement aussi exclusif.

Une méthode évacuante qui date à peu près de la même époque, et qui opéra une véritable révo-

(4) Hacken, Zincke , Grundmann , etc. — (2) Observations on the utility and admin. of purgative med., ete. Edinb.

lution dans la thérapeutique de la scarlatine, est celle de Stieglitz . Cet auteur, frappé des résultats funestes de la méthode excitante portée à l'excès, posa en principe que la scarlatine est toujours sthénique à son début : il en tira la conclusion que cette maladie doit toujours être combattue par les débilitants dans sa première période, et c'est dans la classe des évacuants qu’il crut trouver les meilleurs agents de débilitation. Sa méthode, qui consistait à entretenir un dévoiement modéré pendant toute la durée des symptômes aigus, et qui n'était pas nouvelle, puisqu'elle avait été recommandée avant lui par Bruning, Wichmann, et d’autres ; sa méthode, disons-nous, présentée d’une manière habile, fut accueillie avec enthousiasme par les adversaires du brownisme. Mais si Stieglitz eut le mérite de donner le signal de la réaction et d'arrêter les partisans de Brown dans l'usage immodéré des excitants contre la scarlatine, il faut reconnaitre que sa manière de voir encourt tous les reproches qui peuvent s’adresser à une opinion extrême et systématique. La scarlatine, en effet, a-t-elle constamment au

(4) Versuch einer Prüfung und Verbesserung der jetzt gewœhn- Hichen Behandi. des Seharl. Hannov., 1807.

début un caractère inflammatoire, comme l’a prétendu Stieglitz, et après lui Schmidt de Celle, Treviranus de Brème, Most, Benedict, ete. Le témoignage d’un grand nombre de praticiens distingués, tels que Æufeland, Heim, Kreyssig, Seifert, atteste que la maladie peut présenter un caractère asthénique dès l’apparition des premiers symptômes de la période d'invasion. D'ailleurs, même en admettant que la proposition soutenue par Stieglitz soit fondée, comment a-t-1l pu bannir, comme il l’a fait, du traitement de la scarlatine inflammatoire un moyen consacré par l’expérience de plusieurs siècles, l’emploi judicieux des émissions sanguines locales ou générales ? Nous pensons que l'emploi des purgatifs dans la scarlatine ne saurait être recommandé comme méthode générale, et qu'on doit le réserver pour certains cas déterminés. Ils sont positivement indiqués lorsque la maladie se complique d’un état saburral des voies digestives ou d’une constipation opiniâtre. Ils sont aussi d’un grand secours lorsqu'on veut diminuer l'intensité alarmante des phénomènes éruptifs en étendant le mouvement fluxionnaire à la surface intestinale. On peut les employer comme débilitants dans quelques cas de scarlatine inflammatoire; mais on évitera les pur-

gatifs drastiques, que Plenciz' et Bicker*® proscrivaient avec raison, et qui augmentent plutôt l'état inflammatoire par leur effet irritant qu'ils ne le diminuent par leur action déplétive. On donnera la préférence aux purgatifs tempérants, tels que les sels neutres, en se rappelant qu'il faut en être sobre chez les très-jeunes enfants, qui prennent si facilement des diarrhées qu’on a beaucoup de peine à arrêter. Enfin, il est bon de purger dans la période de desquamation, suivant le précepte de Sydenham.

Vourrirs. — S'il est certain que l’on doit chercher à provoquer le vomissement toutes les fois que la scarlatine coïncide avec un embarras gasirique , les praticiens ne sont pas d'accord sur l'emploi des vomitifs lorsque cette complication n'existe pas. Dans certains cas les émétiques exercent la plus heureuse influence sur la marche et la terminaison de la maladie ; tandis que dans d’autres ils déterminent un abattement subit des forces, la rétrocession de l'exanthème, les con= vulsions, et même une apoplexie mortelle Ÿ. Il se-

(14) Tractatus de scarlatinà, Vienne, 1762, p.154.— (2) Sammi, auserl. Abhandl. , t.1x, p.171. —(3) Malfatti, Glæser, Kreyssig, Jahn, Henke, etc.

rait donc très-important d’en formuler nettement les indications, ce qui n’a pas encore été fait d’une manière satisfaisante. Cependant il paraît qu'en général, quelle que soit la forme de la maladie, ils ne peuvent être qu’avantageux lorsqu'on les prescrit dès la période d’invasion. Withering, Vogel, Keck, Clark, et d’autres auteurs, ont vu fréquemment les vomitifs administrés dès le début imprimer à la scarlatine une marche bénigne dans des cas où le caractère de l'épidémie régnante devait faire craindre que la maladie ne revèlit une forme maligne.

TonrQuEs ET EXCITANTS GÉNÉRAUX. — On a souvent reproché aux anciens d’avoir abusé, dans les fièvres éruptives, de cette classe de médicaments qu'ils désignaient sous le nom de cordiaux, alexipharmaques, etc. Le désordre jeté dans les phénomènes de la maladie par des complications inflammatoires que leurs moyens incomplets de diagnostic ne leur permettaient pas d'apprécier, était pour eux l'indice d'une malignité qu’ils ne savaient combattre qu’en exaltant les forces réactives. Faute de bien saisir les véritables caractères de ladynamie, ils prodiguaient les toniques et les stimulants dans des cas qu’il fallait combattre par

les antiphlogistiques et les débilitants. Il faut, en effet, distinguer avec soin l’adynamie réelle, qui n’est autre chose que l’affaiblissement radical des forces vitales, et la fausse adynamie, dans laquelle les forces, plutôt opprimées qu’éteintes, n’attendent, pour se remettre en jeu, que la cessation de l'état local qui les tenait sous sa dépendance. Ce n'est pas ici le lieu de tracer les caractères qui différencient ces deux états morbides : nous dirons seulement que dans l’adynamie réelle, la seule qui réclame une médication excitante et tonique, le pouls est généralement filiforme, tremblotant, mou, intermittent, quelquefois imperceptible, et la peau froide et pâle; qu’au contraire, dans la fausse adynamie, le pouls est quelquefois petit, mais en même temps dur, résistant et fréquent, la peau chaude et sèche, etc. On ne doit pas s’en laisser imposer par le collapsus des fonctions de la vie de relation : pour qu’il y ait réellement adynamie, et par conséquent indication des toniques , il faut que l’anéantissement des forces vitales se joigne à celui des fonctions locomotrices ; 1l faut que la réaction fébrile soit nulle ou insuffisante.

Les toniques névrosthéniques, en tête desquels on doit placer le quinquina, sont surtout indiqués lorsque l’adynamie se déclare chez des sujets débi-

lités par des évacuations excessives. Aussi Horton’ avait-il très-bien remarqué que l'écorce du Pérou réussit particulièrement dans les cas où les symptômes typhoïdes ont été provoqués par un emploi abusif ou inopportun des émissions sanguines; et nous ferons observer que Dehaen”, qui employait si heureusement le quinquina contre la forme adynamique de la scarlatine, est précisément le pra= ticien du dix-huitième sièele qui saignait avec le plus de vigueur dans cette fièvre éruptive. Le quinquina est, du reste, contre-indiqué par le trouble des fonctions digestives , par le vomissement, la diarrhée, ou une constipation opiniâtre. Cappel pense que si ce médicament a constamment échoué entre les mains de Æ/thering”, c’est que ce praticien ne l’administrait jamais avant d’avoir fatigué l’estomac par des vomitifs.

Les forces vitales sont quelquefois dans un tel état de résolution, le danger de voir la vie s’éteindre avec elles est quelquefois si pressant, que l’action des toniques ne serait ni assez prompte, ni assez subtile, n1 assez stimulante. Il faut alors qu’un remède pénétrant, immédiatement actif, re-

(1) Opera medica, Lugduni, 1737, t. Ir, p. 28 et suiv. — (2) Ratio medendi cont., Vindob., 1771, L. 1, cap. 7. — (3) Abhandlung vom Scharlachauss., Gœttingen, 1803, p. 302. — /1) Loc. cit., p. 360.

monte les forces vitales à un degré où elles puissent être sensibles à l’action plus lente d’un tonique, de mème, comme le dit M. Trousseau, qu'une corde d’instrument a besoin d’être tendue à un certain degré pour vibrer et résonner sous l'archet. On a recours dans ce cas au vin, à l’éther, aux ammoniacaux, au camphre, à la sauge, à la cascarille, à la cannelle, à la serpentaire de Virginie, etc.

Les excitants, et surtout les toniques, rendent d'immenses services dans la forme putride de la scarlatine; mais ici encore certaines circonstances en contre-indiquent l'emploi. La putridité, que Pinel a eu tort de confondre avec l’adynamie et qui en est bien distincte, quoique ces deux états coïncident fréquemment, la putridité, disonsnous, est compatible avec un grand développement du pouls, une chaleur très-élevée. La médication excitante ne ferait alors qu'aggraver le mal. « Omnis febris qud magis est calida, ed magis est putrida, » disait Boerhave. C’est, au contraire, dans les cas de cette espèce que les affusions froides et les acides montrent toute leur efficacité.

Telles sont les indications générales de la médication excitante et tonique. Nous allons maintenant nous occuper de deux stimulants diffusibles

auxquels on a attribué une vertu souveraine contre la scarlatine, et qu'on a mis, pour ainsi dire, hors ligne : le chlore et le carbonate d’ammoniaque.

Brathwaite", le premier qui ait employé le chlore à l’intérieur ?, regarde ce médicament comme le spécifique de la scarlatine, de la même manière que le mercure est le spécifique de la syphilis, et le quinquina celui de la fièvre intermittente. «L'usage exclusif et régulier du chlore, dit-il, m’a toujours réussi; mes malades se rétablissent promptement, sans éprouver d'accidents secondaires. Quand je suis appelé près d’un scarlatineux, quel que soit le degré de la maladie, je me sers uniformément de la méthode suivante : Je fais prendre à un sujet de 14 à vingt ans, toutes les douze heures, et par cuillerées, 8 grammes de chlore dans 250 grammes d’eau distillée. Si le malade est plus jeune, on diminue de moitié ou des deux tiers la quantité de chlore. » Il faut que ce médicament soit bien préparé et très-pur : autrement, il peut en résulter des accidents, comme le docteur Crawford en a rapporté des exemples. On aura soin également de l’administrer au malade dans un verre, et non dans un vase de métal.

(4) Philosoph. Magazin, t. XVII, p.127. — (2) Guyton de Morveau. Journal de chimie, t.LXXVIT, Pp. 305.

Voici comment Brathwaite explique le mode d'action du chlore, qui, à l’époque où il écrivait, était connu sous le nom d’acide muriatique oxygené. Suivant lui, linfection suppose un degré élevé de désoxydation qui diminue l’activité des forces vitales; 1l pense que l’acide du médicament détruit le contagium, et que l'oxygène, en pénétrant dans le poumon, se combine chimiquement avec le sang, excite l’activité du système artériel, réchauffe les extrémités, et accélère la transpiration insensible. Cette explication ne peut plus être admise dans l'état actuel de nos connaissances chimiques, le chlore ayant été reconnu pour un corps simple. |

Depuis Brathwaite, d’autres praticiens ont expérimenté le chlore avec succès. Braun" regarde l’eau chlorée comme un remède souverain dans la scarlatine maïügne. Turner ? lui attribue une vertu spécifique contre cette maladie, et l’administre avec un infusé d’ipécacuanha. Stanger *, Hufeland”, Durr°, Kopp°, Pfeufer”, Godelle’,

(1) Hufeland’s Journal, t. Lyr. — (2) Casper’s Wochenschrift. 4834. — (3) Medical and physical Journal, n° 62.— (4) Hufeland’s Journal, 1823, mars, p. 55.— (5) Annales de la Société de médecine de Montpellier, t.xXviIr, p.230. — (6) Beobachtungen im Geb. der ausüb. Heilkunde. — (7) Loc. cit., p.109. — (8) Revue médicale, LUXE, 1845.

proclament son efficacité. MM. Guersant et Blache ne l’ont jamais essayé, mais ils ne doutent pas qu’il ne puisse être employé avantageusement. Quoi qu'il en soit, l’emploi du chlore ne saurait ètre recommandé comme médication exclusive: et s’il a procuré des guérisons (ce que nient Seifert ‘et d’autres auteurs), d’un autre côté, les circonstances où il est indiqué sont encore mal déterminées.

L'emploi du carbonate d’ammoniaque dans la scarlatine a été conseillé pour la première fois, en 1802, par Peart*, et préconisé depuis cette époque par un assez grand nombre de praticiens, tels que Marcus, Fischer, Hingeston, Malin, etc. Suivant ce dernier, le carbonate d’ammoniaque aurait la propriété de neutraliser le principe délétère qui altère le sang dans la scarlatine. Bodenius * dit que ce médicament est aussi important pour combattre la scarlatine que la vaccine pour préserver de la variole. Strahl”, de Berlin, qui paraît lavoir étudié d’une manière particulière dans ces derniers temps, le considère comme un véritable spécifique ; il l’'emploie dans toutes les

(1) Loc. cit., p. 148.— (2) Practical Inform. on the malignant scarlet-fever. London, 1802. — (3)Med. Annalen von Puchelt, Chelius und Nægele, t.v. — (4) Ueber das Scharlachfieber und ein hœchst wirksames Specificum. Berlin, 1833.

formes et dans toutes les périodes de la maladie. Il assure avoir traité exclusivement par ce remède 140 sujets atteints de scarlatine maligne, et n’en avoir pas perdu un seul. Æilkinson " n’emploie pas d'autre remède contre cette fièvre éruptive, et il dit également n’avoir jamais perdu de malade. Voici sa formule, à laquelle il attache beaucoup d'importance : Carbonate d’ammoniaque, 8 grammes; eau distillée, 150 grammes; une demi-cuillerée à bouche toutes les deux, trois, quatre heures; si la déglutition devient pénible, ajouter un peu d’eau froide à la solution; donner en outre au malade autant d’eau froide qu’il peut en boire. Rieken *, de Bruxelles, a proposé dernièrement une formule analogue, qu’il indique comme très-bonne : Carbonate d’ammoniaque, 8 grammes; eau distillée, 180 grammes; sirop de guimauve, 30 grammes ; une cuillerée à bouche ou à café toutes les deux heures ou toutes les heures, suivant l’urgence. M. Guersant regarde le carbonate d’ammoniaque comme indiqué d’une manière toute spéciale lorsqu'une variole vient 3 V

compliquer la scarlatine. Æsmus * emploie sur-

etre em

(1) Remarks on cutaneous diseases. London, 1822. — (2) Mémoire sur l’emploi du carbonate d’ammoniaque dans la scarlatine. Bruxelles , 1813. — (3) Zeitung des Vereins für Heilk. in Preussen, n° 32, 1812.

tout dans l’anasarque et l’hydrothorax scarlatrneux. M. Siœber, de Strasbourg, a rapporté récemment une observation de scarlatine typhoïde dans laquelle il paraît évident que ce médicament a eu un heureux effet. Les indications du carbonate d'ammoniaque n’ont, du reste, pas encore été formulées d’une manière précise.

DrarHorÉtIQuES. — Les anciens avaient remarqué que la marche de la scarlatine est d’autant plus régulière que le travail phlegmasique se concentre davantage à la surface de la peau, et ils cherchaïent à activer ou à rappeler la fluxion cutanée à l’aide des diaphorétiques. De nos jours, on à Compris que si, dans certains cas, l’exanthème a peu d'intensité, c’est le plus souvent parce qu'il suffit tel qu'ilest aux besoins d'élimination de lorganisme, ou parce qu’il est, pour ainsi dire, bridé par quelque complication inflammatoire interne. Or, dans le premier cas, une médication active ne peut avoir que des inconvénients ; et dans le second, on a reconnu que les excitants généraux, quels qu'ils soient, agissent plutôt dans le sens de la phlegmasie accidentelle que dans celui de l’exanthème, L'expérience démontre que, lorsque le mouvement fébrile est intense, les excitants spé-

claux, tels que les diaphorétiques et les diurétiques, perdent les propriétés qui les distinguent lorsque l’organisme en équilibre n’est pas troublé par la fièvre, et deviennent alors de véritables excitants généraux. « Plusieurs praticiens, dit Baleman, recommandent l’usage des sudorifiques salins et camphrés pour exciter la transpiration pendant les premiers jours de la maladie; mais la moindre observation prouvera que de semblables moyens ne peuvent produire la diaphorèse pendant que la peau est brülante et rouge comme l'écarlate, et qu’au contraire ils aggravent la chaleur et la sécheresse de la peau et Les autres symptomes alarmants. Huxham reconnaît qu’il est très-difficile de produire la sueur, qui, suivant Jillan et Blackburne, ne saurait être excitée sans danger.»

Narcoriques. — Plenciz, Navier, Kreyssig, donnaient de l’opium dans la scarlatine pour calmer l’agitation et l’insomnie. Withering, Malfaiti, Cotion, Bateman, ont trouvé que non-seulement les opiacés n’atteignaient pas le but proposé, mais que leur emploi pouvait donner lieu à des accidents, et aggraver la maladie. On doit, en général, administrer l'opium avec la plus grande

circonspection, dans la crainte, dit Billard, d'irriter l’encéphale, dont l’inflammation vient quelquefois compliquer la scarlatine. Cependant, si les cris réitérés de l'enfant indiquaient une irritation extrême des téguments, on pourrait pratiquer sur les membres et sur le tronc quelques lotions émollientes légèrement narcotiques, par exemple avec une décoction de racine de guimauve et de tête de pavot. On pourrait aussi donner à l’intérieur une certaine dose de safran, médicament qu’on emploie beaucoup en Allemagne comme narcotique dans les maladies de l’enfance.

ANTISPASMODIQUES. — Îls ne sont indiqués que lorsque les désordres de l’innervation tiennent au caractère malin ou ataxique de la maladie. Si les phénomènes nerveux sont sous la dépendance d’une hypérémie de l’encéphale ou de la moelle épinière, ce qui est probable, dit M. Barrier, si la fièvre est intense, il faut les combattre par les saignées locales ou générales.

EXCITANTS CUTANÉS, RUBÉFIANTS, etc. — Nous avons dit que les excitants généraux étaient inutiles où nuisibles lorsqu'on les administrait dans

le but de rappeler ou de maintenir l’éruption; mais il n’en est pas de même des excitants cuta= nés, qui agissent directement sur la surface de la peau. Aïnsi, on emploie avec avantage les frictions à l’aide d’une flanelle imbibée d’alcool camphré ou de toute autre liqueur spiritueuse, les cataplasmes chauds, les bains de vapeur, les sinapismes {Seifert) , Vurtication {Schwarz, Spiritus, Trousseau), les affusions d’eau froide, lorsqu'elles sont indiquées ( Bateman ); enfin, les vésicatoires. Ces derniers, qu'on prescrit aussi comme dérivatifs contre l’angine et les accidents cérébraux, ne doivent être laissés en place que quatre à cinq heures, lorsqu'on les applique comme rubéfiants.

Acines. — Les acides sont très-utiles contre la scarlatine inflammatoire et la scarlatine putride. Îls agissent dans la première par leur vertu tempérante, et dans la seconde par la propriété qu'ils possèdent d'augmenter la plasticité du sang lorsqu'on les administre à doses convenables.

W'aldon employait l'acide carbonique ; Hux=ham, Storch, Sims, Clarck, Lettsom, Stieglitz, l'acide sulfurique; Eichel, Durr, Autenrieth, Vacide azotique: d’autres praticiens ont donné la

préférence aux acides végétaux, qui ont en général moins d'énergie.

Cappel" a parfaitement résumé les indications des acides dans la scarlatine; ils conviennent particulièrement lorsque le malade a la peau brùlante, la langue rouge, une soif très-vive; lorsqu'il éprouve des sueurs copieuses et débilitantes ; lorsqu'il y a une disposition aux hémorrhagies passives, que l’exanthème a une teinte violette, et qu'il est entremêlé de pétéchies; lorsque l'urine est écumeuse, foncée, que son émission est douloureuse, et qu’elle laisse précipiter par le repos un sédiment briqueté ; lorsque l’angine est trèsintense, et qu’elle revêt la forme gangréneuse; lorsqu’enfin les symptômes putrides sont survenus à la suite de saignées trop abondantes dans des cas qui se présentaient au début avec le caractère inflammatoire.

Ils sont contre-indiqués par les envies de vomir, la diarrhée, l’abaissement de la température animale, le frisson, la sécheresse de la peau, etc.

Nous ferons remarquer que les acides doivent être pris à des doses beaucoup plus fortes lorsqu'on les administre comme anti-putrides, que lorsqu'on les prescrit comme tempérants. Jorden

(Loc ct 5 1p-2282:

et Jahn les ont donnés à la dose énorme de 60 à 80 gouttes, toutes les heures, dans la scarlatine adynamique, et avec le plus grand succès.

Mercurraux. — Le protochlorure de mercure, que Gœden appelle le plus puissant des antiphlogistiques après la saignée et les affusions froides, aurait été, suivant cet auteur, introduit dans la thérapeutique de la scarlatine, en 1789, par un médecin américain, Benjamin Rush". C’est une erreur ; car Huxham et Withering lemployaient dans cette maladie cinquante ans auparavant.

Quoi qu'il en soit, les praticiens qui ont le plus vivement recommandé l’usage du calomel sont : en Allemagne, Hufeland, Kreyssig, Cappel, Ueberlacher, Henke, Albers, Wendt, Stieglitz, Seifert, etc.; et, en Angleterre, Reil, Barley, Douglas, Bateman, etc. Mais ces auteurs ne s'accordent ni sur le mode d'action de ce médicament, ni sur les doses auxquelles 1l convient de

ladministrer, ni sur les circonstances qui en in- | diquent l’emploi. Seifert, qui paraît en avoir étudié l’action avec un soin tout particulier, a reconnu qu'il n’a pas d'influence directe sur la

(1) Medical Inquiries and Observations. Philadelphia , 1789.

maladie, et qu'il est seulement utile pour conjurer ou mitiger les complications inflammatoires cérébrales, complications qu'il guérit en leur substituant une affection artificielle des glandes salivaires. Nous pensons que le calomel n’est positivement indiqué que lorsque la scarlatine présente un caractère inflammatoire très-intense, ou qu'elle est compliquée de quelque phlegmasie, notamment du côté du cerveau. L’altération qu’éprouve le sang sous l'influence des préparations mercurielles les contre-indique, suivant nous, dans les cas de scarlatine putride adynamique avec pétéchies, hémorrhagies passives, etc.

BELLADONNE. — La belladgnne a été prescrite dans la scarlatine confirmée, non-seulement par Hahnemann et ses disciples, mais par Cock', Bucig”,etd’autresallopathes, quil’administraientsous forme d'extrait. Un autremoded’ingestion a été vanté, il y a quelques années, par M. Barthez ‘: il consiste à aspirer la fumée de la plante sèche à l'aide d’une pipe. Ces fumigations ont été employées à

(1) Gazette médicale, août 1832. — (2) Berl. med. centr. Zeitung , 1833.— (3) Mémoires de médecine, chirurgie et pharmacie militaires, 1835.

l'hôpital du Gros-Caïllou, dans une épidémie de scarlatine qui a régné sur la garnison pendant l'année 1834; et de tous les moyens auxquels on a eu recours, c’est, suivant ce médecin, celui dont l'effet a été le plus constant. La belladonne, ainsi administrée, a paru surtout agir favorablement chez les sujets nerveux ou Iymphatiques ; elle a quelquefois produit un soulagement presque instantané, suivi d’une guérison beaucoup plus rapide que celle qu’on était en droit d’espérer par l'emploi de tous les autres moyens. Il paraïtrait résulter des faits consignés dans le travail de M. Barthez, que l'usage de la fumée de belladonne doit surtout être conseillé comme un excellent moyen de traitement dans la scarlatine compliquée de bronchite ou de toute autre affection pulmonaire en général.

MÉDicamENTs Divers. — Delony ‘ dit avoir employé avec avantage l'huile de térébenthine, à la dose de 10 à 60 gouttes dans une à trois cuillerées d'huile de ricin, pendant une épidémie de scarlatine maligne, dans les cas où l’éruption se faisait difficilement. Autenrieth*® rapporte l’his-

(4) Boston Journal, t. x, p.95. — (2) Tübinger Blætter, ele ,

toire d’une épidémie de scarlatine dans laquelle les lavements vinaigrés, l’acide hydrochlorique et les fleurs de benjoin ont été très-eflicaces. Dœhne” conseille de traiter la scarlatine par des frictions huileuses. M. Hiquel * attache une grande importance à emploi des résolutifs dans le traitement de la scarlatine. Jamais il ne les a vus agir comme perturbateurs; dans plusieurs centaines de cas où il les a employés, il n’a vu qu’un effet sédatif bienfaisant; il ÿ a recours dans la période d’acuité , et 1l se propose pour but de cette médication de faire cesser ou du moins de diminuer non-seulement linflammation secondaire de la peau et du tissu cellulaire, mais d’abréger la durée de l’éruption. Voici sa formule : acétate de plomb liquide, 30 grammes; vinaigre, eau-devie, de chaque 180 grammes ; eau, 500 grammes.

30 Traitement des complications.

Hypropisies. — L’hydropisie active ou sthénique, qui, comme nous l'avons vu page 71, doit être distinguée avec soin de l’hydropisie froide ou asthénique, réclame une médication débilitante

(1) Einige Beitræge zur Ætiologie, ete., Leipzig, 1810. — (2) Recueil de la Société de médecine d’Indre-et-Loire, 1833.

CURATIF. 30% proportionnée à l'intensité de la réaction et aux forces du malade. Les émissions sanguines, les boissons rafraichissantes, et la diète, en forment la base. Lorsque ces moyens paraissent insuffisants, Fendi et Pfeufer ont recommandé le calomel uni à la digitale; Reuss, les affusions froides; Brathwaite, le chlore: Fischer et Steimmig, l'élixir de Haller ; Krukenberg, le lait pris en grande quantité; d’autres ont préconisé la crème de tartre, l’acétate de potasse, l’acétate d’ammoniaque, les vomitifs, etc. #’endi conseille les rubéfiants cutanés, les vésicatoires à la nuque et aux extrémités. M. Barrier dit que les purgatifs ne lui ont jamais paru contre-indiqués par la forme sthénique de lhydropisie, à moins qu'il n’y ait une diarrhée liée à un état inflammatoire des intestins; il pense que les diurétiques peuvent être utiles, pourvu qu'on évite de les administrer dans une trop grande quantité de véhicule; mais il rejette l'emploi des sudorifiques. Les bains de vapeur ne lui paraissent opportuns qu'après la cessation de l’état aigu.

Quant à l’hydropisie scarlatineuse froide ou asthénique, l'ignorance où nous sommes encore de la nature de cet accident secondaire ne nous permettant pas de combattre directement les con: ditions morbides d’où 1l dérive, l'indication prin-

cipale que l'on at à remplir est de procurer l'évacuation de la sérosité à l’aide des purgatifs , des vomitifs, des diurétiques, des sudorifiques, etc.

Les purgatifs ne doivent être mis en usage que dans le cas d’intégrité parfaite du tube intestinal, et lorsque le malade n’est pas trop affaibli. Les drastiques sont contre-indiqués lorsque le mouvement fébrile a une certaine intensité : il faut alors donner la préférence aux sels neutres, à l'huile de ricin, etc. Le calomel a été beaucoup vanté contre l’hydropisie scarlatineuse, seul ou combiné avec d’autres médicaments. Æithering lassociait à la rhubarbe; Clark, à la scille; Rush, au jalap; Plenciz et Dehaen faisaient grand usage de pilules composées de rhubarbe, de calomel, d'extrait de scille et d’or fulminant.

Cappel prétend que les émétiques ont encore plus d'influence que les purgatifs sur l'absorption de la sérosité. « IT faut les éviter, dit-il, lorsque le malade est trop débilité, ou qu’il y a quelque complication du côté des poumons et du cerveau.

L'état fébrile ne les contre-indique pas; ils sont surtout efficaces lorsqu'ils agissent en même temps comme cathartiques, » Jakubowski dit avoir reconnu, dans plusieurs centaines de cas, que le tartre stibié à doses réfractées est le meilleur re-

mède que l’on puisse opposer à l’'hydropisie scarlatineuse.

Parmi les diurétiques, Stærk et Hilhelmi ont spécialement recommandé l’oxymel colchique ; Withering et Cappel, la digitale pourprée; eine et AXreyssig, la racine de sénéga; Coventry, la crème de tartre; Hufeland , Loder, Bucholz, Autenrieth, la teinture de cantharides, etc.

Les sudorifiques ont peu d'efficacité dans l’espèce d’hydropisie qui nous occupe, l’état particulier de la peau rendant la diaphorèse difficile à établir. Dehaen et Coventry rejettent même enüièrement l'usage de cette classe de médicaments. On peut néanmoins hâter par divers moyens l’époque où l'organe cutané sera apte à reprendre ses fonctions. On a conseillé dans ce but les grands bains ( Xroyher ), les demi-bains ( 4askow), les bains de sable chaud { Beling), les frictions stimulantes, aromatiques, l'application d’un vêtement de flanelle sur la peau nue dès que la desquamation commence à s’opérer, etc.

Les toniques sont très-utiles pour consolider la guérison après la disparition des symptômes d'hydropisie. On a remarqué notamment qu’ils étaient indispensables Iorsque la résorption s’était principalement opérée sous l'influence des diurétiques. |

ar? TRAITEMENT

Enfin, nous mentionnerons comme ayant été employés avec succès dans l’hydropisie scarlatineuse : le carbonate de potasse { Hermann), le carbonate d’ammoniaque {Strahl, Gross, etc. ), le lait de soufre ( £ichel et Herlhoff), etc.

ANGINE. — Lorsque l’angine est légère, il suffit de prescrire quelque décoction mucilagineuse ou un liquide légèrement astringent dont le malade se servira pour se lotionner la gorge, et non en gargarisme comme on le fait ordinairement; car l’action musculaire nécessaire pour déplacer le liquide se transmet à la partie phlogosée, et aggrave l’inflammation. Si l’on a affaire à un enfant, on lui injectera le même liquide dans la gorge, à l’aide d’une petite seringue, après lui avoir incliné la tête en avant. Cette opération, du reste, ne doit pas être renouvelée si elle contrarie trop le petit malade; car elle pourrait alors, comme Storch en a vu un exemple, déterminer. le délire et des convulsions.

Lorsque l’angine est très-violente, et qu’elle est accompagnée d’une grande gêne de la déolutition, d’un gonflement considérable des tonsilles , d’un engorgement des ganglions sous=-maxillaires, etc., on aura recours à l'application de

CURATIEF, vis à

sangsues autour du cou et à l’angle de la mächoire, à la scarification des amygdales, et même à la phlébotomie. On prescrira des pédiluves excitants, des cataplasmes très-chauds ou sinapisés aux extrémités inférieures, etc. M. Godelle a souvent vu un sinapisme autour du cou déplacer linflammation de l’intérieur comme par enchantement, surtout chez les sujets lymphatiques. L'application d’un vésicatoire à la partie antérieure du cou ou à la nuque a aussi été recommandée comme extrêmement utile par Brüning , Kortum, Æpli, Willan, Heberden, Rush, Sims, Clark, etc. Hufeland dit avoir obtenu une prompte réussite dans des cas d’angine très-violente avec menace de suffocation, en appliquant autour du cou un cataplasme composé d’herbes émollientes cuites dans de l’eau et additionnées de sel ammoniac et d’une petite quantité de sucre de saturne. Raulin et Boucher assuraïent guérir angine scarlatineuse, sans remèdes internes, par la seule application topique de l’acétate de plomb.

Lorsque l’arrière-gorge se recouvre de fausses membranes, on recommande de cautériser 1immédiatement la partie malade, soit avec une éponge attachée à une baleine et imbibée d'acide hydrochlorique ou de solution de nitrate d'argent, soit, comme l’a indiqué M. Mondière, en portant sur

ces organes l’extrémité d’un petit rouleau de papier trempé dans l’eau et roulé dans de l’azotate d'argent pulvérisé. Il faut faire ces applications plutôt très-énergiques que trop faibles. Dabord le mal parait aggravé, les concrétions sont plus épaisses ; mais vingt-quatre heures après les effets du caustique sont bornés, et souvent aussi ceux de la maladie. Cependant il y a des circonstances où la cautérisation de larrière-bouche paraît avoir des inconvénients. M. Guéretin fut obligé d'y renoncer dans l'épidémie qu’il a observée, après avoir constaté qu'elle ne faisait qu'entretenir la phlogose, augmenter la fétidité de Phaleine et le gonflement des ganglions cervicaux. « J'en étais venu, dit-il, à ne m'occuper de la gorge que très-secondairement, même quand le pharynx, les piliers, etc., étaient tapissés partout de pseudo-membranes; je me bornais à des gargarismes émollients ou légèrement astringents; jy joignais, comme moyens détersifs et résolutifs, un gargarisme aluminé, et plus rarement quelques insufflations d’alun de roche porphyrisé. » Un topique que MM. Bonneau et Taupin ‘ regardent comme héroïque dans l'espèce d’angine dont il s’agit,

(1) Mémoire sur la stomatite : journal des connaissances médito-chirurgicales, avril 1830.

c'est le chlorure de chaux sec employé de la manière suivante : on a soin d’avoir du chlorure de chaux bien sec, réduit en poudre très-fine; on humecte légèrement son doigt, puis on le trempe dans un flacon rempli de la poudre de chlorure, et l’on frictionne assez rudement les parties affectées. Après des lotions répétées, le chlorure, le liquide putride et les concrétions membraniformes sont rejetés; on recommence alors Popération de la même manière, et on laisse le contact durer plus longtemps, puis on recommande au malade de se gargariser de nouveau et de rejeter le chlorure. Ces frictions amènent quelquefois un écoulement sanguin peu abondant, qui ne peut avoir aucun inconvénient, et qui aide au dégorgement des parties voisines.

Lorsque l’angine revêt ce caractère qui lui a fait donner le nom de gangréneuse, on aura recours aux gargarismes toniques et détersifs. M. Guersant emploie dans ce cas la décoction de quinquina, avec ou sans alcool camphré ou additionné d’un quart de solution de chlorure de sodium. J. Frank n’emploie jamais qu’une décoction de quinquina aiguisée d'acide muriatique. On a enfin recommandé des coilutoires d’infusion de roses rouges acidulée, de décoction de bois de campèche

(Binns), d'alcool étendu d’eau (Sims) , de teinture de myrrhe, etc.

Hamilton de Falkirk pense que la suppuration de larrière-gorge fait seule le danger de l’angine scarlatineuse, et il cherche à prévenir cette terminaison en cautérisant cette partie le plus tôt possible, même dès la période d’invasion. Aussitôt qu'il voit les tonsilles malades chez un sujet qu'il suppose infecté, 1l les touche avec le nitrate d’argent, et renouvelle cette opération jusqu’à ce que la fièvre ait cessé. Ce mode de traitement, dit-il, n'empêche pas l’angine de suivre une marche croissante; mais il prévient le troisième degré de cette inflammation, la période d’ulcération, la seule pendant laquelle la maladie soit dangereuse.

ACCIDENTS CÉRÉBRAUX. — Sydenham conseillait d'appliquer un large vésicatoire à la nuque et d’administrer du sirop diacode lorsqu'un état comateux et des mouvements convulsifs se manifes- {aient au commencement de la période d’éruption. Mais, d’une part, les opiacés ont linconvénient de favoriser la congestion de l’encéphale; et de l'autre , il vaut mieux, comme la fait remarquer Iufeland, appliquer le vésicatoire dans un endroit

un peu éloigné de Ja tête, par exemple aux mol-

CURATIF. 347 lets. Navier et Sims les mettaient entre les épaules. Bangs et Quarin les remplacaient par des sinapismes à la plante des pieds. Il faut se rappeler que lorsque l’angine est couenneuse, les vésicatoires se couvrent quelquefois de pseudo-membranes et sgangrènent.

Ces moyens révulsifs, combinés avec les purgatifs, et surtout les affusions froides, suffisent pour combattre les accidents cérébraux lorsque ceux-ci sont indépendants d’une phlegmasie ou d’une congestion de l’encéphale, ce qui est, du reste, le cas le plus ordinaire. Mais lorsque celleel existe, 1l est indispensable de dégorger immédiatement le cerveau en appliquant un certain nombre de sangsues à la région mastoïdienne, ou, comme le faisait M. Godelle , en scarifiant la membrane pituitaire; on ne négligera pas non plus, dans ce cas, les révulsifs et les affusions froides.

ENGORGEMENTS CERVICAUX. — J. Frank recommande l’application d’un vésicatoire sur la partie malade. Neumann prescrivait un emplâtre composé de gomme ammoniaque et de vinaigre scillitique. ÆEichel blâme l'emploi des cataplasmes ordinaires, et il les remplace par ceux de mélilot camphrés. Kreyssig a reconnu peu d'efficacité au

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