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les
clés. Les convives sont couchés, suivant l'usage emprunté par les Grecs aux Asiatiques ; un petit serviteur emplit les coupes , et les convives conversent entre eux avec des gestes anguleux (fig. 8G B). Enfin, des taureaux affrontés, des lions dévorant un faon, ou s'attaquant à un sanglier paissant, prouvent que le sculpteur puise encore à tout ce répertoire si familier aux peintres de vases du sixième siècle'. Nous retrouvons là les thèmes connus de la décoration orientale.
Le style offre un caractère d'archaïsme très accusé : gestes raides et gauches, exécution monotone et plate, qui semble trahir l'imitation des reliefs 'en bronze repoussé. Les figures des Néréides sont d'une exiguïté presque ridicule ; le sculpteur s'est appliqué, avec plus de conscience que de bonheur, à observer les règles de V isocéplialie , c'est-àdire à placer les têtes de tous les personnages au même niveau, quelle que soit leur attitude; difficulté redoutable, dont Phidias triomphera merveilleusement dans la frise du Parthénon, mais devant laquelle l'archaïsme échoue avec une amusante naïveté. Les caractères du style, la présence des Centaures sous leur forme la plus ancienne2, le mélange de sujets grecs et de motifs orientaux, nous engagent à reculer assez loin la date des bas-reliefs d'Assos ; ils ne sont pasj croyons-nous, antérieurs à 54.0 3.
On peut, avec plus de sécurité, placer vers le milieu du sixième siècle le bas-relief découvert en 1790 à Samothrace, et qui, de la collection Choiseul-Gouffier, a passé au musée du Louvre en 1816 '' (fig. 87). C'est une plaque sculptée, dont la partie droite se termine par un ornement assez étrange ; on distingue le col recouvert d'écaillés et la gueule ouverte d'un dragon fantastique; de la tête se détache
1. Voir en particulier le lion attaquant un sanglier. Papers, pi. 17. Le même sujet figure sur un fragment de sarcophage en terre cuite peinte, appartenant au Louvre, et provenant de Clazomène. E. Pottier, Bull, de corresp. liellin., 1890, p. 376, pi. II.
2. Voir sur cette question Sidney Colvin : Représentations of Centaurs ingreeh Vase Painting (Journal ofSell. Studies, 1880, pp. 107-107).
3. D'après M. Clarke, les caractères de l'architecture accuseraient une date plus récente, postérieure aux guerres médiques ; le temple appartiendrait à la première moitié du cinquième siècle. PaperSj p. 119. Il nous est difficile de souscrire a ces conclusions. Enadmettant même, avec M. Clarke, que le caractère archaïque s'explique par une sorte de provincialisme local, on a peine à croire à un tel retard, en plein cinquième siècle.
4. Millingen, Âncieni unedited monuments, II, pi. I. Inghirami, Monumenti etruschi, VI, pi. D G, I. Clarac, Mus. * sculpt., II. pi. 116, 238. Stacklberg, Annali delV Inst., 1829, p. 200, pi. C, 2.
SCULPTCnE GRECQUE. — T. I.
une longue corne recourbée en forme de volute. Nous ignorons quelle était la destination de cette plaque, où l'on a reconnu tantôt l'accoudoir d'un siège en marbre, tantôt un support de table. Elle suppose d'ailleurs toute une suite de plaques analogues, où se déroulait une scène empruntée à la guerre de Troie, scène de conseil ou d'arbibitrage royal. Ici, nous n'avons sous les yeux que trois des personnages , désignés par des inscriptions en lettres ioniennes archaïques '. Agamemnon, en costume de fête, les cheveux soigneusement nattés, est assis sur un diphros; derrière lui, le héraut Talthybios tient le caducée, insigne de ses fonctions , et plus loin Epéios, le constructeur du cheval de bois , assiste à la scène comme serviteur du roi. Cette composition éveille immédiatement le souvenir des peintures de vases du sixième siècle,
aussi bien pour l'attitude des personnages que pour la disposition des inscriptions. L'analogie n'est pas moins étroite si vous considérez les deux bordures entre lesquelles s'encadre le relief : en haut, des palmettes alternativement droites et renversées; en bas, une tresse à double ruban, avec un point central à chaque œil, voilà un décor que nous retrouvons sans trop de surprise sur les anciens vases rhodiens2. La technique mérite qu'on s'y arrête. Le relief est tout à tait plat. Les personnages ne s'enlèvent pas en forte saillie; ils sont plutôt dessinés que sculptés; en ravalant le fond, très légèrement d'ailleurs,
- Bas-relief trouvé à Samothrace (Musée du Louvre).
1. Voir pour les inscriptions, Roehl, Tmcr.gra ■< aniiquisshn >, 377. On sait qu'au dire de Pausanias (VII, 4, 3), Samothrace était une colonie des Ioniens de Samos.
2. Cf. Dumont, les Céramiques de la Grèce propre, p. 106 et suivantes.
l'artiste semble n'avoir eu d'autre objet que d'isoler les silhouettes. Vous saisissez là sur le vif l'application d'un des deux principes d'où découle dans l'art grec la conception du bas-relief. Le premier consiste à prendre pour point de départ la figure dessinée ou peinte sur une surface plane. Si l'artiste attaque avec le ciseau la plaque de marbre, ce n'est pas pour obtenir un modelé ressenti, des jeux d'ombre et de lumière; c'est pour cerner, par un faible ressaut, le contour de la figure. L'intérieur même du contour reste plat ; les lignes qui dessinent les détails sont faiblement entaillées. On pourrait, si l'expression ne paraissait étrange, dire que c'est là une peinture exécutée au ciseau. Et de fait, nous retrouverons l'application persistante de ce principe dans toute une classe de monuments, où le relief n'est qu'un accessoire de la peinture : nous voulons parler des anciennes stèles attiques. A cette méthode s'oppose nettement celle du haut-relief, dont le point de départ est la sculpture en ronde bosse. La figure est modelée franchement, avec toutes ses saillies ; elle s'applique seulement sur un fond qui la soutient. Il est facile de prévoir que l'art grec primitif appliquera, d'instinct, ce principe à la sculpture architecturale ; nous le verrons bientôt en étudiant les métopes de Sélinonte.
Il est temps de résumer les caractères généraux qui se dégagent de l'étude des anciennes sculptures ioniennes. A n'en pas douter, l'Ionieest le centre d'une grande école grecque orientale, dont l'unité est incontestable ; elle est une, en effet, depuis le littoral de la Troade jusqu'à l'île dorienne de Rhodes. Devons-nous, pour en expliquer les caractères, faire appel à la théorie, souvent invoquée, des influences de race? Mais qu'est-ce, au juste, que la race ionienne? Pour nous, nous ferons plus volontiers une large part aux influences géographiques. L'Ionie est en effet merveilleusement placée pour subir l'action d'un double courant dont l'un vient de l'Assyrie, et se propage, par l'Asie Mineure, jusqu'aux côtes grecques, tandis que l'autre vient de la vallée du Nil. C'est là, croyons-nous, qu'il faut chercher la raison du style mixte des plus vieilles œuvres ioniennes.
1. Ces questions ont été souvent traitées. Voir en particulier Conze, Das Relief bel den Grlechen, Sitzungsberîchte der berliner Ahidemle, 1882, p. 567, et Sitzmigsbir. der arch. Gcsettschaft, 4 janvier 1881. {Arch. Zeitung, 1881, p. 04). Kœpp, Der Vrsprung des Hochreliefs bel den Griechen, Jahrb. des arch. Inst., II, p. 118. Brunn, l'eber tektonischen Styl.
Un des traits qui nous frappent dans cette école, c'est sa prédilection marquée pour les figures vêtues. Sans doute, les monuments sont encore trop peu nombreux pour ériger cette observation en théorie démontrée. Mais n'est-il pas remarquable que, dans un domaine plus modeste, le même fait se reproduise avec persistance? N'est-ce pas aussi le type de la figure assise ou debout, mais toujours vêtue, que traitent les modeleurs de terres cuites ? parcourez la série des terres cuites rhodiennes, où se trahit si nettement l'influence de la grande sculpture : nombre de figurines réveilleront pour vous le souvenir des statues de marbre que nous avons passées en revue. Telle figurine de Rhodes (fig.
88) ', avec sa pose hiératique , son attitude assise, ses formes rondes, VOUS rappellera Fis. 88. — Terre cuite de Eho-
les statues des Bran- des (Heuzey> Fis*™<* an~
tiques, pi. 11, fig. 2).
chides. Et telle autre, avec son bras ramené sur la poitrine, sa robe traînante aplatie circulairement sur la base, vous remettra en mémoire la Héra de Sanios. Or, l'étude attentive du costume constitue, nous l'avons reconnu, un puissant élément de progrès. Si, dès le sixième siècle, les coroplastes arrivent à modeler ces figurines d'un archaïsme sévère , élégamment
Fig. 89. — Terrecuite do Rhodes (Henzey, Figurines antiques, pi. 12, fig. 4).