‹ Histoire de la sculpture grecque (volume 2)Chapitre 123 sur 280 · Pausanias, VI · texte numérisé non relu

Pausanias, VI

meubles ou des coffrets de bois1. Les sujets s'encadrent entre des ornements d'un type uniforme ; sur les côtés une tresse, en haut et en bas une bande recoupée de métopes. Sans doute ces bronzes ont la même origine, et une inscription en alphabet argien du sixième siècle, gravée sur l'un d'eux, permet de désigner Argos comme le centre de la fabrication. ( !e relief est celui-là même que reproduit notre figure 107.

On y reconnaît à première vue un thème déjà ti'aité sur la frise d'Assos et dans les frontons en tuf de l'Acropole d'Athènes. Héraclès, le carquois au dos, lutte contre un dieu marin à buste humain et à queue de poisson; c'est, nous apprend l'inscription, le « vieillard de la mer » (à'Xioç yépaw), proche parent de la Derkéto des Phéniciens, et assimilé à Triton dans les traditions grecques 2. Que ce sujet, sémitique d'origine, soit entré de bonne heure dans le répertoire hellénique, cela n'est pas douteux ; on le trouve déjà sur une de ces gemmes que nous avons rattachées à la période mycénienne, et le bronzier d' Argos n'a eu qu'à imiter un modèle courant. Si cette plaque appartient, comme nous le croyons, au milieu du sixième siècle, on peut attribuer une date un peu plus récente au relief ajouré qui montre Héraclès tirant de l'arc3 (fig. 108). Le héros n'est pas encore affublé de la dépouille du lion néméen comme dans les monuments d'un style plus avancé ; vêtu seulement d'une courte tunique, il décoche une flèche. L'attitude agenouillée ne manque pas de justesse; le travail est

Fiu. 107.— Héraclès luttant contre le vieillard de la mer. Relief de bronze trouvé à Olvnipie.

I. Ces reliefs de bronze ont été étudiés par E. Curtius : Dos arch. Bronzerelief aus Olympia, Abhand- Hmgen der berl. Alcad. 1880, p. 12 et suiv. Cf. Furtwaengler, Die Bronzefunde ans Olympia, pp. 91 et suivantes. Pour les reproductions, voir : Ausr/rabunr/en aus Olympia, IY, pi. 25 B, 1-4. et Olympia, Die Bronze». Pour l'interprétation des sujets, cf. Milchhoefer, Anjanye der Kttnst in Griechenland, p, 184 et suivantes.

'J. Olympia, Die Bronze» , pi. XXXIX, p. 102.

3. Ausgrab. aus Olympia, IV, pi. 20 a. Olympia, Die Bronzen, pi. XL, p. 106.

très fin et atteste que les bronziers d'Argos possèdent à fond la technique de leur art.

Argos exportait certainement au dehors ces produits de son industrie. Des bronzes repoussés, analogues pour la technique et le décor à ceux d'Olympie, ont été trouvés à Dodone ', et jusqu'en Etrurie; c'est une hypothèse vraisemblable que de les attribuer à une fabrication argienne.

Mais quels ont été les premiers modèles, et sous quelles influences cette industrie s'est-elle développée en Argolide? Si l'on considère la technique, on observe de grandes ressemblances entre le relief d'Héraclès et la plaque de Crète reproduite dans un I irécédent chapitre 2 ; c'est le même procédé, qui consiste à ajourer le fond, en réservant seulement la silhouette de la figure.

D'autre part certains sujets,

COmme Prométhée COllime ^"'' ^{>>i' — Héraclès tirant de l'arc. Relief de bronze ajouré . (Musée d'Olympie).

un petit cavalier juché sur

un grand cheval, se retrouvent sur des vases peints apparentés à la fabrique rhodienne, et dont le lieu d'origine peut être cherché dans les colonies grecques d'Afrique, à Cyrène ou à Naucratis3. Pour la technique et la décoration, c'est donc vers Rhodes et la ( îrète que nous nous trouvons ramenés. Ici encore, il semble qu'on puisse constater un courant d'influence ayant son point de départ dans la Grèce orientale.

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