I 8. — LA SICILE
Sur la côte méridionale de la Sicile, entre Agrigeute et le cap Lilybée, des Doriens de Mégara Hyblœa, colonie de Mégare, avaient fondé au septième siècle la ville de Sélinonte. Elle devait son nom à Tache (cé^ivov) qui croît en abondance sur les rives du fleuve Sélinus, et une feuille d'ache figurait comme emblème sur les monnaies de la ville. De l'acropole primitive, où s'élevaient les plus anciens édifices, Sélinonte avait fini par déborder sur une colline voisine, et jusqu'au troisième siècle avant notre ère, sa prospérité croissante ne s'était pas
1. Brunn, Arch. Zeitung, 1 87(5, p. '20, pi. I. M. von Sallet y voit au contraire une tète d'Aphrodite, Numitm. Zeitscliri/t, IX, 1881. p. 141. Cf. Furtwaengler, Lexikon de Eoscher, p. 411.
SCULPTURE GUECQUE. — T. I. 31
démentie. En 249, après deux sièges successifs, les Carthaginois s'en emparent et la détruisent. Les ruines de Sélinonte étaient restées longtemps inexplorées, les voyageurs ne s'aventurant pas sur cette côte déserte et peu sûre. C'est seulement en 1822 que deux architectes anglais, Samuel Angell et William Harris, entreprirent les premières fouilles régulières, continuées peu de temps après par J. Hittorff et Zanth, et reprises en 1831 par le duc de Serradifalco '.
Entre autres découvertes, les fouilles anglaises mirent au jour les ruines d'un vieux temple dorique situé sur l'acropole, et qui était peutêtre consacré à Apollon. A défaut d'indication plus précise, on le désigne d'habitude sous le nom de temple C. C'est de là que proviennent les métopes du style le plus ancien. Habilement restaurées par le sculpteur l'ietro Pisani, elles sont aujourd'hui conservées au musée de Païenne. Nous ne possédons pas de spécimens plus vénérables de la sculpture décorative à l'époque archaïque.
Le temple C n'avait de métopes qu'à sa façade orientale, où elles étaient au nombre de dix; mais, sans tenir compte de fragments peu importants, trois seulement ont pu être restaurées. Chose curieuse, elles n'étaient pas toutes de dimensions absolument égales ; elles diminuaient légèrement de largeur, à mesure qu'elles se rapprochaient des angles de la façade. Grâce à cette observation, on a pu replacer, dans leur ordre respectif, les trois métopes conservées ; notre figure 117 montre une partie de l'entablement tel qu'il est restitué au musée de Païenne, avec son larmier, et sa frise extérieure composée de métopes et de triglyphes alternés.
Une des métopes, restaurée par Pisani, était placée au centre de la façade, au-dessus de l'entrecolonnement du milieu : c'est celle qui représente un quadrige vu de face2. Le personnage debout dans le
1. Les résultats des fouilles anglaises ont été publiés, après la mort d'Harris, par son beau-frère et par Angell: Samuel Angell et Thomas Harris, Sculptured Metopetofthe ancient city of Selinus in Sicily, Londres, 1826. On sait quel parti Hittorff et Zanth ont tiré de leurs recherches à Sélinonte dans leur ouvrage intitulé '.L'Architecture antiquedela Sicile. Cf. Hittorff, Recueil des monuments de Sêgeste et de Sélinonte, Paris, 1870. Pour les fouilles de Serradifalco, voir : Serradifalco, Antichità délia Sicilia, vol. U, Païenne, 1834. L'historique des découvertes a été fait par M. Benndorf. dans une monographie consacrée aux sculptures de Sélinonte : Otto Benndorf. Die Metopen von Selinunt, mit Untersuchungen ueber die
Ttte, die Topographie unddie Tempel von Selinunt, Berlin, 1873.