‹ Histoire de la sculpture grecque (volume 2)Chapitre 145 sur 280 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

S 1. — LES MAITRES EGINETES.

Dans la Grèce européenne, un groupe d'écoles, qui comprend celles d'Egine, d'Argos et de Sicyone, se voue spécialement au travail du métal. On sait déjà quel puissant instrument de progrès la pratique de la fonte du bronze a mis aux mains des artistes grecs ; l'invention perfectionnée par les Ioniens de Samos sert merveilleusement les aptitudes les plus originales du génie hellénique. La sculpture en bronze commande en effet des qualités très particulières. La beauté de l'œuvre coulée réside surtout dans la parfaite justesse des proportions et des lignes, dans l'exactitude des contours; l'art du métal admet, dans le détail, des raffinements de technique, une minutie d'exécution où l'artiste peut montrer la conscience scrupuleuse qui est comme la vertu dominante des écoles archaïques de la Grèce propre. Ajoutez que la pratique du bronze contribue, dans une large mesure, à émanciper le sculpteur, à l'affranchir de certaines conventions qui pèsent sur le travail du marbre ; elle permet de dépouiller la l'orme des accessoires inutiles, de risquer une attitude plus compliquée, un mouvement plus libre; elle suggère à l'artiste certaines audaces heureuses. Tels sont les progrès que vont réaliser les écoles parmi lesquelles celle d'Egine tient dignement sa place.

En dépit de sa médiocre étendue et de son sol ingrat, l'île d'Egine est devenue, à la fin du sixième siècle, un petit Etat prospère, enrichi par un commerce actif. Ses ateliers excellent à couler le bronze. S'il

lui faut tirer du dehors le cuivre et l'étain nécessaires à la fabrication de ce métal, nulle part ailleurs on ne sait mieux les mélanger pour obtenir un bronze pur, brillant et sonore1. La fonte éginète (aeginetica temperatura) est célèbre dans toute l'antiquité, et à Sicyone les bronziers les plus habiles ne se font pas faute d'en adopter les procédés2. Aussi les artistes d'Egine voient-ils affluer les commandes de statues d'athlètes vainqueurs, d'ex-voto, destinés aux grands sanctuaires; ce sont eux qui, avec leurs confrères du Péloponnèse, peuplent l'Altis d'Olympie de ces statues, où l'on admirait, au temps de Pausanias, les œuvres les plus achevées de l'archaïsme grec. Cette prospérité est d'ailleurs de courte durée; elle ne survit pas à l'indépendance politique de File. Lorsque, en 45G, les Athéniens soumettent Egine, et lui imposent un tribut, elle déchoit du rang où l'a portée l'activité de ses artistes; et quand, en 431, ils domptent ses dernières résistances en la dépeuplant, et en y installant des colons attiques, il n'est plus question d'une école éginète.

Parmi les artistes qui représentent cette courte floraison, de 530 à 460 environ, un des plus anciens paraît être Kallon, élève de Tektaios etd' Angélion, deux maîtres de la statuaire chryséléphantine \ 11 exécute pour Trézène un xoanon d'Athéna, et pour le temple d'Amyclse un trépied de style ancien, supporté par des statues de Coré et de Déméter '. Une base portant sa signature, trouvée sur l'Acropole d'Athènes, nous apprend qu'il a aussi travaillé pour l'Attique3. Son style, au dire de Quintilien, est encore dur, dépourvu de souplesse, et le critique romain le compare à celui des œuvres étrusques6.

Voici maintenant la série des maîtres éginètes qui signent de leur nom les statues d'athlètes et les ex-voto des victoires olympiques.

1 . Pline, Nat. Hist., 34, 10. a Proxuma laus aeginetico (aeri) fuit ; insala ipsa est, nec quod ibi gigneretur, sed officinarnm temperatura, nobilitata. »

2. Pline, A'nt. Hist., 31, 75. Kanakhos fond son Apollon Philésios a aeginetica aeris temperatura ». Le mot latin temperatura est l'équivalent du mot grec xpâii; et signifie proprement le mélange, dans de certaines proportions., du cuivre et de l'étain. Cf. Blumner, Technologie and Terminologie der Gewerbt and Kùnste. IV, p. 179.

3. Pausanias II, 32, 5. Cf. VII, 18, 10. C'est évidemment par erreur que Pline le place en 432. Nat. Eiêt., 43, 49.

l. Pausanias, III, 18, 7.

Page 1