‹ Histoire de la sculpture grecque (volume 2)Chapitre 151 sur 280 · Pausanias, V · texte numérisé non relu

Pausanias, V

1. Furtwaengler, Arch. Zeitung, 1879, p. 44, note 3. Laloux et Monceaux, Olympie, p. 64. 5. Voir sur cette question l'étude de M. Bruno Sauer, Die Anfiinge der statuarischen Grappe, ein Beitrag mr Geschichte der griechischen Plastik, Leipzig, 1887.

des Tarentins, celui des Achéens se composait de figures non pas liées entre elles par une communauté d'action et de mouvement, mais simlement juxtaposées. Sans doute le maître éginète avait exécuté chaque figure isolément, pour elle-même, et le groupe n'avait d'autre unité que la réunion sur une même base de statues de mômes proportions. On s'explique fort bien que Néron ait pu en disjoindre la statue d'Ulysse, pour la faire transporter à Rome.

Au reste, nous allons retrouver sans trop de surprise cette méthode appliquée à la sculpture décorative. Si les œuvres d'Onatas sont perdues pour nous, les frontons du temple d'Athéna, exécutés de son temps et peut-être sous sa direction, vont nous montrer comment l'école d'Egine traite ces grandes compositions, et résout le problème encore si difficile du groupement des figures.

Les ruines du temple d'Athéna, à Egine, s'élèvent sur l'un des derniers mamelons du massif qui occupe le nord-est de l'île. Dans l'état actuel, vingt-deux colonnes environ sont en place, et quelques-unes soutiennent encore des architraves massives, faites de gros blocs divisés en deux sur leur épaisseur, et réunis par des scellements en fer. Presque toutes les colonnes du périptère ont conservé leur chapiteau, dont l'échiue, déjà redressée, annonce que l'ordre dorique s'achemine vers la perfection du cinquième siècle. Toutefois, la matière employée n'est pas encore le marbre : c'est une pierre calcaire, d'un grain poreux, qui garde encore çà et là les traces du stuc jaunâtre dont elle était revêtue '. De tels matériaux exigeaient, cela va de soi, le concours de la polychromie.

On ne saurait fixer avec une entière certitude la date de la cons-

1. Voir la restauration exécutée en 18ô"2 par M. Charles Garnier : Temple de Jupiter Panhellénien a Egine, Paris, Didot, 188J, dans les Restaurations desmonuments antiques parla architectes pensionnaires de l'Académie de Franceit Rome, publiées sous les auspices du gouvernement français. La dénomination de Temple de Jupiter Panhellénien, acceptée par M. Garnier, est aujourd'hui abandonnée. Le temple était certainement consacré à Athéna. L'inscription d'une borne servant de limite à l'enceinte sacrée du sanctuaire, et que Ross a vue en place, ne permet pas le doute à cet égard. Voir Ross, Arch. Aufsaetze , I, p. 241.

truction du temple. Hérodote parle, il est vrai, d'un Mèron d'Athéna, où les Éginètes vainqueurs des Cydoniates consacrèrent les proues des vaisseaux ennemis (523)' ; mais ce passage ne permet pas de conclure à l'existence du temple lui-même dès cette époque. Au contraire, dans le premier quart- du cinquième siècle, l'histoire de l'île nous offre un ensemble de faits qui servent merveilleusement le développement de l'art. Egine, encore indépendante, a atteint l'apogée de sa puissance politique. Elle a lutté vaillamment pendant les guerres médiques, et à Salamine, elle a pu mettre en ligne 30 trières : contingent énorme pour une petite île, si l'on songe que la flotte d'Athènes comptait 180 vaisseaux. L'escadre éginète a fait des prodiges, et le prix du combat lui a été décerné. N'était-ce pas l'occasion d'élever un monument rappelant la gloire de l'île, la libération de la Grèce et la protection des dieux? Le temple peut donc avoir été construit au lendemain des guerres médiques, après 480 \ En tout cas, il ne paraît pas antérieur de beaucoup à cette date.

La découverte des marbres d'Egine remonte aux premières années de ce siècle. En 1811, un groupe de savants et d'artistes anglais, allemands et danois, entreprit sur le plateau occupé par le temple une campagne de fouilles. Cockerell, architecte de la Banque de Londres, MM. Haller de Hallerstein, Foster et Linckh dégagèrent les abords de l'édifice, eu abattant une partie du bois de pins qui les envahissait. Les recherches, habilement conduites, firent sortir du sol dix-sept figures plus ou moins complètes, et une grande quantité de fragments. Parmi les statues, il s'en trouvait deux de petites dimensions, qui avaient servi à décorer le faîtage d'un fronton, de chaque côté d'un acrotère en forme de palmette. Ce sont les deux figures de femmes auxquelles une restauration moderne fait tenir d'une main une fleur de grenade, tandis que de l'autre elles relèvent un pan de leur robe. On les appela longtemps Damia et Anxésia, jusqu'au jour où l'on se résigna à y voir ce qu'elles sont en effet, de simples figures décoratives. Les quinze autres statues appartenaient aux deux frontons. Nous avons

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