‹ Histoire de la sculpture grecque (volume 2)Chapitre 165 sur 280 · Pline, Nat. Hist., 34, 5(J · texte numérisé non relu

Pline, Nat. Hist., 34, 5(J

est vrai, mais dont le style très particulier et la rare perfection technique nous engagent à chercher ailleurs la patrie d'origine1 (fig. 163 . La belle tête de bronze reproduite ci-joint a été découverte dans les fouilles de l'Acropole ; pourtant, comment n'y pas voir l'œuvre d'une école où le travail du métal est comme une spécialité? Certains détails matériels d'exécution nous ramènent à Sicyone ou à Argos : par exemple, les lèvres et les sourcils, incrustés de cuivre rouge; les yeux, remplis d'une matière blanche, semblable à de la porcelaine, et où la pupille fait une tache noire. Le rendu des cils atteste une étrange préoccupation du réalisme, et une étonnante minutie de facture; imaginez, au bord des paupières, une sorte de frange barbelée où chaque cil est traité à part : on peut les compter. Même finesse dans le travail des cheveux ondes sur le crâne, et enroulés sur les tempes et sur le

front autour d'un cercle métallique, tandis qu'une petite masse se détache par derrière et forme chignon. Le type du visage est nouveau pour nous ; mais nous retrouverons plus tard, dans l'Apollon du fronton Ouest d'Olympie, cette forme de visage si caractéristique, ce profil sévère, ce menton plein, cette lèvre inférieure venant en avant, voire même ces proportions de tous points conformes à ce qu'on a quelquefois appelé le canon olympique2. A vrai dire, le bronze de l'Acropole

1. Musées d'Athènes, pi. XVI. Brunii. Denkmaéler, 10. M. Élie Cabroi en a donné nu remarquable dessin, exécuté par M. Puech, sculpteur, ancien pensionnaire de l'Académie de Fiance : Voyage en Grèce, Pari-. 1890, Librairie des Bibliophiles. Voir, pour l'étude du style et de l'origine, l'article de M. Studniczka, Mîttheil. Athen, 1887, p. 372.

'-'. Cf. Winter, Jakrbuch des arch. [net., II, 1887 p. 226.

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163. — Tête virile en bronze, trouvée sur l'Acropole d'Athènes. {Musées d'Athènes, pi. XVI.)

est le plus ancien exemple d'un type dont nous suivrons le développement dans l'art péloponnésien ; il accuse une direction d'art étrangère à l'Attique'. Or, si nous avons constaté à Athènes les traces de l'activité des bronziers éginètes, leurs confrères du Péloponnèse n'ont-ils pas, eux aussi, travaillé pour la ville des Pisistratides?2 Je ne connais pas d'hypothèse plus plausible que d'attribuer le bronze de l'Acropole à quelque artiste d'Argos ou de Sicyone, contemporain d'Agélaïdas ; c'est dans le Péloponnèse, croyons-nous, qu'il faut chercher l'origine de ce type à la fois élégant et sévère, qui répudie l'ancienne convention du sourire archaïque. Si ces conclusions sont justes, elles entraînent des conséquences d'une certaine importance pour la suite de notre histoire. Nous savons dès lors ce qu'est le style propre à l'école d'Argos. Nous possédons un point de repère, nous permettant de nous orienter dans l'avenir, et d'étudier avec plus de sécurité la période de transition qui sépare Polyclète de l'ancienne école argienne. Les textes et les faits qu'on parvient à grouper sont encore bien incomplets. Ils suffisent néanmoins pour nous faire juger à leur valeur les sculpteurs de l'Argolide. A n'en pas douter, Argos est le centre du mouvement qui entraîne l'art vers des progrès décisifs. Au lendemain des guerres médiques, elle est le rendez-vous des artistes étrangers. Myron vient y apprendre la technique du bronze, et s'y former à l'étude du corps humain ; Phidias s'y exerce à la sculpture chryséléphantine. Elle conserve encore la suprématie qu'Athènes va lui disputer quelques années plus tard. Veut-on se faire une idée juste de son rôle, dans cette période si féconde où l'archaïsme, arrivé à sa pleine maturité, annonce déjà l'éclosion prochaine du grand art? On songera à la Florence du quinzième siècle, aux maîtres vaillants et chercheurs qui inaugurent la Renaissance italienne; on prêtera aux sculpteurs d'Argos la même activité, le même renom, et à leur patrie, la même puissance de rayonnement.

1. M. Loeschcke est d'accord avec M. Studniczka pour reconnaître que ce bronze n'a pas le caractère attique. (Programme de Dorpat, 1887, p. 18). Mais nous ne croyons pas pouvoir le suivre quand il l'attribue à l'art des îles.

2. Déjà M. K. Lange avait proposé de rattacher à l'école d'Argos une tête virile en marbre trouvée sur l'Acropole d'Athènes. Mittheil. Alhen, VII, 1882, p. 205-2OS.

En regard des deux brillantes écoles dont nous venons de retracer l'histoire, les autres villes du Péloponnèse font médiocre figure. On peut, il est vrai, recueillir ça et là quelques noms ; niais nous savons bien pende chose de ces artistes isolés, comme Hennon de Trézène, et Laphaès de Phlionte'. En Elide, un sculpteur parait avoir quelque réputation : c'est Kallon l'Eléen, auteur d'un Hermès dédié à Olympie par Glaukias de Rhégion, et dont les fouilles allemandes ont mis la base à découvert2. On voyait de lui, dans l'Altis, une autre œuvre beaucoup plus importante : un chœur d'enfants en bronze, avec un joueur de flûte et le maître du chœur. Consacré à Zeus par les Messéniens, ce groupe rappelait la mort de trente-cinq enfants de Messène, envoyés à Rhégion pour prendre part à une fête; le navire qui les portait avait sombré en mer3. A Sparte, la vieille école de bronziers, si florissante au milieu du sixième siècle, semble s'effacer devant ses brillantes rivales de l'Argolide; tout au moins nous n'en pouvons suivre l'histoire, faute de textes. Quelques sculptures funéraires en marbre d'un style archaïque développé, nous apprennent seules que l'art industriel continue ses traditions dans la vallée de l'Eurotas, et reste fidèle aux anciens types'. A Corinthe, la ville industrielle par excellence, trois noms seulement représentent l'activité artistique; Diyllos, Amyklaios et Khionis exécutent, vers 500, un groupe de divinités consacré à Delphes par les Phocidiens5. Encore savons-nous par Vitruve que l'un d'eux, Khionis, a été mal servi par les circonstances, et n'a pas trouvé l'occasion de déployer son talent dans une œuvre digne de lui6. Pourquoi cette pauvreté de traditions, et comment expliquer le peu d'éclat de la sculpture corinthienne? C'est que

1 Pausanias. II, 31, «; II. 10, 1; VII, 26, 0.

2. Pausanias, V. 27. 8, Loewv, fntchr. gr. Bildhauer, n1 311.

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