‹ Histoire de la sculpture grecque (volume 2)Chapitre 179 sur 280 · Musées d'Athènes, pi. VII · texte numérisé non relu

Musées d'Athènes, pi. VII

2. Un croquis de cette figure a été publié dans les Mittlwil. Athen, Xlll, p. 135.

la coiffure est un des traits caractéristiques de l'ancienne civilisation grecque. Au sixième siècle , la coiffure féminine est une merveille d'art et de patience. Aussi avec quel zèle les sculpteurs attiques se plaisent-ils à détailler l'agencement compliqué d'une chevelure nattée et frisée suivant toutes les exigences de la mode ! La disposition générale de la coiffure est à peu près constante. Tandis que sur le front les cheveux se tordent en boucles ou s'aplatissent en bandeaux, la masse de la chevelure, divisée en tresses ou simplement ondulée au fer, forme une sorte de nappe flottante qui couvre les épaules ; sur cette masse, le ciseau du sculpteur a dessiné chaque tresse par des ligues en zig-zag recoupées de sillons horizontaux (fig. 174) '• Trois ou quatre de ces tresses se détachent derrière les oreilles, et viennent s'étaler symétriquement sur la gorge, tantôt roulées en spirales, tantôt ondulées, d'autrefois découpées a angles vifs, et semblables à de minces bandes d'étoffe repliées sur ellesmêmes, puis étirées après coup. C'est surtout dans l'arrangement des cheveux sur le front qu'éclatent la fantaisie et le caprice individuels. Ici, c'est un bandeau ininterrompu, formé de plusieurs rangs étangés, et qui descend sur le front ; il est recouvert en partie par une quadruple rangée de tresses qui s'arrondissent sur les tempes, à peu près comme les plaques d'or portées par les Frisonnes. (PI. VI, 1.) Ailleurs les cheveux forment une sorte de bourrelet, épais comme un turban'. Ailleurs encore, le front est encadré par une série de boucles que terminent des accroche-

FlG. 174. — Statue féminine :

( Musée de l'Acropole. )

1. Bull. île corresp.heUèn., XIV. 1890, pi. VI. La tête de cette statue, vue de face, est publiée dans le même recueil, pi. VI bis. Voirie revers d'un autre des statues de l'Acropole. Musée» d'Athènes, pi. VIII.

2. Voir la statue reproduite plus loin, figure 170. Cf. 'Eçriji. if/.. 1*8.'!, pi. 8.

SCCLPTCHE QRECQUE. — T. I. i4

cœurs, véritable chef-d'œuvre de minutie, rendu par le sculpteur avec une rare patience. Presque toujours , la parure se complète par une Stéphane, sorte de bandeau épais en cuir ou en feutre, couvert d'ornements, et qui s'abaisse à partir des oreilles pour s'adapter exactement à la forme de la tête. Joignez-}' des pendants d'oreilles, figurant une rondelle de métal épaisse et large, des colliers, des bracelets, vous aurez une idée exacte de la toilette d'une Athénienne élégante au temps des Pisistratides.

A un autre point de vue, les statues de l'Acropole nous offrent des documents d'une valeur inestimable. Elles nous font connaître, avec une précision inespérée, les règles qui présidaient à la polychromie de la statuaire du marbre dans l'art du sixième siècle. Toutes ces statues étaient peintes. Au moment de la découverte, elles avaient encore gardé un merveilleux éclat de couleurs, que l'action de la lumière a malheureusement terni et. assombri. Au moins savonsnous, aujourd'hui, par des témoignages irrécusables, comment le travail du peintre complétait celui du sculpteur '. Les costumes, les accessoires, les coiffures, étaient rehaussés par une polychromie conventionnelle, où dominaient le rouge et le bleu, mais où le jaune, le noir et l'or jouaient aussi leur rôle. En règle générale, la chevelure et les lèvres des statues étaient revêtues d'un ton rouge. Un trait noir soulignait l'arc des sourcils et le bord des paupières; la pupille était noire, entourée d'un cercle rouge figurant l'iris. On n'a pas jusqu'ici, relevé de traces de couleurs sur les chairs; il es1 donc important de constater que la polychromie des têtes était partielle. Le même principe guide le peintre dans le décor des vêtements. La seule partie entièrement peinte est le chitonisque, et encore ce fait ne s'observe-t-il que sur les statues où ce vêtement est en grande partie caché par l'himation ; dans ce cas, le chitonisque est bleu, et par opposition, des ornements rouges décorent la bande du col et le bord inférieur. Sur les grandes surfaces, comme le chiton et l'himation, le peintre n'a tracé que des bordures et des semis. Ces dessins, gravés d'abord à la pointe, puis repris au pin-

1. Voir sur la polychromie des statues de l'Acropole, l'article très détaillé de M. Lecliat. Bull, de co !., X.I.V. 1800, p. 5.32-572.

L'ECOLE ATTIQI E. 347

ceau, comportent des grecques, des quadrillés, des lignes de points, des fleurons, des fleurs dont les pétales sont disposés en étoiles.

Voici, pour prendre un exemple précis, quelle est la polychromie d'une de ces statues, reproduite en couleurs par notre planche I d'après une aquarelle de M. Gilliéron '. Sur le devant du chiton s'étale une large bande brodée d'une grecque très riche, rouge et bleue ; le reste du vêtement était constellé de fleurons tripétales, disposés autour d'un double rinceau. L'himation est brodé d'une bande analogue à celle du chiton, mais moins large, au-dessus de laquelle court une rangée de fleurons. Enfln, le bord inférieur du chitonisque est décoré d'une série de rectangles, où alternent les mêmes tons bleus et rouges. Si l'on restitue à la Stéphane ses palmettes bleues, aux pendants d'oreilles l'éclat métallique de la dorure, on imaginera facilement la coloration chatoyante qu'offrait la statue sortant des mains du peintre, dans toute la fraîcheur de sa brillante parure.

Les statues de l'Acropole comptent aujourd'hui parmi les documents les plus précieux qui confirment l'usage de la polychromie dans la statuaire grecque \ Elles appartiennent en effet à une période de transition ; elles datent du temps où les artistes commencent à appliquer au marbre la décoration peinte dont les vieilles sculptures en tuf de l'Attique nous ont montré un emploi si indiscret et si violent. Or, deux faits nous frappent surtout dans cette polychromie du marbre. Tout d'abord, elle ne cesse pas d'être conventionnelle. Les couleurs qui dominent encore sont le bleu et le

1. C'est celle que donnent les planches III-IV des Mutées d'Athènes. Elle a été reproduite j couleurs, mais partiellement, dans les Antihi Denhnaeler des arch. /<•(., I, pi. 33. L'auteur delà planche des Denlmaeler est le même artiste à qui nous avons demandé une aquarelle de l'ensemble de la statue

2. On sait combien la polychromie a été autrefois contestée. La liste est longue des travaux cons.'

à cette question. Rappelons que le problème a été pose tout d'abord par Quatremère de Quincy. (Le Jupiter Olympien ou l'art de I" sculpture antique cotm ■■ i ai point de me. Paris. ] - 15) et que

les travaux d'Hittorff ont éloquemment plaidé la cause de la polychromie. (Hittorff , ïïest mple

d'Empédocle » Sêlinonte, ou Essai sur l'architecture polychrome che! les Grecs, 1851). On peut consulter, pour l'historique de la question, Kugler, Ueber dit Polychromie der griech. Architektur und Shdptur, und ihre Grenzen, 1835; Scharf, Muséum of classical Antiquitie.i. I. p. 217 (18.Ï1); Walz, Ueber die Polychromieder antiken Sculptai-, Tubingne 18:13; Treu, Sollen Wir unsere Staluen bemalenf Dresde, 1 ■ Dans une brochure récente, M. Locusteano a donné une bibliographie assez complète des travaux -ur la polychromie : Despre Polychromie in architi dura si sculptura Hellenilor, Bucarest. 1891.

rouge, c'est-à-dire celles qui setalaient autrefois si largement sur les sculptures en tuf, celles qui restent en usage dans la polychromie monumentale. A n'en pas douter, cette peinture ne vise pas à donner l'illusion de la réalité; son rôle se borne à rehausser le travail du sculpteur par le chatoiement de couleurs vives et gaies. Un autre fait très digne d'attention, c'est que, avec l'emploi du marbre, la polychromie devient partielle. Vous ne retrouvez plus ici cette sorte de badigeon, ces tons pleins qui, dans les frontons de tuf de l'Acropole, recouvraient tout l'ensemble des figures, et dissimulaient les imperfections de matériaux grossiers. Les artistes se sentent en présence d'une matière plus noble; ils respectent, comme par instinct, le poli du marbre, son grain fin et serré, ses qualités de transparence; ils lui donnent un rôle dans la tonalité générale, et la polychromie n'a plus pour objet que de souligner les détails, de donner plus de valeur aux accessoires. Cependant, on ne peut se défendre de poser une question. Les parties non peintes, qui se présentent désormais par grandes surfaces, conservaient-elles la teinte naturelle du marbre? N'y avait-il pas une nécessité esthétique à atténuer un contraste trop violent entre des parties colorées et celles que ne touchait pas le pinceau? M. Lechat a très finement exposé les raisons qui permettent de croire que le marbre recevait une sorte de patine : « La vive blancheur du marbre, étincelante, éblouissante sous le soleil, n'aurait pas été en harmonie avec ce bleu et ce rouge, tous deux très foncés. L'œil aurait senti un trouble et comme un choc à passer des parties coloriées à celles qui ne l'étaient pas '. » Les textes confirment de tous points cette conjecture. Dans les auteurs et dans les inscriptions, il est fait mention d'un patinage (yavuui;) appliqué aux statues. Un passage de Vitruve nous a conservé le détail de cette opération, à laquelle a trait également un curieux texte épigraphique trouvé à Délos 2. Une couche de cire étalée sur le marbre, parfois un simple frottis d'huile, lui donnait

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