Journal des tarants, mars 1885, p
2. Mycènes, p. 371, fig. 474, masque trouvé dans le cinquième tombeau. Cf. p. 300, fig. 331; p. 301, fig. 332; p. 418. fig. 473.
imiter la courbe des moustaches, la coupe de la barbe dont les ondulations sont rendues par un travail de gravure. Mais les oreilles, écartées de la tête, les yeux clos, cernés par le bourrelet des paupières qui paraissent ouvertes, tout cela est traité avec une naïveté barbare. On sent toute la dureté du travail de la matrice en bois sur laquelle le masque a été repoussé. L'artisan qui a exécuté cette pièce n'est sculpteur que par occasion : il est resté étranger à l'étude du visage humain.
Fi G. 15. — Masque funéraire en or trouvé dans le cinquième tombeau.
La même inexpérience caractérise les stèles funéraires en pierre calcaire, découvertes au-dessus des tombeaux de l'Acropole '. Notre figure Ki met sous les yeux du lecteur la mieux conservée. Dans le registre inférieur, le sculpteur a représenté un Mycénien conduisant son char, que précède un personnage nu tenant une épée; le chef porte à sa ceinture un poignard de même forme que les armes trouvées dans les tombeaux2. Il suffit d'un coup d'œil pour constater le caractère ru-
1. Mycines, p. 109, fig. 24; p. 149, fig. 140; p. liiJ, fi g. 114.
2. Un sujet analogue se retrouve sur iea stèles euganéennes de Pesaro. Cf. Furtwaengler, Collection Sabouroffj Introduction, p. 25.
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dimentaire du dessin : le cheval a les formes d'un taureau; les personnages sont dessinés avec une extrême gaucherie. Quant à la technique, elle est à la hauteur du style. L'ouvrier s'est borné à tracer sur la pierre les contours des figures, et à ravaler le fond pour obtenir une silhouette plate, sans la moindre apparence de modelé. Pour suppléer à son inexpérien- 'MÊ'%f, ce de sculpteur, il a
r^E^IV couvert une partie de la
stèle de ces ornements en spirale qui sont directement empruntés au style métallique, et les a même fait déborder sur le registre réservé à la scène figurée.
Quant à la composition, elle lui a sans doute été suggérée par une de ces intailles en or que nous avons attribuées à l'industrie phénicienne. L'une d'elles représente justement une chasse au cerf (fig. 17), et le même sujet est reproduit sur une dès stèles mycéniennes'. On se rend compte ainsi des procédés de travail des sculpteurs de Mycènes. Faute d'une éducation artistique suffisante, ils transportent sur la pierre le style ornemental des vases de métal et des bijoux, et ils empruntent aux intailles des scènes qu'ils interprètent de leur mieux 2.
1. Voir Overbeck, Geachichte der griech. Phistik,!, 3" édition, p. 33. Cf. Von Bybel, Weltgeschichte der Kmist bis zu Erbauung der Sophienkirche, Marbourg, 1888, p. (il .
"2. Ou a quelquefois rapproché des stèles de Mycènes celles qui proviennent de la Certosa à Bologne (Milchhoefer, Au/ange der Kunst, p. 233). Il n'y a d'analogies que dans le procédé de composition. M. J. Martha remarque avec raison que les stèles de la Certosa sont l'œuvre de sculpteurs inhabiles qui copient des peintures de vases. (L'Art étrusquej-p. 372.)
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FlG. 16. — Stèle funéraire trouvée sur l'Acropole de Mycènes (Schliemann, Mycènes, p. 149, fig. 140.)
Un autre monument de la sculpture mycénienne est le bas-relief, depuis longtemps connu, qui décore la Porte des Lions (fig. 18) '. C'est une dalle taillée clans un calcaire gris-jaunâtre, qui ferme exactement l'ouverture triangulaire ménagée au-dessus de la porte. On a bien souvent décrit et reproduit ces deux lions d'un type héraldique, affrontés de chaque côté d'une colonne, les pattes de devant posées sur une base de forme singulière, assez semblable ù deux autels juxtaposés. Ainsi placés, les deux lions semblent veiller à l'entrée de l'Acropole. Les têtes, sculptées à part dans un autre bloc, ont disparu, ainsi que l'emblème qui couronnait sans doute le chapiteau. Entre les stèles funéraires et le bas-relief des lions , le contraste est frappant. Ici, nous avons sous les yeux l'œuvre d'un sculpteur, et non d'un artisan. Malgré le caractère héraldique et conventionnel de la composition, l'artiste a su rendre, non sans habileté, le modelé du corps des fauves; il a su faire saillir énergique-
. . Fig. 17. — Intaille gravée sur
ment 1 ossature, et exprimer avec une certaine ie chaton d'une bague en or.
jUSteSSe le jeu des muscles tendllS SOUS la peau. Quatrième tombeau^Schlie-
J J ' maun,J/!/c'< Kfï.p.304,fig 334.)
Les lions de Mycènes sont plus qu'un simple
décor héraldique ; ils dénotent déjà un sentiment assez vif de la na- Uuv. En raison de ces mérites, avons-nous le droit de reconnaître ici la première sculpture où le génie hellénique ait laissé son empreinte et d'en faire honneur à l'art grec? A vrai dire, si l'exécution semble déjà trahir les qualités de la race hellénique, le prototype de cette œuvre paraît appartenir à l'art étranger2. Les Grecs eux-mêmes en avaient le sentiment : Pausanias se conforme à la tradition courante, lorsqu'il désigne comme les auteurs du lias- relief les Cyclopes lyciens qui ont construit Tirynthe :'. Et de fait, c'est en Lycie qu'il faut chercher les analogies pour la forme de la colonne, pour celle du chapiteau, où l'on reconnaît des éléments propres à l'architecture lycienne '', à
1. Voir, pour la bibliographie ancienne, 0. Millier, ffandèuch der Archœologie^^ 26-42. Ct. 1 richs-Wolters. Gipsabgûsse Antiker Bildwerhe9 n« 1.
2. Overbecky voit le travail d'un artiste étranger venu d'Asie Mineure, Griech. Plattik, I.p. 32, 3e éd. Pour M. Sayce, c'est une œuvre hittite, Iliot, p. 01 2.