Pline, d'après Varron , Nat. llifl
Fiu. 251. — Pan, statuette de bronze.
(Cabinet des médailles.)
et la poitrine du Doryphore, où la musculature est établie par divisions rectangulaires, où les épaules sont égales en largeur au quart de la hauteur totale, la statue nous donne bien, en effet, l'impression d'une structure massive et comme architecturale. Mais cette solidité des proportions est pour ainsi dire corrigée par le rythme des lignes, et ce rythme est déterminé par l'attitude. « C'est, dit Pline, le propre de Folyclète d'avoir imaginé de faire tenir ses statues sur uue seule jambe' ». Il suffit d'examiner la silhouette du Doryphore pour comprendre combien cette convention est féconde en résultats : le torse se creuse légèrement du côté droit ; à cette flexion s'oppose la saillie de la hanche que prolonge le ferme contour de la jambe servant de soutien, et ainsi les lignes s'infléchissent, se redressent, se balancent, suivant les modulations les plus harmoniques. Le rythme normal d'une statue debout, dans une attitude tranquille, est définitivement fixé, et cette conquête de Polyclète prendra place dans le patrimoine commun de l'art grec jusqu'au déclin de l'hellénisme. Toutefois, sans rien enlever à la gloire de Polyclète, remarquons que les prédécesseurs immédiats du maitre d'Argos lui avaient frayé la voie. Pythagoras de Rhégïon cherche déjà les lois du rythme; et d'autre part, la convention qui consiste à faire fléchir une jambe est connue dans les ateliers d'Argos au temps d'Agélaïdas, témoin le bronze de Ligourio reproduit dans un précédent chapitre. A bien des égards, le Doryphore est moins l'œuvre d'un novateur, que le manifeste brillant d'une école.
La renommée de cette statue célèbre est attestée par une longue série de répliques plus ou moins directes. Au siècle suivant , avant que le canon de Lysippe ait détrôné celui de Polyclète, les artistes s'en inspirent souvent, et trouvent dans le motif du Doryphore le thème d'ingénieuses adaptations. Une statuette de bronze du Cabinet des médailles nous montre le Porte-lance transformé en un jeune Pan aux cornes naissantes, tenant de la main droite la syriux, et dans la main gauche duquel la lance était sans doute remplacée par le pedum, bâton à crosse recourbée, qui constitue un des attributs ordinaires des divi-
1. « Proprium ejus est uno crure ut insistèrent signa excogitasse. » Pline, ibid.
POLYCLETE.
nités rustiques (fig. 251)'. La tête du Doryphore, si nettement caractérisée par ses proportions un peu lourdes, et par sa chevelure détaillée en boucles collées au crâne, a aussi provoqué bien des imitations". Une des plus remarquables est un buste de bronze du musée de Na-
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Fie. 252. — Buste en bronze du Doryphore par Apullonios, fils d'Archias. (Musée Je Naples.)
pies, en forme d'Hermès, découvert à Herculanum (fig. 252) 3; c'est l'œuvre d'un sculpteur athénien contemporain d'Auguste, Apollonios
1. Furtwaengler, MittheS. Athen, III, 1878 p. '>li3, pi. XII.Babelon, Le Cabinet des antiques à la Biliothèque nationale, pi. XXII, p. U7-i;8.
2. Die antil.cn Skulpturen zu Berlin, n"' 47f>, 476, 177, 479. Helbig, Vie œffentlichen Sammlungen bn Rom, p. GO, n« 100.
3. Antichità di Ercolano, De' Bronzi,!, p. 161, 1 »">3. Comparetti et Giulio de Petra. La Villa Era lant te dei Pisoni, Turin, 1883, pi. 8, l,p. 261.
fils d' Ardùas. L'artiste semble avoir serré de près le type du modèle; les cheveux sont traités avec une rare finesse, et si nous ignorons ce qu'Apollonios y a mis du sien, au moins sa copie nous donne-t-elle, mieux qu'une réplique en marbre, l'idée juste de la perfection technique propre à l'original disparu.
Un mot de Varron, cité par Pline, nous apprend que les statues de Polyclète étaient presque toutes exécutées sur le même modèle '. Peut-être ne faut-il pas prendre ce jugement au pied de la lettre ; tout au moins nous devons croire que cette sorte d'uniformité se remarquait surtout dans les statues viriles de même ordre que le Doryphore, dans les statues d'athlètes vainqueurs, qui forment une série assez importante de l'œuvre du maître argien. On range sans hésiter dans cette catégorie la statue célèbre qui représentait un jeune athlète attachant autour de son front une bandelette, signe de la victoire, celle que Lucien appelle « le beau Diadumène2 », et qui devait en partie sa renommée au prix de cent talents, environ 600,000 drachmes, dont elle avait été payée :l. De toutes les répliques conservées, aucune, croyonsnous, ne peut inspirer plus de confiance que le Diadumène en marbre trouvé en 18G2 dans le midi de la France, à Vaison, et acquis sept ans plus tard par le British Muséum (fig. 253) ''. Comparée à un autre marbre du British Muséum, à la statue de l'ancienne collection Farnèse où l'on a longtemps reconnu la meilleure copie du Diadumène", la statue de Vaison semble beaucoup plus voisine du bronze original. Tandis que le sculpteur de la statue Farnèse a modifié arbitrairement la pose de la jambe gauche, et traité avec un certain maniérisme la tête du jeune athlète, le marbre trouvé en France rend avec exactitude la pose un peu traînante du pied gauche que nous avons observée dans le Doryphore.