‹ Histoire de la sculpture grecque (volume 2)Chapitre 3 sur 280 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

C'est seulement vers la fiu du septième siècle que les artistes grecs commencent à exécuter les premières statues en pierre. Avant cette date, la statuaire proprement dite existe à peine. Sur ce point, les faits confirment le témoignage des traditions conservées par les écrivains anciens, et nous sommes en droit de considérer la sculpture comme le dernier-né des arts dans les pays helléniques. Il est facile de comprendre les causes de ce retard. A l'origine, la sculpture est en relation étroite avec la religion; les premiers statuaires grecs décorent les temples; ils sculptent les images des dieux ou des ex-voto ; ils ne sont, à vrai dire, que des « imagiers ». Or leur œuvre, si modeste qu'elle soit encore, suppose cependant un certain nombre de conceptions plastiques, déjà fortement arrêtées dans l'esprit de tous. Il faut que la

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poésie ait créé dans l'imagination populaire des types divins, doués d'une sorte de réalité immatérielle, pour que l'art essaie de les traduire. Alors s'établissent des conventions, qui suppléent à l'insuffisance et à la pauvreté des moyens d'expression dont peut disposer la sculpture à ses débuts; alors commencent cette lutte contre la matière, ce lent perfectionnement des procédés techniques, ces études naïves et sincères de la forme humaine où se dépensera toute l'énergie des maîtres primitifs. Il est dans l'ordre naturel des choses que la sculpture se développe en dernier lieu, comme une des manifestations les plus élevées de l'activité artistique d'un peuple. La Grèce ne fait pas exception à cette loi.

Nous pourrions donc être tenté de prendre pour point de départ la date relativement récente que nous avons indiquée. L'histoire des plus anciennes écoles grecques ne remonte pas au delà. Mais ce n'est encore là que le dernier terme d'une longue période d'essais et d'initiation, durant laquelle l'art grec a déjà donné des signes de vitalité. Si la sculpture est encore à naître, la Grèce a une industrie ; tandis que d'humbles artisans frayent péniblement la voie aux sculpteurs en modelant dans l'argile ou en taillant dans le bois les premières images du culte, les relations commerciales avec l'Orient ont révélé aux Grecs des formes décoratives, un style ornemental, dont leur art industriel s'est emparé; la sculpture ne se développe pas sur un sol vierge de toute influence. Par suite, il nous est impossible d'en aborder directement l'histoire, sans rechercher au préalable quelles étapes l'art industriel a déjà fournies. L'étude des commencements de l'art, comprise dans un sens plus général, s'impose à nous comme une introduction indispensable. Nous devons nous reporter bien au-delà du temps où la sculpture sur marbre et le travail du bronze font leur apparition, pour essayer de saisir, jusque dans les plus lointaines ébauches, les traces du premier éveil du sentiment plastique chez les Hellènes; nous devons étudier les causes qui en préparent l'essor, et déterminer, autant que possible, quelle part revient aux civilisations orientales, à l'Asie et à 1 Ej\ pte, dans l'éducation du génie hellénique.

Tel est l'objet de ces premiers chapitres. Nous n'avons certes pas la prétention d'épuiser la question. L'histoire des origines de l'art grec

formerait à elle seule la matière d'un livre; nous nous proposons seulement de la retracer à grands traits, sans nous attarder à des discussions minutieuses, à des analyses de détail que ne comporte pale plan de cet ouvrage. Nous nous bornerons à l'essentiel.

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