Vitmve
3. Corpus inscr. giaecar., u" 2904. Dittenbcrger. Si/Uo;/i: n« 117. Bo[i7i);v; 'A/,i:ctvopo; | àvi^r.xe tôv vaov I '.\0ïivai'i5 rioXiiSi. Cf. Strabon, p. G41
392 LE QrATRIKME SIÈCLE.
(le dater presque ù coup sûr le temple de Pririie. Consacn' ]>ar le roi de Macédoine vers ;î34, à l'époque de son passage eu lonie, il a dû être commencé vers le temps oii s'achevait le Mausolée, un peu après 350; il appartient doue à la période la plus fiorissaute de l'architecture ionique en Asie Mineure'. On a pu en juger, quand les fouilles de ]M. Po])plewell Pullan, rapidement conduites en 1868-1869, ont déblayé l'édifice, et mis à découvert les beaux fragments d'arcliitecture transportés au British Muséum". La sculpture décorative n'est représentée (pie par une suite de reliefs mutilés, provenant d'une Gigantomachie, et sculptés sur des dalles mesurant environ 0,80 cent, de hauteur''. C'est cette composition que M. Albert Thomas restitue comme une frise intérieure, sur le mur du naos. Si nous possédions réellement, dans ces bas-reliefs, des fragments de la frise intérieure, ils auraient un intérêt capital ; car il serait fort curieux de trouver déjà traités, au quatrième siècle, les thèmes que développeront, près de deux siècles plus tard, les sculpteurs de la grande frise de Pergame : géants ailés et anguipèdes, divinités combattant, telles qu'Hélios sur son char ou C^'bèle assise sur un lion. Mais il faut renoncer à considérer les bas-reliefs de Priène comme contemporains du gros œuvre. M. Wolters Ta fort bien montré : ils ne faisaient pas corps avec l'édifice '. Ils décoraient simplement une balustrade ajoutée après coup dans l'intérieur du temple, sans doute lors- <pi'eut lieu la dédicace de la statue de culte. Or, la statue d'Athéna, dont M. Pullan a retrouvé les débris, n'a été consacrée qu'après 158 avant J.-U. par un roi de Cappadoce, Orophernès IL La prétendue frise de Priène est donc postérieure aux sculptures du grand autel de Pergame, et sa valeur historique se trouve ainsi bien diminuée.
Un autre grand temple ionien, celui d'Apollon ;\ Didymes, est un peu postérieur à l'Artémision d'Ephèse. Mais ou ne peut guère descendre au delà de l'année 320, puisque, des deux architectes qui le construisent, l'un, P;iiouios a travaillé au temple d'Ephèse ; l'autre est Daphnis de Milet\ Si luxueux qu'ait été le Didyméion, nous
1. Rayet et ïliomas, Mllel et le giJfe /,n(»iiy««, II, p. 5-7.
2. A„f„imt;e,iif-Ionia,Vf,-p\. XVIII, XXI. Rayet et Tlioni.xs, JW</, pi. Il, l.'i, lii. a. n.iyet et Thomus, MUet,\>\. lf>. Bnmn, Deiikmuehr, n" 711.
4. Wolters, .Tuhrbnch Jfsan.li. fm!., I, ItiXiI, p. .")G. Cf. Overbeck, Griecli. PlaslU; II, p. 40."i. .1. Rayet et Thomas, J/i7e/, II, ji. .'il.
LA SCULI'TUUE MON U M ENT A I, K EN ASIE MINEIKE. :W3
n'avous pas à y clierclier de grands ensenil)les de sculpture nionunieiitale. Les fouilles exécutées à Didyiues, en 1873, par 0. Rayet et Albert Thomas, aux frais des barons G. et E. de Rothschild, intéressent surtout l'histoire de l'architecture; et les magnifiques morceaux conservés au Louvre dans la Salle de Milet, chapiteaux d'antes ou de pilastres, bases de colonnes richement sculptées, témoignent avant tout de la fertilité d'invention et du goût décoratif déployé par les arcliitectes ioniens. Mais il ne nous est pas interdit de jeter un coup d'(eil sur certains détails de la sculpture ornementale. Plusieurs révèlent une hardiesse tout à fait
Fig. 20!*. — Chapiteau de pilastre du naos, temple d'Apollon Didyméen. (Rayet et Thomas, Milet, pi. 49. )
imprévue. Un chapiteau d'ante provenant de l'édicule placé au fond du temple, > porte sur chacune de ses faces une femme dont la tête supporte l'abaque, dont les jambes et les vêtements se transforment, par une gradation insensible, en vigoureuses feuilles d'acanthe, tandis que les bras se continuent par des rinceaux, et projettent vers l'angle extrême du chapiteau une puissante palmette p '. Des chapiteaux de pilastres de la cella montrent des fleurons séparant deux griffons, l'un mâle, l'autre femelle, traités avec une maîtrise qui dépasse le talent d'un simple ornemaniste (fig. 208). (( Les griffons de Didymes, écrit encore 0. Rayet, sont pleins de vérité et de mouvement ; leurs muscles se gonflent sous leur peau mobile ; leurs fortes pattes s'appuient sur le sol pour bondir; leurs reins souples se cambrent et il semble que dans leur fête fièrement levée, dans leurs yeux saillants, nous puissions
1. O. liayet,À'<tt(i(« d'urc/njoluyie et d'art, p. lliO. Jlilet, pi. IS-IO.
SCULl'TDKE GRECQUE. — T. II. ÔO
304 I.K gUATRIï;ME SIECLE.
lire la passion qui les auiiiie »'. A défaut de frises sculptées, les bases et les chapiteaux du Didyméion uous révèlent encore avec quelle fantaisie sûre d'elle-même, avec quelle entente de l'effet décoratif, les ornemanistes de l'atelier de Preonios savent concourir à l'o'Uvre de l'architecte.
Plus au nord, dans l'ile de Saniothrace, nous rencontrons des vestiges moins importants, mais qui méritent cependant d'être signalés. On sait connnent, assi.sté de MM. Aloïs Hauser et Niemann, M. Couze a poursuivi les recherches commencées })ar MM. Deville et Coquart, et dégagé, en 1873, les ruines d'un temple dorique, sur l'emplacement appelé ralaeopnjis (l;i vieille ville) '. Le fronton antérieur était orné de figures en ronde bosse, malheureusement trop peu nombreuses pour qu'on puisse en restituer l'ordonnance. Il est cependant probable qxxe le sujet était emprunté au cycle de Dionysos, qui jouait un rùle important })armi les divinités de Saniothrace. Les deux figures de l'augle droit, une femme demi-couchée, le torse nu, tenant une corne à boire, un personnage viril dans la même attitude, sont des o-uvres d'une facture moyenne, d'un style facile, où l'on sent encore le souvenir des bonnes traditions. On en peut dire autant d'une femme assise, tenant une grappe de raisin . Le meilleur morceau est une femme courant, dont l'attitude et la draperie rappellent la célèbre Victoire que nous étudierons dans un autre chapitre. En résumé, des œuvres d'assez bon style, mais d'exécution rapide, avec des négligences (jui accusent un travail hâtif. La date du temple n'est pas fixée avec une certitude absolue. M]\L Conze et Hauser la placent au temps des successeurs d'Alexandre. Rayet fait au contraire remonter la construction de l'édifice jusqu'à la seconde moitié du (piatrième siècle, à une époque «,( où le dorique cédait partout la place à l'ionique », et il explic^ue ainsi le contraste que présentent d'une part la maigreur des formes doriques, de l'autre la richesse épanouie des rinceaux courant sur la cymaise '. Si ces conclusions sont justes, les sculptures du tem[)le peuvent être
1. O. Uiiyet, ÉttiJei il'archcoloi/ie et d'art, p. lâU j .l/i7f/, pi. ôl.
'-'. ('onze, Hauser et Xiemann, Archacologische Untersuchawjen auf Samothiale, Vienne, 187:i.
.-!. Ouv. cife^ pi. xxxv-xxxviri.
\. Étn<le$ tl'arch. cl d'url, p. 180-181.
LA SnUl.PTURR MONI'MKXTALK RX ASIK M IN F.r' 1! K. 305
(•nii.sidt'R'L'S comme des (ciivres d'écolr, de valeur .seediulairc, encore élégantes, mais lort inti'iieiires à la sculpture monnmeutale du cinquième siècle.
Il est permis de croire que la sculpture décorative reste longtemps pénétrée des influences de l'art atticpie. A ce point de vue, il est intéressant d'examiner la métope sculptée découverte par Scldiemann à
Fig. 200. — Hélios sur son char. Métope sculptée, trouvée i Uiou.
Ilion, dans la couche supérieure de débris provenant de la ville nouvelle édifiée, après la mort d'Alexandre, sur l'emplacement de l'Ilion homérique. La métope appartient au temple dorique élevé, scmble-til, sous le règue de Lysimaque, de 323 à 282 (fig. 209) '. Plus récente que les sculptures d'Ephèse, elle nous offre un précieux spécimen de la sculpture monumentale au début de la période hellénistique. Or nous connaissons fort bien les modèles dont s'est inspiré le sculpteur; cet attelage de quatre chevaux fougueux que guide Hélios, vêtu de la longue robe des auriges, la tête entoin-ée de rayons, nous l'avons d<';ji\
1. Schliemann, liius, p. ''Mi. 0. Rayet, Élwles, p. 170-177. Bruun, Oeidmaelci; n" liii a.
3ii6 LE QUATRIEME SIECLE.
rencontré dans dos monuments attiques. Nous avons vu, dès la lin du cinquième siècle, s'introduire ces conventions qui placent en perspective fuyante les (juatre poitrails de chevaux, et varient le mouvement des têtes présentées de face ou de profil. Il nous suffira de rappeler le bas-relief attique d'Ecliélos et de Basile '. L'auteur de la métoi^e d'Iiion a appliqué les mêmes principes, et son œuvre garde ainsi toute la saveur du bon style. Mais il ne faudrait pas voir ici un retour ù des éléments anciens ; la tradition n'a pas été interrompue. Nous aurons plus loin l'occasion de constater, sous les premiers successeurs d'Alexandre, la persistance du style classique, encore défendu i)ar les anciennes écoles contre les entraînements du réalisme hellénistique. . .-
§ 2. — LES SARCOPHAOES DE SIDOX.
Parmi les découvertes récentes, il en est peu qui aient provoqué jilus de curiosité que les sarcophages trouvés à Sidon, et transportés au musée impérial de Constantinople. On sait comment, en 1N87, le directeur du Musée de Constantinople, Hamdy Bey, fut amené ù explorer méthodiquement une nécropole située à l'est de Saïda, et dont le hasard venait de révéler l'existence '. La nécropole comprenait sept chanilires funéraires, groupées autour d'un vestibule central ; vingtdeux sarcophages s'y trouvaient encore en place. Dans cette série, il convient de distinguer deux classes de monuments très différents. La première est composée de sarcophages de type égyptien, les uns en amphibolite noire, ou en basalte, et manifestement exécutés en Egypte, les autres en marbre blanc, et de travail grec. Ces monuments ren-