‹ Histoire de la sculpture grecque (volume 2)Chapitre 218 sur 330 · Helbig-Xoutain, Guide, I, a · texte numérisé non relu

Helbig-Xoutain, Guide, I, a

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450 L'ART HELLENISTIQUE.

nale a été retrouvée, avec la signature de Képhisodote et de Tîmarchos ' , on a reconnu qu'elle était trop étroite pour convenir à la statue du Vatican, et l'identification tombe d'elle-même. Devons-nous même attribuer le nom de Ménandre à ce personnage au visage rasé, à la boucbe ironique, aux traits fins et fatigués, qui, assis dans son fauteuil avec une aisance nonchalante, semble laisser flotter sa rêverie^? Le double hermès d'Aristophane et de Ménandre, conservé à Bonn, montre sous des traits un peu différents le poète athénien. Tout au moins la statue du Vatican semble représenter un contemporain de Ménandre; elle nous renseigne sur le style des sculpteurs attiques dans la première moitié du troisième siècle.

De Képhisodote seul, nous connaissons par les textes plusieurs œuvres : un ex-voto à Déméter et à Coré, dont la dédicace a été conservée ', des portraits de la poétesse Myro de Byzance et d'Anyté de Tégée. Les Romains goûtaient fort son style, et plusieurs de ses statues avaient été transportées à Rome ; Asinius Pollion avait placé son Aphrodite parmi les œuvres d'art réunies par lui ; sa Latone était au Palatin; son Asclépios et son Artémis dans le portique d'Octavie^. On citait surtout avec éloge une œuvre conservée à Pergame, et désignée sous le nom assez énigniatique de SympUgma. Était-ce un groupe amoureux, un Satyre et une nymphe étroitement enlacés? Nous i'ignorons. Mais il faut au moins retenir le jugement que portaient les amateurs sur la perfection du travail; le marbre était caressé avec tant de souplesse qu'il donnait au toucher la sensation de la chair '. Képhisodote nous apparaît donc comme le digne héritier de Praxitèle, comme un virtuose de l'art du marbre.

Nous prendrons une idée plus complète de l'art attique à la fin du quatrième siècle, si nous interrogeons quelques oeuvres manifestement dérivées de types prasitéliens. Nul doute que l'école de Praxitèle ait repris, en les accommodant au goût nouveau, plusieurs des créations du grand maître. Le souvenir immédiat de l'Hermès d'Olympîe se trahit, on

Loewy, Imehr.gr. Bildh., n" 108.

Voiries objections de Fnrtwaengler, Mdstermerie, p. 6S2, nota 2.

Loewy, ibid^a" 113.

Pline, Nat. Hial., 36, 24.

Pline, iiid., 36, 24.

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l'a VU, dans l'Hermès du Belvédère. De même, les célèbres Satyres du sculpteur athénien ont dû provoquer plus d'une imitation ' . A leur lignée se rattachent les deux jolis Satyres du Louvre, qui jouent de la flûte, nonchalamment accoudés, l'un sur un cippe (fig. 232), l'autre contre un tronc d'arbre ^ Ce sont des garçonnets, à peine des adolescents, et qui ont gardé les formes juvéniles, l'expression mutiné du type praxitéhen. Que les fils de Praxitèle aient transformé en Satyre fiûteur le Satyre au repos créé par leur père, il n'y a là rien d'impossible. Mais ce nouveau type, où la note idyllique est plus accentuée, a certainement trouvé faveur à l'époque hellénistique. Il entre dans le répertoire des coroplastes, et voici le petit Satyre transformé en" un Éros joueur de fi&te, dans une- jolie figurine de Mégare, qiii appartient, suivant toute vraisemblance, à la fabrication attique (fig. 233) '.

Nous croyons pouvoir attribuer à un élève plus ou moins direct de Praxitèle l'original d'où dérive une charmante statuette de bronze du musée de Naples, trouvée à Pompéi, et devenue bien vite populaire sous le nom fort impropre de Narcisse (fig. 234) \ Si quelque chose est certain, c'est qu'il n'y a rien de commun entre l'amant de la nymphe Echo et ce jeune dieu aux formes élégantes, qui se tient debout, l'index de la main droite levé, comme pour agacer un animal placé devant lui. M. Hauser a très justement remarqué que, dans l'original, le pied gauche, porté en avant, devait poser seulement sur le talon ^. Dès lors le sens devient fort clair. Cet appel du pied, ce geste de la main, s'adressent à un animal familier, supprimé par le copiste ; et comme la pardaiide jetée sur l'épaule du dieu, ses brodequins richement historiés désignent suffisamment Dionysos, on restitue sans peine à ses pieds la panthère qui lui est si souvent associée. Dès lors la statuette de Naples nous fait voir un type mythologique traité comme un sujet de

1. U. Eienliowski attribue aux fîls de Praxit^e l'original d'un moulage légué pai Mengs an musée de Dreadej et représentant un Satyre avec la nébride nonée sur l'épanle ganche. Rte. arch. , t . 2XVI, 1895, p. 28!, pi. Vn-VIII.

2. Froeiner, JV()iii!e.n»'S62-2B3.E. Q. Viscouti, Jlfon. s<xltl Barghesiani,^. 12, 3, p. 104. Cf. le Faune trouvé au Quirinal, Myron E . Si.a.îoti, American Joitriial of Arch.., 1894, p. 533, pl.XVni-XIZ.

3. Henzey, Fig. de terre euUe da Loivre, planoJie 56. — E. Pottier, les Statiiettei de terre euite, fig. 120.

4. Voir In notice de J. Marth», dans Eayet, Mon, de l'ai-t antique, II, pi. IS. 6. Hauser, Jahrh. des arch. Imt, IV, 1839, p. 113.

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genre. Mais n'est-ce pas une conséquence naturelle de l'évolution commencée au quatrième siècle?

Les contemporains de Praxitèle ont introduit, dans la manière de

- Jeune Satyre, jouant (Ifusée du LouTre).

Fig. 233. — Figurine de tt de Mégare (Musée du Louvre).

traiter la chevelure, beaucoup de liberté et de souplesse. Ils ont déjà cherché des arrangements coquets ou compliqués, témoin les Éros praxitéliens et l'Apollon du Belvédère. Sous les successeurs d'Alexan-

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dre, les sculpteurs raffinent encore sur ces données, et l'esécntion d'une chevelure flottante, ou disposée avec tin art savant, est pour eux matière à faire valoir toutes les virtuosités de style qui sont le tiiomphe de l'art hellénistique. On s'e'^ rendra compte en considérant unsérie de têtes où le rendu de 1chevelure a été l'une des principales préoccupations de l'artiste- Le British Muséum possède une tête charmante, trouvée dans les Thermes de Caracalla, et détachée d'une statue de Dionysos (fig- 235) '. Sous la couronne d'ache dont elle est ceinte-, la chevelure retombe en boucles légères, flotte sur le cou, encadre de ses ondulations soyeuses un beau visage d'éphèbe. Rien ne nous donne mieux l'idée du style attique, dans l'école de Praxitèle. On s'éloigne un peu plas des traditions du quatrième siècle avec une curieuse tête en marbre du musée d'Athènes, découverte près du Dipylon, et que le lieu de la trouvaille désignerait assez bien comme un fragment de statue funéraire (fig. 236) ^ Peu d'oeuvres antiques ont un caractère plus imprévu, un accent plus moderne, que cette tête à l'expression rêveuse et

- Dionysos. Statuette de hioas È, Pompéi (Musée de Naples).

1. Mm«m. inedill, X, pi. 30; C. Robert, A«nalh 1875, p. 64, pL C.

2. CaTTadJas, Catalogue, n' 19S. Friederlchs-Wolters, GipsalsHsse, n'

1444. M. Wolters l'iaterpréte

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454 L'AET HELLÉNISTIQUE.

langnissante, à là chevelure désordonnée, ruisselant en i ses le long des tempes ; on hésiterait sur la date, si l'on ne se rappelait la prétendue tête d'Eubouleus, à laquelle la rattache une évidente parenté.

L'influence de Scopas ne reste pas étrangère à un certain goût pour le pathétique , dont nous trouvons la trace jusqu'en Attique.

Il se manifeste dans une œuvre célèbre , dans la belle tête d'Apollon qui a appartenu successivement aux collections Castellani et Pourtalès , avant d'entrer au British Muséum (fig. 237) '. On a souvent cherché à définir la nature du sentiment qui donne à l'Apollon Pourtalès cette expression si intense et si passionnée.

Enthousiasme lyrique, disent les uns ; mélancolie, affirment les autres. Au vrai, c'est avant tout, suivant le mot très juste de Brunn, k un morceau romantique », et nous adopterons l'interprétation la plus simple en reconnaissant que l'artiste a voulu rendre la physionomie inspirée du dieu en proie au délire musical. Un détail qui n'est pas indifférent, c'est que,

Fig. 235. -

Dionysos. Tête en marbre, proTeaant des Thern ds Caracalla (British Muséum).

1. ÛTerbeck, Gt. Kiantmyth., III, ÂpoîloJ Griech. Gatterideale, p. 8*, pi. TII.

p. Hl, a" 6. Atlas, pi, 33, 35. Cf. la Sue étude de Brunii,

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LA riN DES ANCIENNES ECOLES. 455

par une convention nouvelle, l'angle externe des yeux s'abaisse, donnaot aux paupières «ne direction oblique, exactement en sens inverse de celle que nous avons observée dans les figures archaïques. Le regard prend ainsi une expression languissante, d'une singnlifere intensité. Enfin la forme de la coiffure, pompeuse et mouvementée, est elle-même combinée pour concourir à l'expression d'ensemble. La chevelure se noue sur le front en un crobyle épais, qui se projette en avant, et ombrage le front; il y a là une rechercbe visible de l'effet, et l'arrangement déjà compliqué de !a coiffure, dans l'Apollon du Belvédère, est ici bien dépassé. La tête Pourtalès nous conserve la copie d'un original en bronze sans doute très renommé; car nous en retrouvons une variante dans une autre tête du Britîsh Muséum, l'Apollon Castellani, provenant des Thermes de Caracalla (fîg. 238) '. Même forme de coifïure, même détail des petites boucles détachées sur le front en « accroche-cœur », même expression inspirée. Pourtant la tête CasteUani n'est pas une simple réplique du même original. L'artiste a suivi plus

librement le modèle en bronze ; il a respecté les exigences du travail du marbre, et il a fait ainsi une œuvre charmante, qui, sans les mutilations dont elle a souffert, pourrait détrôner la fameuse tête Pourtalès. Attribuer au début de l'époque hellénistique l'original d'où dérivent ces deux têtes, est une hypothèse que justifient suffisamment la forme si

1. Mon. ined., X, pi. IB. Annali, 1873, p. 27, Overbeok, Apollim, p. 1*1, n» 6. Atlas, pL 2XII, n" a*. MIT. Helbig et Jnliaa y Toient nne copie fidèle d'une œurre contemporaiue de Prasitèle, tandis que l'Apollon Pourtalèa en serait un dérivé hèlIéaiBtiqiie. ^Aniiati, loc cit.) Maie les deni œuTrea me paraissent contemporaines. M., Futtiraenglec suppose très hardiment que l'auteur de la téta Ponrtalèa a combiné la stjle de Ccésilas avec un type plus récent. Meisteraerhe, p. 338.

6 — Tèt«= en n D y n (A h n s

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nouvelle des yeux et le type de la coiffure. Mais nous ne saurions dire à quel maître attîque il conviendrait d'en faire honneur.

Au troisième siècle, l'activité de l'école attîque est attestée par de nombreuses signatures '. Les fils succèdent aux pères. Le fils d'Euphranor, Sostratos, travaille à Athènes; celui de Sthennis, Hérodo-

ros, nous est connu par ,,-^^,--> >. une inscription d'Oropos.

Parmi ces artistes de se- , ^ ' -^Bv *^°'^*^ rang, i! eu est que

'^^^^^— ■^rt^%'\^é^£iv\^ •■^'' ■^^^ ^^^ Romains appréciaient

comme des maîtres fort estimables, et dont ils recherchaientles œuvres; témoin le sculpteur Piston, dont on voyait à Rome un Ares et un Hernies, placés dans le temple de la Concorde, et qui semble avoir été en rapport avec les élèves de Lysippe ". On se tromperait donc, si l'on supposait que la suppression de la vie politique à Athènes entraîne pour l'art une décadence immédiate. Nous devons même consacrer plus qu'une simple mention à l'un de ces maîtres, qui au début du troisième siècle, , essaient de soutenir la vieille renommée de l'école attique. Polyeuctos est l'auteur d'une statue célèbre, celle de Démosthène. En l'année 280/79, sous l'archontat de Gorgias, le neveu du grand orateur, Démocharès, fit approuver un décret proposant d'é-

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