‹ Histoire de la sculpture grecque (volume 2)Chapitre 36 sur 330 · Vittuve, I · texte numérisé non relu

Vittuve, I

2. Voir la discussion de Sayet, Hommints de ï'a'-innriîMe, notice des pi. 40, 41.

3. On oonnaît les Atlantes du. temple d'Agrigeute. Mais il n'y a qu'un rapport ti tjpe de la Caryatide et celui de rAtlante.

i. Hoifolle, Bull, de c<tn-eap. heUén., 1894,p. 194-196.

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c'est comme «ne indication timide du caractère architectural attribué à la statue. Ainsi voilà déjà le principe posé et appliqué. Nous allons voir que les Attiques le développent hardiment, et trouvent pour la Caryatide la formule la plus achevée.

La portique des Caryatides à rÉrechtliéion.

Familiarisés comme nous le sommes aujourd'hui avec une conception devenue classique et banale, il nous faut un effort de réflexion pour comprendre avec quelle justesse de sentiment et de goût le sculpteur et l'architecte ont su conciherici des exigences contradictoires : d'une

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92 L'INFLUENCE DES aBANDS MAITRES,

part, la nécessité de donner au support une solidité matérielle qui éveille l'idée de force et de résistance ; de l'autre, l'obligation impérieuse de respecter le caractère d'élégance et pour ainsi dire de mollesse propre à la forme féminine. A ce point de vue, le portique des « jtôpKi » est un pur chef-d'œuvre d'art et de raison. Tandis qu'une plinthe carrée, glissée sous les statues, permet de donner au support une hauteur plus grande sans exagérer les proportions, le chapiteau, réduit à une simple échine encore évidée par les creux des oves, pose sur un coussinet qui semble en amortir le poids. L'entablement luimême est très allégé, et le fardeau pèse peu à ces jeunes filles qui, droites et immobiles, une jambe légèrement fléchie, font songer à des Canéphores des Panathénées, faisant halte à quelque arrêt du cortège. Ce détail d'attitude si juste ne détermine pas seulement une ligne heureusement rompue, qui assouplit la raideur de la pose ; l'artiste en a tiré le plus ingénieux parti pour satisfaire l'esprit qui calcule d'instinct la force de résistance du support. Des six Caryatides, trois, celles de droite, fléchissent la jambe droite ; le poids du corps porte sur la jambe , gauche, tournée vers le dehors, et de ce côté les longs plis droits de la robe réveillent le souvenir des fines cannelures d'une colonne ionique. Reportez-vous aux figures de gauche ; l'attitude est renversée; la jambe fléchie est tournée vers l'intérieur, et ainsi l'œil, en suivant les contours extérieurs des statues, ne perçoit que des ligues pleines et fennes, un peu détendues par le léger hanchement qui vient fort à propos rappeler le renflement traditionnel de la colonne.

En s'associant à l'architecture d'une manière si intime, la sculpture n'abdiquait pourtant pas ses droits. On peut étudier sous tous ses aspects celle des Car3'atldes que lord Elgin a rapportée à Lo'ndres : détachée de son cadre, isolée de ses compagnes, elle n'en reste pas moins une admirable œuvre d'art (fig. 44) '. Sans doute on ne saurait oublier sa destination que bien des détails, à défaut du chapiteau, suffiraient à révéler. Si la masse abondante de la chevelure s'enroule en tresses autour de la tête, et s'épand sur la nuque en une large nappe, c'est pour élargir l'assise du chapiteau et renforcer l'épaisseur du cou. Pour la

1. Atieienl mariles, IX, pi. C. Riyet, Monataeitis dei'arl antique,!, pi. 40; of. Catalogue ofSculptuTe in the Brit. Muséum, 1892, p. S3&, n° 407.

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même raison le sculpteur a dû emprunter à une ancienne mode archaïque les boucles qui tombent sur les épaules, et donnent plus d'ampleur à là coiffure ; il a dû aussi acc^]seravec

vigueur l

laiUie des formes dans I

buste, qui se cambre et se porte en avant. Mais pour la dignité de l'attitude, ces jeunes filles sont bien les sœurs des Canéphores du Parthénon.

Elies en ont le costume, le long ebitoQ dorique aux plis droits, serré à la taille par une ceinture ; elles en ont la démarche, le maintien réservé, et c'est avec la même grâce chaste qu'elles offrent aux regards leurs bras nus, tombant inoccupés le long du corps. Nous reconnaissons là, sans hésiter, le style de l'école de Phidias, avec une certaine recherche du moelleux dans resécutioa,qui seule peut dénoncer une date postérieure au Parthénon. Nous savons- d'ailleurs que les Caryatides étaient en place au moment de la reprise des travaux, en 409. Elles ont donc été exécutées en même temps que le gros œuvre de l'ErechthéïoD.

Le reste de la décoration sculpturale appartient à une époque un peu plus récente. Nous voulons parler de la frise qui se déroulait ' au- v>. tour de l'Érechthéion, et qui, par une particularité digne d'attention, se composait d'un bandeau en pierre bleu-noir d'Eleusis, sur lequel étaient

Fig '.

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fixées, à l'aide de crampons, des figures en bas-reliefs, sculptées en marbre pentélique. L'inventaire dressé en 409 et les comptes des années suivantes permettent d'établir avec certitude la date de !a frise '. Au moment où recommencent les travaux, il reste à terminer tout le couronnement

e de rEitchchéioa. (Atiisn

de l'édifice. Les architraves sont inachevées; les pierres des frontons ne sont pas encore taillées. Les comptes de prytanies, qd se succèdent régulièrement, nous apprennent que dans l'été de 409 on pose les blocs en pierre d'Eleusis qui servent de fond à la frise ^. Dans

. MichaeliE, MUiheil. Aihea, SÏV, p. 349-S66.

; Tupiî iti ta ïûia. Corpus ii

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le couraût des années 408 et 407, les figures de la frise sont achevées, mises en place et payées, après qu'on a réglé toutes les dépenses pour l'achèvement de la toiture, pour la peinture à l'encaustique des cymaises, et pour la dorure des fleurons (xzî.yai). Les mêmes textes épigraphiques nous font connaître les noms des sculpteurs qui ont travaillé à la frise : Agathanor d'Alopéké, Phyromakhos de Képhisia, Praxias

j. 16. — Fragment de la ftise de TErechtliéion. (Athènes.)

de Mélité, Antiphanfes du Céramique, Mynnion d'Agrylé, Soclos d'Alopéké, Eiasos de Collyte'. Ces sculpteurs, parmi lesquels se trouvent en majorité des métèques, c'e&t-à^dire des étrangers domiciliés à Athènes ^, sont à vrai dire des praticiens ; ils travaillent à la pièce, et sont payés environ 60 drachmes par figure. Celui dont la mention revient le plus souvent, dans ce fragment de compte, est Phyromakhos

1. Cf. Loeviy, Inachr. grkch. Bildhauer, B' 52S, p. ^56. 3. Ainsi Agattianor, Praxias, Mynnion, Soclos, dont les not la formule oîxiév. Ainsi : Dp ixnîo! èfi Mé).iTï]i olitâi.

Is de l'indication du dèn

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de Képhisia. Mais bien que ce nom soit porté plus tard, au troisième siècle, par un artiste athénien, nous n'avons aucane raison de reconnaître en lui le chef de l'atelier. Le principal auteur de la frise, dont on a proposé de faire honneur à Callimaque ', reste inconnu. Nous voyons tout au moins, par un curieux exemple, comment est constitué un de ces ateliers de sculpteurs qui prend l'entreprise de la décoration d'un monument : un maître composant l'esquisse, modelant les maquettes ; des praticiens travaillant sous sa direction. Toutes proportions gardées, n'est-ce pas ainsi qu'il faut se représenter, trente ans plus tôt, l'atelier de Phidias ?

Le musée de l'Acropole ne possède qu'un petit nombre de ces figures en marbre blanc, qui se détachaient comme en silhouette sur le fond plus sombre de la pierre calcaire d'Eleusis". Encore sont-elles trop mutilées pour qu'on puisse essayer de reconstituer l'ensemble de la frise. Une figure assise sur un trépied fait penser à «ne scène d'oracle. D'autres représentées trônant, dans l'attitude des divinités du Partbénon, permettent de supposer que le sujet bien connu du groupe des dieux avait trouvé place dans la composition. Deux femmes assises, tenant chacune un enfant sur leurs genoux, éveillent le souvenir de Déméter avec lacchos, de Pandrose portant le petit Erichthonios ^ Les comptes de prytanies font mention de quelques figures qui n'ont pas été retrouvées, et, chose curieuse, ils les désignent par à peu près ; « Le jeune homme écrivant; la femme près du char, ainsi que les deux mulets ; le jeune homme auprès de la cuirasse ; le cheval et l'homme vu par derrière, qui le frappe ; le char et le jeune homme, et les deux chevaux attelés... » Faut-il en conclure qu'ici, comme au Parthénon, une partie de la frise représentait des scènes empruntées à la vie réelle ? L'hypothèse est plausible, mais il serait chimérique de prétendre aller plus loin. Aussi bien nous devons surtout prêter attention aux caractères de style. Or, si mutilés qu'ils soient, ces fragments suffisent à nous montrer, avec l'influence persistante du style de l'école de Phidias,

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