Catalogue, n»422. Baumeister, n
2. La nom de l'anteur de la frise reste înconiiu, M. PnrtwaeDglet Tattribne au scnlpteur Caiiimaque, qui aérait auasi l'auteur de la statue d'Athéna Kikè, et des Caryatides de l'Érechthéion. (^Metslet-' werke, p. 221.)
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Pour la même raison, le sculpteur a dû donner aux figures une très forte eaillie, et les détacher en partie du fond, pour obtenir des ombres franches, vigoureusement projetées. Ces exigences l'ont plutôt servi que gêné. Très poussé, exécuté d'une main nerveuse, le travail a un remarquable accent de vigueur, et par la netteté mordante et incisive du coup de ciseau, il éveille l'idée d'une ciselure sur bronze. La composition ne mérite pas moins qu'on s'y arrête. Dans ces scènes de bataille, qui vont devenir pour la sculpture décorative comme un thème banal, la difîi- . culte est d'éviter la monotonie. Le sculpteur en a triomphé avec bonheur, en variant les épisodes, en alternant les groupes, en renversant
identale dn temple ■d'Athéaii Niké.
les attitudes qui risqueraient de se répéter. Mais le caractère le plus saillantde lafrise,c'est l'intensité dusentiment dramatique et l'habileté de la mise en scène. Cette recherche du pathétique, ces groupements pittoresques, ces attitudes violentes imprimées aux figures hardiment lancées, voilà les témoignages les plus positifs de l'évolution qui entraîne l'art dans une direction nouvelle. A n'en pas douter, la sculpture suit le mouvement qui se dessine dans la littérature ; elle vise, elle aussi, à a la variété pathétique n introduite par Euripide dans le drame attique ', et manifeste déjà des élans de fougue et de passion ' qui font prévoir le style brillant du quatrième siècle. Il faut insister sur ce point. La frise du temple d'Athéna Niké est plus voisine de celle du
ir Maurice Croiset, Hist. ds la Liil
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Mausolée que de l'art tranquille et majestueux du Parthénon, et l'on se ferait une idée fausse de l'histoire de la plastique à la fin du cinquième siècle, si l'on méconnaissait la portée d'une évolution qui annonce déjà l'art de Scopas et de ses émules.
La situation du temple à l'extrémité d'une plate-forme, l'escarpement des murs du Pyrgos, rendaient nécessaire la balustrade de marbre qui courait à hauteur d'appui autour de l'enceinte du sanctuaire. Formée de dalles hautes de 1" 05, sur lesquelles était ménagé pour les sculptures un champ de 0™,90, elle suivait le couronnement du Pyrgos sur ses trois fronts, et faisait, aux côtés nord et sud, un retour d'angle vers la façade du temple. Les bas-reliefs se développaient donc sur une longueur de 35 mètres environ. Les recherches de MM. Bohn et Kekulé ont démontré que la balustrade n'avait pas été prévue au moment de la construction du temple, et qu'elle a été ajoutée après coup =. Mais nous n'avons, sur la date de la balustrade, aucune donnée certaine; le style des bas-reliefs, et surtout la nature des sujets représentés, peuvent seuls, nous fournir quelques indications.
Le musée de l'Acropole possède une vingtaine de fragments, trouvés en plusieurs fois, de 1835 à 1880, mais trop incomplets pour permettre autrement que par conjecture une restitution d'ensemble des sculptures de la balustrade ^ Pourtant la répétition de la figure d'Athéna, assise sur une proue de vaisseau ou sur un rocher contre lequel s'appuie son bouclier, permet de croire que sur les trois faces principales, la déesse assistait à une scène de triomphe et de sacrifice. Les fragments conservés suffisent à indiquer le thème traité par l'artiste. Ici, des Victoires dressent des trophées, dont l'un, à en juger par la forme du casque qui le surmonte, est un trophée grec, tandis que l'autre, auquel une Victoire attache un carquois, semble être décoré d'armes perses. Ailleurs elles amènent les victimes destinées au sacrifice, ou
I. Les soniptutes de la balustrade ont été étudiées par M. Kekulé à deuï reprises; Dis Balustrade des Tmpefî der Âthena Nike in Athen, Leipzig, 1869, et Die Relief! an ier Balustrade der AthenaNike, Stuttgart, 188 1 . Cf. Be^lé, L'Aoropole d'Athènes, t. I,p. 252 et, ponr àiie bibliographie Complète, Le BaB-Beinaoh, Voyage arck.,-ç. ISO. H.. V.-W, Torke a reconnu, paimt les marbres oonBecrés i l'AorOpole, trois nouveaux: fragments de la frise. Joarnal ofHeUenic Studies, SUI, 18B2-98, p. 27a-S80, pi. X, etfig. 1-2.
2. "Voir la reatitution trèslijpotliétique tenf^parM. Kékalé : Die Selhfi an âtr Balattrade, pLvir.,
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l'ig. SI. — A. Victoire coiiiiiiisant ■ Sculptures de la taluatrade du templi
i. ^ B. Victoire tenant une cnémide.
a Kiké. (Athèuea , Muséa de l'Acropole.)
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lOG L'INFLUENCE DIS GEANDS MAITEES.
apportent les ustensiles sacrés. Telle qu'on l'entrevoit dans les lignes essentielles, la composition atteste ie goût croissant pour l'allégorie qui se manifeste dans la seconde moitié du cinquième siècle. La conception de la Victoire, compagne d'Atliéna, se modifie et s'élargit, «ne seule Niké ne suffit plus à personnifier la puissance de la déesse, et c'est un essaim de Victoires qui s'empresse autour d'elle comme un chœur ailé.
A la vérité, le sujet ne comportait pas im long développement. Une suite d'épisodes, n'offrant aucun élémentdramatique, mais représentant dans des actions diverses le même personnage allégorique, voilà toute la donnée. Comment l'artiste en avait-il tiré la matière d'une composition aussi étendue? Nous l'ignorons; mais, à voir les firagments conservés, nous pouvons comprendre avec quel art savant il avait mis eu œuvre toutes les ressources de mouvements et d'attitudes créées par ses devanciers. Voici, sans doute debout près d'un trophée, et tenant de la main gauche unecnémide, une Victoire immobile comme les Caryatides de l'Érechthéion (%. 51 B). Une autre, vue de profil, les bras tendus, semble occupée à orner im trophée ; et c'est une merveille de grâce que ce corps élégant et svelte, dont les purs contours se dessinent sous la draperie (fig, 52). La plus large des plaques conservées reproduit une scène qui semble empruntée à la frise du Parthénon, mais que le sculpteur a traitée avec un sentiment très personnel (fig. 51 A) '. Une Victoire amène pour ie sacrifice une génïsse qui résiste et se cabre ; ie buste incliné en avant, elle a peine à maîtriser l'animal. Devant elle marche une de ses compagnes, s'avançant à pas rapides, avec un beau geste de triomphe dont l'ampleur est encore soulignée par le jet hardi des plis flottants du manteau. Mais aucun de ces morceaux ne peut rivaliser avec cette charmante figure de Victoire qui jouait dans la frise un rôle purement épisodique, et qui doit à l'admiration des modernes une place d'honneur parmi les créations les plus achevées du
1 . Cette partie de la friae a servi de prototj-pe à un sujet figuré sur deux bas-iflliefs, l'un du Vatican (Visconti, Mus.Pio ClemeMhw, V,pl. S) l'autre deFlorence. (pSisQbkÉ.Aiitil-eBildu!. in Oberilalie«,llI, p. S29,i!°531. Cf. Kekulé, Die BeUe/s,^. 5). Le musée de Berlin a acquis en 1890 deui médaillons en terre coite reproduisant des figures de la balustrade (Ârc/i, Anse'ser, Jaltrôuck des arch. Tnsi., 1S91, p. 122, 17 0, 17 d.) Noua donnons l'un d'eux en cnl de lampe, d'aptes un dessin conimiiiiiquè par l'Inatitnt archéologique de Berlin, grâce aus: soins de MM. Winter, Conze et Eoepp.
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génie grec (fig. 53) '. Suspendant un moment sa course, et, suivant la fine remarque de Beulé , comme « soutenue par ie faible battement de ses ailes entr'ouvertes » la Victoire se tient debout sur la jambe gaucbe un peu fléchie, et se penche en avant pour rattacher à son pied droit les bandelettes dénouées
de sa sandale. Le geste est si prompt, que la jeune déesse l'accomplit sans retourner la tête; c'est, pour ses doigfs agiles, l'affaire d'un instant , et ainsi surprise dans un équilibre fugitif, prête à reprendre son essor, la Victoire semble à peine toucher le sol. Le travail des draperies a une saveur exquise et rare qui défie toute description. On désespère de traduire avec des mots la transparence fiuide de la robe, dont l'étoffe légère, presque impalpable , épouse plutôt qu'elle ne les voile les contours délicats du sein, la rondeur de l'épaule, et ruisselle sur les chairs nues en mille petits plis frissonnant à fleur de marbre. Plus larges, plus régulièrement balancés dans leurs courbes moelleuses, les phs du manteau que soutient le bras droit jettent des ombres
profondes, et dessinent des formes sveltes et élancées. C'est un charme pour l'œil de suivre, dans ses plus subtiles recherches, ce modelé souple, abondant, tout en nuances et en caresses.
Fig. 52, — Victoire oonronnaiit nn trophée, soulptnie de la balustrade du temple d'Athéna Niké. (Athènes, Musée de l'Acropole.)
1. La Victoire rattachant sa sandale a d'ailleurs et baa-relief de Mnnioh représentant le ci n" 186. Keknlé, Uk Eetk/t an der Bcdmlra
ie dans l'antlqnité. Elle est reproduite sur un irmèa. Brunn, Beschreibaiig der Gli/ptoilielc,
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i L'INFLUENCE DES GRANDS MAITRES.
Comparés à ceux de la frise du temple, les bas-reliefs de la balustrade accusent avec plus de force encore l'évolution qui entraine la plastique vers une sorte de virtuosité dans la technique. L'exem-.
pie le plus frappant, à ce point de vue, est la Victoire précédant la victime conduite au sacrifice. Ces plis massés capricieusement au-dessus de la ceinture, creusés en longues ondulations sinueuses dans le A^*- V^, "'"^^ -~>^J /!^ :'"'.'"' '-y manteau flottant au !j-fi'". ".:. ...'*' - 'ip J/icîA vS' ...j' vent, dénoncent des
raffinements d'exécution qui font songer aux œuvres les plus curieusement ciselées de la sculpture florentine du XV" siècle; et l'on a pu, sans sortir de la vérité, relever plus d'une analogie entre les Victoires de la balustrade et les adorables anges de Pérouse sculptés par le Duccio '. Il y a là des indices significatifs. Sans
Fig. 64. — Victoire rattacbiint sa sandale. Sculpture de la balustrade du temple d'Athéna Niké, (Atlènes, Jlusée de l'Acropole.} Hauteur 1",06.
e rapproobement de M. Win.
nn^esle, Berlin 1890, p. 109.
!X, Ucler ein VèrUld ne-a-attiscUr SelUfs, 50=' Profframt
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LE TEMPLE D'ATHÉNA NIKÉ. lOil
aucun doute la pure tradition de l'école de Phidias se mélange déjà d'éléments nouveaux ' : la plastique vise de plus en plus à s'approprier les ressources de la peinture qui elle-même ne reste pas stationnaire. Dans la seconde moitié du cinqiiième siècle, un peintre attique, Apollodore, surnommé le Skiagraphe {le peintre de l'omhre), rompt brusquement avec l'ancien système de la peinture à teintes plates, pratiqué par Polygnote, et inaugure une méthode plus savante pour rendre le jeu des ombres et des lumières ^. Les sculpteurs de la balustrade ontils emprunté à la peinture ainsi renouvelée un sens plus raffiné du modelé, de la couleur et des formes dans le bas-relief? Kien de plus vraisemblable, si l'on réfléchit qu'il y a là une évolution fout à fait logique, commencée, d'ailleurs, par l'école de Phidias.
Nous pouvons dès lors, avec plus de sécurité, essayer de déterminer la date de la balustrade. On ne saurait songer, avec Ross et Beulé " , à l'époque beaucoup trop récente du gouvernement de Lycurgue. D'autre part les caractères du style nous forcent à considérer la balustrade comme postérieure au temple, au moins de plusieurs années. Or, vers la fin du cinquième siècle, il y a une courte mais féconde reprise de l'activité artistique, lorsque, en 409, on achève les travaux interrompus de l'Erechthéion. Aussi bien que le style, la nature du sujet traité, le sentiment qui l'inspire, s'accordent de tous points avec cette date \ Il faut en effet se rappeler les succès d'Alcibiade sur l'Hellespont, et la suite des brillantes campagnes qui, de 411 à 407, relèvent le prestige d'Athènes, rudement atteint par le lamentable échec de l'expédition de Sicile, La bataille navale de Cynosséma, la grande victoire remportée à Oyzique sur la flotte péloponnésienne de Mindaros et les troupes perses de Pharnabaze, la prise de Byzance, le retour d'Alcibiade à Athènes, accueilli par un prodigieux élan d'enthousiasme, voilà bien l'explication des trophées grecs et perses que dressent les
1 . Sous D0U9 séparons de M. Xeknié, qnand il voit dans les bas-reliefa da la balustrade une œurre pleme de l'influence de Phidias. DU Bdiefs, p. 22.
2. Voir PanlGiiard, La jwsniîire antique, p. 292. S. Benlé, V Aci-opole d' Athènes, I,p. 381.
4. C'était la première opinion de M. Eekulé dans son ouvrage de 1869, Die Balastraie des Temples der Athena NOx. Ce savant l'a modifiée dans eon second travaa (Die Edie/i an der Balustrade, 1881), où il place l'exéontion de ces baa-raliefa immédiatement après l'achèvement du temple, peu d'aanées après 432. M. Mioliaelis se rallie à la première hjpothèeedeM!. KekuU. (latÂeil Athen. XIV, p. B64.)
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Victoires ; voilà les bonheurs inespérés qni justifient cette ivresse de gloire et d'orgueil, et inspirent aux sculpteurs un hymne triomphal en l'honneur des armes athéniennes. S'il en est ainsi, les bas-reliefs de la balustrade d'Athéna Niké ne sont pas seulement de charmantes œuvres d'art; ils prennent pour nous «n véritable intérêt historique; ils traduisent avec une singuUère éloquence les sentiments qui exaltent le patriotisme athénien pendant cette courte période de succès : la confiance renaissante, la foi dans la fortune d'Athènes réveillée par les victoires d'Alcibiade, les illusions et les espérances bientôt dissipées brutalement par le désastre d'^gos Potamos.
Victoire ageiionillée aat un taureau.
Médaillon de terre cuite. (Mosée de Berlin.)
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